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Urgence climatique : un juge estime "légitime" de décrocher un portrait d'Emmanuel Macron

Des militants d'ANV-COP21 avec un portrait décroché d'Emmanuel Macron, le 11 septembre 2019, devant la mairie de Saint-Ouen.
Des militants d'ANV-COP21 avec un portrait décroché d'Emmanuel Macron, le 11 septembre 2019, devant la mairie de Saint-Ouen. Dominique Faget, AFP

Le tribunal correctionnel de Lyon a relaxé lundi deux "décrocheurs" d'un portrait d'Emmanuel Macron, jugeant leur action "légitime". Une décision "historique" pour l'association ANV-Cop21, qui espère un tournant dans les décisions de justice.

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C’est une décision qui fera date. Au tribunal correctionnel de Lyon, où étaient jugés deux militants pour la défense du climat ayant "décroché" un portrait d’Emmanuel Macron en février dans la mairie du 2e arrondissement de Lyon, le juge unique a invoqué, lundi 16 septembre, "l’état de nécessité" et le "motif légitime" pour relaxer les deux accusés, poursuivis pour vol en réunion.

Les termes utilisés par le juge sont forts et sans équivoque. Dans sa décision, il reconnaît que le vol de "l'objet d'une valeur fortement symbolique" était bien matérialisé. Mais, selon lui, la réalité du dérèglement climatique "affecte gravement l'avenir de l'humanité", ce qui légitime "d'autres formes de participation" des citoyens, "dans le cadre d'un devoir de vigilance critique".

Pour lui, l'intrusion d'une vingtaine de militants dans la mairie d'arrondissement a troublé l'ordre public de manière "très modérée". Le magistrat a estimé que l'action des militants a finalement constitué une interpellation légitime du président de la République.

"Le décrochage et l'enlèvement sans autorisation de ce portrait dans un but voué exclusivement à la défense de cette cause (...) doit être interprété comme le substitut nécessaire du dialogue impraticable entre le président de la République et le peuple", a-t-il encore indiqué.

Le parquet, qui avait requis le 2 septembre une amende de 500 euros contre les deux militants, un homme et une femme âgés de 32 et 33 ans, a annoncé lundi soir avoir fait appel de la décision. "Le vol est constitué et il ne règle en rien le dérèglement climatique", avait estimé début septembre la procureure Rozenn Huon.

"La reconnaissance de plusieurs années de militantisme"

"C'est la reconnaissance de plusieurs années de militantisme", a salué très émue la jeune femme relaxée, à la sortie de la salle d'audience.

"C'est une première et un très très bon signal pour nous", a déclaré à l'AFP une porte-parole du mouvement Action non violente-Cop21 qui a salué cette "décision historique" actant "le non-respect des objectifs climatiques de la France et la légitimité des actions de désobéissance civile face à l'urgence climatique".

Les militants d’ANV-Cop21 avaient été soutenus lors de leur audience par l'ancienne ministre du Logement et ancienne secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts Cécile Duflot, qui avait défendu "un acte citoyen au sens le plus noble du terme".

"Il y a trois choses très importantes dans ce jugement, c'est la reconnaissance de l'inaction climatique et du péril réel ; le fait qu'on puisse légitimement, quand on est citoyen, interpeller le pouvoir exécutif et le président de la République d'une autre manière que par les élections ; et cette décision de relaxe", a estimé Cécile Duflot, mardi 17 septembre, sur FranceInfo.

En revanche, pour la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne, interrogée mardi sur France 2, les "comportements inciviques ne méritent pas d’être encouragés par des décisions de ce type".

Vers un tournant historique ?

Pour l'avocate et ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage, contactée par France 24, "l'urgence climatique est en train de rebattre les cartes du droit". "C'est vrai que c'est une décision surprenante avec une interprétation assez hardie de l'état de nécessité, mais la décision de ce juge s'inscrit dans un mouvement planétaire qui est très important. Il y a actuellement plus de 1 200 procès climatiques dans le monde et partout, les juges prennent des décisions qui mettent en cause les États qui n'agissent pas."

Selon Corinne Lepage, il n'est "pas impossible" que d'autres juges en France soient influencés par le jugement de lundi à Lyon. "D'ailleurs, les sanctions ont été jusqu'ici très modestes", souligne-t-elle.

Le premier procès de "décrocheurs" s'était tenu fin mai à Bourg-en-Bresse. Un militant écologiste avait ainsi été condamné à une peine d'amende ferme de 250 euros et cinq autres à une amende avec sursis.

Deux semaines plus tard, le tribunal correctionnel de Strasbourg avait relaxé trois militants qui avaient brièvement décroché un portrait du chef de l'État dans une mairie du Bas-Rhin.

La semaine dernière, huit militants écologistes jugés à Paris ont défendu cette action de désobéissance civile pour dénoncer "l'inaction climatique" au sommet de l'État, invoquant un "devoir moral".

"Nous espérons que les jugements des prochains procès percevront également le tournant historique que nous sommes en train de vivre et reconnaîtront que ce type d'action est nécessaire pour lancer l'alerte", a déclaré Cécile Marchand, porte-parole d'ANV-Cop21, qui fait partie des militants poursuivis à Paris.

Deux procès sont notamment prévus à Mulhouse et Nancy le 9 octobre, selon ANV-Cop21.

Avec AFP

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