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Climat : les scénarios de lendemains toujours plus chauds

Les simulations effectuées par les chercheurs français contribueront aux conclusions à venir du 6e rapport du GIEC sur le climat.
Les simulations effectuées par les chercheurs français contribueront aux conclusions à venir du 6e rapport du GIEC sur le climat. Studio Graphique France Médias Monde

De meilleurs modèles et une puissance de calcul supérieure ont permis à des scientifiques français d’établir de nouvelles simulations climatiques. Conclusion : les prévisions précédentes sur le réchauffement étaient moins alarmantes.

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Le thermomètre n'a pas fini de s'affoler. Les températures mondiales pourraient connaître une hausse d’environ 7 °C par rapport à la période préindustrielle d’ici à la fin du siècle, selon les conclusions de nouvelles simulations climatiques françaises publiées mardi 17 septembre.

Certes, il s’agit du scénario du pire envisagé par les chercheurs du CNRS, de Météo France et du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). "Nous avons établi huit scénarios avec des variations allant d’une hausse de moins de 2° C à celui qui prévoit + 7° C. Mais dans l’ensemble, nos simulations indiquent que le climat va se réchauffer davantage que ce qui avait été prévu il y a sept ans", précise Olivier Boucher, chercheur au CNRS et responsable du centre de modélisation du climat de l’Institut Pierre-Simon Laplace, contacté par France 24.

Modéliser la météo toutes les 15 minutes sur tout le 21e siècle

Le rapport est le fruit d'une collaboration au sein de la plateforme Climeri-France. Les travaux français s’inscrivent, en effet, dans un effort international pour mettre à jour les modèles de prévisions climatiques de 2012. L'Hexagone est un des pays à tenter d’améliorer et d’affiner les précédentes simulations qui tablaient, au pire, sur un réchauffement de 4,8° C d’ici à 2100. Mais Climeri-France est le premier des 30 centres de modélisation dans le monde à avoir publié ses résultats. Tous ces travaux seront comparés puis compilés afin de nourrir le sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), attendu pour 2021.

"Les modèles utilisés sont de plus en plus réalistes. Nous avons pu affiner les paramètres de simulation et augmenter la résolution en rapprochant les points géographiques sur la grille de modélisation", explique Olivier Boucher. Les chercheurs français ont ainsi pu modéliser la météo toutes les 15 minutes sur l’ensemble du 21e siècle partout dans le monde, avec des points géographiques séparés de 150 km les uns des autres.

Un travail de longue haleine qui a nécessité de faire tourner à plein régime des supercalculateurs jour et nuit, 7 jours sur 7, pendant trois ans.

Les chercheurs ont aussi pu, pour la première fois, intégrer le contexte socio-économique pour élaborer leurs scénarios. "C’est-à-dire qu’on prend en compte les types de population future : des mondes où on se préoccupe plus ou moins de l’environnement, où le niveau de coopération internationale pour lutter contre le réchauffement climatique varie", explique Olivier Boucher.

Plus de canicules

Cette approche globale permet aux chercheurs français de démontrer, une nouvelle fois, à quel point "la température moyenne de la planète dépend des politiques climatiques qui seront mises en œuvre dès maintenant". Ainsi, le scénario le plus pessimiste repose fortement sur un "j’m’en-foutisme" climatique des dirigeants, qui ne feraient rien ou presque pour éviter que le monde continue à carburer sans retenue aux énergies fossiles.

>> À lire aussi : D'où vient l'objectif de ne pas dépasser une hausse de 2°C ?

À contrario pour rester sous l’objectif d’une hausse de 2°C des températures, fixé par l’accord de Paris de 2015, il faudrait mettre en place des "politiques volontaristes avec des changements profonds dans nos modes de vie très rapidement", assure Olivier Boucher. Il s’agit essentiellement de procéder au plus vite à une "décarbonation du système électrique", c’est-à-dire oublier le charbon, gaz ou fioul. "Des facteurs comportementaux - de type diète, moindre consommation ou réduction de la hausse de la démographie - deviennent aussi plus importants dans ces scénarios ‘bas’", explique le chercheur du CNRS.

Mais cet expert pense que ces deux scénarios extrêmes ne sont pas les plus crédibles. La communauté internationale semble, en effet, avoir déjà pris conscience des dangers d’une exploitation sans retenue des ressources fossiles, tandis que les efforts exigés pour rester dans les clous de l’objectif de l’accord de Paris aurait un coût social très élevé, avec une forte hausse du chômage, notamment, estime Olivier Boucher.

Ces nouvelles simulations démontrent dans quelle mesure les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pris par les États dans le cadre de l’accord de Paris sont insuffisants. "Ils mèneront à une hausse des 4 °C par rapport à l’ère préindustrielle", affirme Olivier Boucher.

Les chercheurs ne se sont pas contentés de simulation au niveau mondial. Ils ont aussi étudié les évolutions climatiques régionales, voire locales. Ils se sont notamment penchés sur le cas français pour conclure que les épisodes de canicules allaient – dans tous les cas de figure - s’intensifier pendant encore au moins vingt ans. Les températures du jour seront plus chaudes, les canicules dureront plus longtemps et surviendront plus souvent. Mais dans les scénarios les plus "bas", "la sévérité des canicules pourra être limitée après 2050", écrivent les auteurs du rapport. Dans les autres scénarios, en revanche, un été typique des années 2050 correspondra à celui de 2003, qui est resté dans les annales comme l’un des plus caniculaires en Europe. Il avait causé la mort d’environ 70 000 personnes sur le Vieux Continent.

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