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Tactique et "sincère", l'exécutif soigne les "petits" maires

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Paris (AFP)

Le gouvernement multiplie les signaux envoyés aux maires des petites communes, à la fois par nécessité de trouver des relais sur le terrain avec la crise des "gilets jaunes", et dans la perspective des prochaines élections municipales.

Du Gard jeudi midi à la frontière belge vendredi, Edouard Philippe avalera quelques centaines de kilomètres pour témoigner d'une attention particulière à deux associations d'élus: celle des petites villes (APVF), réunie en congrès à Uzès, puis celle des maires ruraux (AMRF), rassemblée à Eppe-Sauvage dans le Nord.

A ces maires, le Premier ministre réservera des annonces attendues, signe que l'exécutif cherche encore à améliorer sa relation avec les élus locaux après un début de quinquennat houleux.

"Le gouvernement avait sans doute le sentiment à un moment que les petites villes c'était un problème, et les élus des pleureuses", rembobine le député socialiste Christophe Bouillon, patron de l'APVF.

"Il y a un vrai changement de pied, que je crois sincère, qui est de considérer qu'il y a des solutions dans les petites villes et de voir les élus comme des facilitateurs", ajoute-t-il, tout en relevant que "le mouvement des gilets jaunes" avait aussi mis en exergue le sentiment de délaissement et "d'inégalités territoriales et sociales" dans les petites villes et leurs "26 millions d'habitants".

"J'ai la conviction, et sûrement la crise des gilets jaunes l'a renforcée, qu'il faut aussi regarder les petites villes, celles qui font centralité dans les zones rurales, où elles sont essentielles pour irriguer la vie sociale avec un minimum de services, de commerces", confirme la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault.

Ces derniers temps, le gouvernement a donc mis en chantier des projets de loi - "engagement et proximité" sur le statut du maire pour cet automne, "décentralisation et déconcentration" pour le premier semestre 2020 - et validé, par exemple, le déploiement de 2.000 maisons de services publics d'ici 2022.

A six mois des municipales, et alors que La République en marche cherche une implantation locale, l'exécutif a choisi de creuser le sillon. Emmanuel Macron avait donné le ton lors du grand débat en enchaînant les rencontres avec les maires, se rendant en février dans le village du président de l'AMRF Vanik Berbérian.

- "Prime à la construction" -

Devant l'APVF, M. Philippe devrait présenter des mesures de revitalisation pour les bourgs. Avant de décliner le lendemain "l'agenda rural" du gouvernement qui reprendra certaines préconisations d'un rapport rendu en juillet.

En filigrane, se dessine aussi la tactique du gouvernement de s'appuyer sur les associations dites "de strates" (comme l'APVF, l'AMRF etc) plutôt que sur les trois plus grosses: l'Association des maires de France (AMF), des départements (ADF) et des régions (ARF) qui, selon une source ministérielle, "refusaient de travailler avec le gouvernement et ne répondaient à aucune des perches tendues" par jeu politique.

A l'inverse, à l'APVF, "on a refusé d'entrée de jeu de rentrer dans la case +complaisant+ ou +opposant+", explique M. Bouillon, qui se voit plutôt en "+proposant+".

"On veut bien être constructif mais il faut aussi une prime à la construction", nuance-t-il, en estimant que "la balle est dans le camp du gouvernement".

Plusieurs sujets d'inquiétudes pèsent encore, à commencer par la compensation de la taxe d'habitation, perçue par les communes avant que le gouvernement ne la supprime. Sur ce point, qui sera éclairci la semaine prochaine, l'APVF réclame notamment des "simulations" pour avoir une vision budgétaire commune par commune et une "clause de revoyure dans cinq ans", dit M. Bouillon.

Regrettant aussi que "l'acte 3 de la décentralisation" n'arrive qu'après les municipales de mars 2020, M. Bouillon pointe aussi les "attentes très fortes sur la question d'autonomie et de liberté" laissées aux communes.

L'exécutif a bien inscrit un "droit à la différenciation" dans sa révision constitutionnelle, mais le projet est au point mort, notamment en raison de désaccords avec le Sénat. Un obstacle que le gouvernement espère contourner en s'appuyant sur une récente étude du Conseil d'Etat "qui montre qu'à droit constitutionnel constant on pourrait assouplir l'expérimentation pour procéder dorénavant à de la différenciation" entre collectivités, selon Mme Gourault.

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