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PMA : l'Académie de médecine prend position en émettant des "réserves"

Des manifestants lors de la Gay pride, dans les rues de Paris, le 29 juin 2019.
Des manifestants lors de la Gay pride, dans les rues de Paris, le 29 juin 2019. Charles Platiau, Reuters

Dans un rapport publié samedi sur l'élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA), l'Académie nationale de médecine estime que l'absence d'un père aurait des conséquences sur le développement de l'enfant.

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Alors que le projet de loi de bioéthique sera débattu dès mardi 24 septembre à l'Assemblée nationale, l'Académie de médecine (ANM) émet des "réserves" sur l'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires.

L'instance estime que "la conception délibérée d'un enfant privé de père" n'est "pas sans risque" pour son "épanouissement", dans un avis officiel rendu public, samedi 21 septembre.

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Si l'Académie affirme que son rôle n'est pas de "donner un avis" sur une "mesure sociétale", elle "estime de son devoir de soulever un certain nombre de réserves liées à de possibles conséquences médicales". Cet avis sur la loi de bioéthique, dont l'ouverture de la PMA est la mesure la plus symbolique, a été adopté en séance par l'Académie, mardi 17 septembre, par 69 voix pour, 11 contre et 5 abstentions.

"Le rôle des mères et des pères ne sont pas équivalents"

Le rapport "reconnaît la légitimité du désir de maternité chez toute femme quelle que soit sa situation", mais juge qu'"il faut aussi au titre de la même égalité des droits tenir compte du droit de tout enfant à avoir un père et une mère dans la mesure du possible". Un argument régulièrement avancé par les militants de la Manif pour tous, opposés à l'extension de la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes.

La PMA créerait une "rupture volontaire d'égalité entre les enfants", estime le rapport. "Une rupture anthropologique majeure qui n'est pas sans risques pour le développement psychologique et l'épanouissement de l'enfant." Car l'Académie insiste sur l'importance de la figure du père, "fondatrice pour la personnalité de l'enfant". "L'existence de deux mots distincts, père et mère, signifie que l'un ne peut se substituer à l'autre car le rôle des mères et des pères ne sont pas équivalents", résume-t-elle.

De nouvelles études exigées

L'Académie critique également les évaluations menées dans des pays anglo-saxons et européens ne relevant pas de risque spécifique pour l'enfant. Des données qu'elle "ne juge pas très convaincantes" sur le "plan méthodologique". Le nombre de cas étudiés lui semble insuffisant, comme la durée d'observation "sur des enfants n'ayant pas toujours atteint l'âge des questions existentielles".

L'ANM demande que soient réalisées des études "en milieu pédopsychiatrique à partir d'enfants privés de pères, parmi lesquels ceux issus de l'AMP [aide médicale à la procréation, NDLR] pour femmes seules ou en couple", pour permettre d'évaluer le devenir de ces enfants "au nom du principe de précaution si souvent évoqué pour des sujets d'importance moindre".

"Peut-on accepter qu'un enfant soit privé de père ?"

Interrogé sur Franceinfo, le rapporteur au nom du comité d'éthique de l'Académie de médecine et ancien ministre de la Santé, Jean-François Mattei, estime que "quand on prend la discussion par le biais du désir des femmes d'être mère et d'élever un enfant, il n'y a rien à dire". "En revanche, quand on se penche sur cette question par le biais de l'enfant, peut-on accepter qu'un enfant soit délibérément privé de père ? Nous disons : attention, il y a des risques, pour son épanouissement et son futur."

"Sur le plan médical, les psychiatres nous disent : nous ne sommes pas toujours capable de dire ce qu'apporte un père, mais en revanche, nous sommes capables de dire ce que son absence provoque. C'est aussi clair que ça", souligne-t-il.

L'avis de l'Académie a depuis été salué par les militants de la Manif pour tous, qui appellent à manifester à Paris le 6 octobre contre le projet de loi bioéthique.

"On arrive à se construire quand on est élevé par un parent seul"

De son côté, le gouvernement a réagi par la voix de sa ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a rappelé, dimanche sur LCI qu'aujourd'hui "un quart des familles françaises sont monoparentales". "Considérer qu'il y a un lien direct entre défaut de construction de l'enfant et famille monoparentale est faux", a-t-elle insisté, ajoutant qu'"heureusement on arrive à se construire même quand on est élevé par un parent seul".

Pour rappel, la PMA est aujourd'hui réservée aux couples hétérosexuels en âge de procréer et dont au moins l'un des deux membres est stérile (un fait qui doit être médicalement constaté). Autre cas de figure : l'un des membres du couple est porteur d'une maladie grave, susceptible d'être transmise au conjoint ou à l'enfant.

Les femmes qui ne peuvent actuellement avoir recours à la PMA en France doivent se rendre à l'étranger, principalement en Belgique, en Espagne et en Grande-Bretagne.

Avec AFP

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