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Saïd Bouteflika devant les juges, un procès sans précédent dans l’histoire de l’Algérie

Le frère de l'ex-président algérien, Saïd Bouteflika, photographié le 17 mai 2012, à Alger.
Le frère de l'ex-président algérien, Saïd Bouteflika, photographié le 17 mai 2012, à Alger. Farouk Batiche, AFP (archives)

Le procès, impensable il y a encore peu, de Saïd Bouteflika, frère de l'ex-président algérien, s’est ouvert devant le tribunal militaire de Blida. Les ex-généraux Toufik et Tartag, et la femme politique Louisa Hanoune comparaissent à huis clos.

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Le procès très attendu de Saïd Bouteflika, frère et éminence grise du président déchu Abdelaziz Bouteflika, ainsi que de deux anciens puissants chefs du renseignement et d'une cheffe de parti politique, a débuté lundi 23 septembre à Blida, en Algérie.

Jugés pour complot après avoir tenus des réunions secrètes, Saïd Bouteflika, Mohamed Mediene, dit "Toufik", directeur redouté des services secrets algériens pendant 25 ans, son successeur Athmane Tartag et la cheffe du Parti des travailleurs (PT, trotskiste) Louisa Hanoune comparaissent à huis clos devant un tribunal militaire.

Selon l'avocat du général Toufik, Me Farouk Ksentini, son client ainsi que le général Tartag ont refusé de comparaître devant le tribunal militaire. De son côté, Said Bouteflika a refusé de répondre aux questions du juge.

Considéré comme le véritable numéro un de l'exécutif algérien depuis l'accident vasculaire cérébral dont son frère a été victime en 2013, Saïd Bouteflika et les deux ex-patrons du renseignement ont été incarcérés le 5 mai. Louisa Hanoune, cheffe du PT, a été placée en détention provisoire quatre jours plus tard.

Les chefs d'inculpation sont lourds, à l’image des peines encourues par les accusés : "atteinte à l'autorité de l'armée", puni de 5 à 10 ans de réclusion criminelle et "complot pour changer le régime" passible de la peine capitale. Seuls les avocats et les familles des accusés ont eu le droit d'assister à l'audience, alors qu’un important dispositif policier a été mis en place autour du tribunal militaire de Blida, au sud-ouest d'Alger.

La télévision publique a qualifié le procès de "sans précédent dans l'histoire de la justice algérienne", tandis que le quotidien de référence El Watan a évoqué "un procès unique dans l’histoire du pays, autant par les faits reprochés que par le rang des accusés en détention".

La défense avait admis que Louisa Hanoune avait participé à une réunion avec Saïd Bouteflika et le général "Toufik" le 27 mars 2019, au lendemain d'une déclaration du chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, demandant publiquement le départ d'Abdelaziz Bouteflika. Quelques jours plus tard, le chef d'état-major et homme fort du pays avait accusé, sans les nommer, Saïd Bouteflika et les généraux Mediene et Tartag de comploter contre l'armée.

"Un évènement historique"

"C'est un procès historique", a affirmé à l'AFP Noureddine Bekkis, enseignant en sociologie politique à l'Université d'Alger. La gestion par le pouvoir des conflits internes ressemble traditionnellement à "une boite noire", mais "les mécanismes habituels de règlements de conflits internes sont tombés en panne".

Ce procès est aussi une victoire pour le mouvement de contestation populaire qui manifeste pacifiquement chaque vendredi depuis le 22 février. Il a contraint Abdelaziz Bouteflika à renoncer à un cinquième mandat puis à démissionner le 2 avril, après deux décennies au pouvoir. S'en est suivie une vague d'arrestations dans certains cercles du pouvoir et l’ouverture d’une série d'enquêtes sur des faits présumés de corruption visant d'anciens hauts responsables politiques et militaires ainsi que des hommes d'affaires entretenant des liens privilégiés avec l'entourage du président déchu.

"Les Algériens observent de très près ce procès, certains parlent même du procès du siècle, explique Mohamed Allal, journaliste algérien interrogé par France 24. Dès le début du mouvement de protestation, les manifestants ont demandé des comptes et que justice soit faite contre les piliers du système Bouteflika. Or, nous sommes aujourd’hui face au jugement de quelques-uns des plus importants symboles des années Bouteflika, un évènement historique auquel personne n’aurait imaginé assister il y a encore quelques mois".

Reste que ce procès, si emblématique soit-il, peine à convaincre tout le monde. Une large frange de la population réclame le départ de l'ensemble des composantes du "système".

"C'est une purge sélective"

"Ce procès, qui ne concerne pas des faits de corruption, et qui peut faire penser de par le profil de la majorité des accusés à un règlement de compte personnel du général Ahmed Gaïd Salah, ne satisfait pas forcément la rue algérienne, estime Gauthier Rybinski, spécialiste de politique internationale à France 24. Bien sûr, il y a quelques mois, les Algériens étaient intéressés par tous ces personnages-là, et peut-être qu’ils auraient pu être rassasiés par la tenue d’un tel procès, mais ils n’en sont plus là et demandent une remise en cause fondamentale du système Bouteflika, et donc il n’est pas certain que l’armée et le général Ahmed Gaïd Salah ne soient pas encore une fois à un train de retard par rapport aux attentes de la rue".

D’aucuns en Algérie estiment que ce procès est une manœuvre du pouvoir pour calmer les manifestants toujours aussi mobilisés chaque vendredi. Ils viennent d’ailleurs d'engager un nouveau bras de fer avec le général Ahmed Gaïd Salah et l’annonce de la tenue d’une élection présidentielle le 12 décembre. "Bien évidemment, certains doutent de l’issue de ce procès, qu'ils qualifient de mascarade ou de règlement de compte interne au système, ajoute Mohamed Allal. toujours est-il que le résultat est là, puisque des symboles du régime et de la corruption qui ont plombé l’État algérien ces 20 dernières années, et qui avaient le projet de poursuivre leur œuvre pendant 5 nouvelles années, sont en détention et aux mains de la justice".

Avec AFP

 

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