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Boris Johnson et les tabloïds en guerre contre le Parlement

Le Premier ministre Boris Johnson, le 25 septembre 2019, au Parlement britannique.
Le Premier ministre Boris Johnson, le 25 septembre 2019, au Parlement britannique. Jessica Taylor, Parlement britannique, AFP.

Le Premier ministre britannique s’en est violemment pris au Parlement britannique, mercredi, jouant une nouvelle fois la carte populiste en opposant "le peuple" aux parlementaires, coupables selon lui et les tabloïds de vouloir empêcher le Brexit.

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Nouvel épisode dans l’affrontement entre Boris Johnson et le Parlement britannique. Le Premier ministre du Royaume-Uni a usé d’un vocabulaire guerrier, mercredi 25 septembre, en s’adressant aux députés de retour à Westminster après l’arrêt historique de la Cour suprême ayant annulé sa décision de suspendre le Parlement.

"Reddition"... "Sabotage"... En populiste assumé, il a à maintes reprises opposé "le peuple" aux parlementaires. "Ce Parlement agit par pur égoïsme et lâcheté politique, les députés de l'opposition ne veulent pas s'effacer et laisser le peuple se prononcer", a-t-il lancé, les accusant de "saboter" ses négociations sur le Brexit avec Bruxelles.

Un ton arrogant et une provocation incendiaire, selon l’opposition travailliste, au point que le président de la Chambre basse John Bercow a estimé avoir vécu mercredi soir la "pire atmosphère" jamais vue "en 22 ans" passés au Parlement.

Au lendemain de cette soirée de tensions, la presse tabloïd britannique était une fois de plus favorable à Boris Johnson. Le Daily Mail réclame ainsi des élections "maintenant" pour que "les électeurs fassent exploser le 'complot' de l’establishment pour bloquer le Brexit". Le Daily Express et le Daily Telegraph citent quant à eux le Premier ministre en affirmant que les "rebelles du Brexit vont devoir rendre des comptes" au peuple britannique.

"Le discours antiparlementaire s’appuie sur le discrédit actuel des institutions britanniques", juge Agnès Alexandre-Collier, chercheuse à la Maison française d’Oxford, spécialiste de la vie politique britannique, contactée par France 24. "À l’image de la situation dans laquelle se trouve le Brexit, le Parlement est aujourd’hui vu comme figé, paralysé, ajoute-t-elle. Or, la rhétorique de Boris Johnson, qui se présente comme la voix du peuple contre un Parlement qui ne respecterait pas le vote du Brexit, est servie par ce contexte exceptionnel."

"Pour les tabloïds, c'est un grand classique de s’en prendre aux institutions"

Le Parlement n’est d’ailleurs pas la seule cible des attaques de Boris Johnson et des tabloïds. Deux jours plus tôt, c’est la Cour suprême qui faisait les frais de leurs attaques. "Illégal ? En quoi est-ce légal de s’opposer à 17,4 millions de partisans du Brexit ?", demandait ainsi le Daily Express. "Ooh, vous êtes légale, mais on ne vous aime pas", titrait le Sun à propos de la présidente de la Cour suprême, Brenda Hale, en détournant la punchline d’un célèbre comédien britannique. "Qui dirige la Grande-Bretagne ?", se demandait enfin le Daily Mail, suggérant que la Cour suprême avait rendu une décision politique.

"Pour les tabloïds, c’est un grand classique de s’en prendre aux institutions et cela s’observe particulièrement depuis le vote sur le Brexit, explique Agnès Alexandre-Collier. Cette presse a développé un discours eurosceptique depuis les années 1990, avec un positionnement nationaliste, en partant du principe que cette ligne éditoriale faisait recette."

La rhétorique de l’élite contre le peuple avait ainsi déjà été utilisée en novembre 2016, lorsque la Haute Cour de justice avait ordonné que le Parlement se prononce sur le Brexit. "Les ennemis du peuple" avait notamment titré le Daily Mail, tandis que le Daily Telegraph faisait sa une sur "Les juges contre le peuple".

Si la presse tabloïd tient un discours populiste depuis longtemps déjà, la grande différence aujourd’hui est qu’elle peut compter sur un Premier ministre issu de ses rangs. Avant de se lancer en politique, Boris Johnson était en effet journaliste et a notamment été le correspondant à Bruxelles du Daily Telegraph.

"C’est durant cette période qu’il a inventé un style journalistique eurosceptique qu’on retrouve désormais dans tous les tabloïds, décrit Agnès Alexandre-Collier. Ses articles comportaient beaucoup de contre-vérités, de formules provocatrices à l’emporte-pièce sur l’Union européenne, et ont rencontré un certain succès."

Ce n’est donc pas une surprise si Boris Johnson et les tabloïds parlent d’une même voix sur le Brexit. Alors que la situation politique du Premier ministre apparaît chaque jour un peu plus compromise, cette presse le soutiendra sans doute jusqu’au bout.

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