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Manifestations à Hong Kong : les expatriés français font preuve de prudence

Des manifestants dans le quartier de Wanchai, à Hong Kong, pendant le discours de la cheffe de l'exécutif, Carrie Lam, le 27 septembre 2019.
Des manifestants dans le quartier de Wanchai, à Hong Kong, pendant le discours de la cheffe de l'exécutif, Carrie Lam, le 27 septembre 2019. Anthony Wallace, AFP

De nouvelles manifestations prodémocratie doivent avoir lieu ce week-end à Hong Kong. Les expatriés français interrogés par France 24 soutiennent le mouvement mais restent prudents par crainte de représailles chinoises.

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"Je soutiens les manifestants, mais en tant qu’étranger, je ne peux pas me permettre de participer, sous peine de voir mon visa de travail confisqué", regrette Xavier*, un banquier français vivant à Hong Kong depuis dix ans. Il n’est pas le seul à craindre la réponse des autorités de l’ex-colonie britannique. Plusieurs Français contactés par France 24 ont refusé de répondre à nos questions par peur des représailles.

Le mouvement prodémocratie, qui manifeste quasi quotidiennement depuis juin pour dénoncer le recul des libertés et l'ingérence grandissante de Pékin, a annoncé de nouveaux rassemblements samedi 28 septembre pour marquer le cinquième anniversaire du "Mouvement des parapluies". Ce soulèvement populaire avait réclamé en 2014 un véritable suffrage universel à Hong Kong sans obtenir la moindre concession des autorités chinoises.

Le ministère des Affaires étrangères appelle les Français à ne pas manifester

Sur son site, le ministère français des Affaires étrangères recommande quant à lui de "surtout se tenir à l’écart de tout rassemblement", en précisant que porter des "couleurs noire et blanche aujourd’hui assimilées aux manifestants et aux contre-manifestants (…) peut occasionner des risques de confusion si vous vous trouvez dans une zone de rassemblement ou de tensions". Une grande partie des expatriés français soutient pourtant le mouvement d’opposition hongkongais, lancé à l'origine contre le projet d’assouplissement des règles d’extradition vers la Chine continentale, finalement abandonné le 4 septembre.

Plusieurs des Français contactés par France 24 ont enfreint les recommandations et ont participé aux premières manifestations de juin. Jean*, père de famille vivant depuis dix ans à Hong Kong est de ceux-là. "Je voulais voir l’Histoire se dérouler sous mes yeux : une marée humaine de 2 millions de personnes a défilé ! Et j’en faisais partie. Deux sur 7 millions d’habitants, c’est assez exceptionnel", s’enthousiasme-t-il. "Ensuite, je n’y suis pas retourné car même si la plupart des protestations restent pacifistes, il arrive que cela tourne aux échauffourées avec des barricades brûlées certains soirs."

Par la fenêtre de son immeuble, Xavier a vue sur un bâtiment voisin appartenant au gouvernement chinois. Il se souvient avoir aperçu cet été des hordes de policiers repousser des manifestants au pied de chez lui. "Des escadrons se suivaient les uns après les autres. J’ai allumé la télévision et j’ai assisté à la même scène. C’était très impressionnant car ici, c’est très paisible d’habitude", confie l’expatrié français qui a dû changer ses habitudes.

"Ici, tu es très facilement fiché et ça te retombe dessus"

Le trentenaire adopte désormais des stratégies de contournement pour éviter de se retrouver à proximité des rassemblements. "Ça m’est arrivé, je n’avais pas suivi les informations. Je me suis retrouvé au cœur de la foule et j’en ai été extrait rapidement par des manifestants hongkongais en tee-shirt noir. Avec leur douceur habituelle, ils m’ont prévenu des risques sécuritaires", raconte Xavier, qui tient à souligner le pacifisme de ce mouvement de protestation.

"Les jours d’'émeute', je consulte systématiquement les sites locaux en anglais et les liveblogs. Parfois, j’appelle mes amis hongkongais pour en savoir plus, car sur les réseaux sociaux la plupart des informations sont en cantonais. Ici, tu es très facilement fiché et ça te retombe dessus", déplore-t-il.

Les effets des tensions politiques hongkongaises finissent par se faire sentir sur l’attraction de l’ex-colonie britannique. D’après Bloomberg, les demandes de visas de travail des expatriés toutes nationalités confondues ont chuté de 7 % et le nombre de résidents provisoires – vivant à Hong Kong entre un et trois mois – a baissé de 4,1 % au premier semestre 2019.

Si ni Xavier, ni Jean ne comptent quitter la colonie britannique en raison de la crise politique actuelle, d’autres Français pensent à partir travailler ailleurs, notamment ceux qui ont investi dans l’hôtellerie et la restauration de luxe, des secteurs fortement touchés par les manifestations. L’essentiel de la clientèle de ces derniers est composée de riches Chinois du continent ; or les protestations prodémocratie et la montée d’un sentiment antichinois dans la société hongkongaise dissuadent les voyageurs chinois de venir séjourner à Hong Kong.

Le mois d’août a enregistré une chute de 40 % des touristes selon le ministère hongkongais des Finances, notamment après plusieurs journées d'occupation de l’aéroport international de Hong Kong par les manifestants prodémocratie.

*Les prénoms ont été changés.

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