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En Chine, 70 ans de régime autoritaire et une ouverture en trompe-l’œil

Un enfant participant à une cérémonie de lever de drapeaux, en vue du 70e anniversaire de la République populaire de Chine, sur la place Tian'anmen à Pékin, le 29 septembre 2019.
Un enfant participant à une cérémonie de lever de drapeaux, en vue du 70e anniversaire de la République populaire de Chine, sur la place Tian'anmen à Pékin, le 29 septembre 2019. Aly Song, Reuters

La Chine célèbre mardi le 70e anniversaire de la République populaire et de son régime communiste. Un régime autoritaire qui, selon le chercheur Jean-Vincent Brisset constitue aujourd’hui une entrave à l'ouverture totale du pays sur le monde.

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Pékin bouclée. Les caméras de vidéosurveillance cernent la place Tian’anmen où les drapeaux rouges, parés de leurs cinq étoiles jaunes, flottent au vent, alors qu’arrive le jour J. Depuis plusieurs jours, la capitale chinoise fait place aux répétitions de la parade militaire qui doit montrer la grandeur du pays, et la force dissuasive du pouvoir chinois, à l'occasion du 70e anniversaire du régime. Plus loin, sur la façade de la Cité interdite s’affiche encore et toujours le portrait de Mao Zedong, dont la présence est plus que jamais de circonstance.

Il y a 70 ans, celui que l’on surnomme "le Grand Timonier" proclamait la République populaire de Chine, marquant l’entrée du pays dans un régime communiste, dirigé par un parti unique, le Parti communiste chinois (PCC).

Aujourd’hui bien différente du pays rural conquis il y a sept décennies par les communistes, la République populaire de Chine s’est imposée comme une puissance économique de premier plan.

Le régime chinois est "un régime hérité du marxisme sauce Mao" explique Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), contacté par France 24. "La manière de gouverner et la manière de gérer la société est issue des régimes communistes, mais la manière de gérer les relations internationales n’a rien à voir avec le communisme théorique", poursuit-il, introduisant l’idée selon laquelle le régime autoritaire en Chine représente le principal obstacle à une ouverture complète du pays sur le monde.

Selon le chercheur, en effet, l’histoire de la Chine depuis 70 ans n’a fait qu’osciller entre ouvertures et fermetures à répétition, le pays se trouvant actuellement dans un état de fermeture depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, en 2013.

Ouverture de l'économie, verrouillage du régime

Arrivé au pouvoir le 1er octobre 1949, Mao Zedong a connu un long règne chaotique. Le "Grand Bond en avant", en 1958, avait pour but de rattraper et dépasser l’URSS en mobilisant les paysans pour industrialiser les campagnes, mais a conduit à la désorganisation des structures agricoles et à l’effondrement de l’économie chinoise, entraînant une famine qui a décimé des dizaines de millions de personnes.

Huit ans plus tard, la "Révolution culturelle" n’a guère fait mieux. Véritable programme d'épuration idéologique visant à purger le PCC de ses élites et éléments bourgeois grâce aux "gardes rouges", elle produit un climat de terreur, fait au moins des centaines de milliers, voire des millions de victimes en 10 ans, et sape l'économie du pays.

À la mort de Mao, en 1976, la Chine est une puissance diplomatique et militaire, certes, mais elle demeure toujours très faible économiquement. Le PIB chinois par habitant n'est alors que de 165 dollars. En 2017, il s'élève à 8 827 dollars, la Chine trônant derrière les États-Unis, à la deuxième place des plus grandes puissances économiques mondiales.

Président depuis 2013, Xi Jinping, nouvel homme fort de la Chine, entreprend une projection du pays vers l'extérieur en lançant notamment le gigantesque et controversé projet des "nouvelles routes de la soie". À l'intérieur, il renoue avec un contrôle rigoureux de la société chinoise et renforce son pouvoir personnel. Les médias d'État développent un culte de la personnalité autour de lui et le Parlement modifie la Constitution pour lui permettre de rester président à vie.

"La Chine s’est rouverte progressivement après Tian’anmen [des manifestations d’étudiants, ouvriers et intellectuels prodémocratie violemment réprimées par l’armée en 1989, NDLR], car elle a été contaminée par la modernité, les réseaux sociaux et par la volonté des dirigeants de ne pas tout fermer" explique Jean-Vincent Brisset. "Cette réouverture s’est opérée dans les années 1990-2000, avant que l’on assiste à une nouvelle fermeture depuis Xi Jinping", poursuit-il, estimant que les dirigeants chinois actuels sont, comme l’étaient ceux de l’époque de Mao, obsédés par "la pénétration des mauvaises idées venues de l’extérieur."

"Le monde ne peut pas vivre sans la Chine"

La Chine est sortie de son isolement diplomatique en 1971, grâce à un changement de stratégie opéré sous l’impulsion de son Premier ministre, Zhou Enlai. Elle débarque alors pour de bon sur la scène internationale et conquiert l’ONU, dont elle devient un membre permanent du Conseil de sécurité.

Sept ans plus tard, le successeur de Mao, Deng Xiaoping, la fait basculer dans une économie socialiste de marché. La Chine peut enfin exister dans le système de la mondialisation. Mieux, elle devient rapidement indispensable aux autres puissances, leur faisant du charme avec sa main d’œuvre nombreuse et à bas coût.

Cet argument de poids est utilisé, aujourd’hui encore, alors que les États-Unis de Donald Trump brandissent régulièrement la menace de taxer les produits chinois. "Quand on veut taxer les produits qui viennent de Chine, on risque de produire de l’inflation. Or, c'est l'absence de taxes qui permet de maintenir les biens de consommation à des prix extrêmement réduits", rappelle Jean-Vincent Brisset.

"La Chine est devenue la deuxième puissance mondiale dans de nombreux domaines", poursuit-il. "Jusqu’à il y a vingt ans, elle pouvait faire n’importe quoi, y compris s’effondrer, le monde n’en n’aurait pas été affecté. Aujourd’hui le monde a besoin de la Chine, il ne peut pas vivre sans la Chine."

Une ouverture totale compromettrait l'équilibre établi

Après avoir rattrapé son retard et s’être rendue attractive pour les capitaux étrangers, notamment à Shanghai, qui attire des activités économiques toujours plus modernes et nombreuses, la Chine joue, à ce jour, un rôle de premier plan dans les institutions économiques internationales. En l’espace de vingt ans, elle est devenue le partenaire commercial principal de nombreux pays, investit désormais en Afrique et se lance même dans la conquête spatiale.

Au-delà de l’expression galvaudée d’"Atelier du monde", la Chine est devenue le fournisseur du monde, et parfois même son créancier.

Un "miracle chinois" qui, selon Jean-Vincent Brisset, s’est fait avant tout au détriment du peuple. "On libéralise complètement et l’on accepte d’avoir quelque chose de très brillant en le faisant payer à la population de manière extrêmement dure pendant très longtemps."

Des "miracles" économiques, Taïwan, la Corée du Sud et le Japon en ont aussi accompli après la Seconde Guerre mondiale. Mais à la différence de la Chine, explique le chercheur, "ces trois pays se sont développés dans un cadre démocratique, presque à l’occidental." La Chine, elle, "a choisi une voie de développement derrière un régime extrêmement autoritaire et un flicage de sa population." Le régime autoritaire chinois constitue selon lui l'obstacle à son ouverture totale sur le monde.

Quel risque aurait-elle donc à lever ce frein ? Son équilibre, estime le spécialiste. Selon lui, "si la Chine sort de ce régime autoritaire", avec tout ce que cela implique en termes d’organisation du travail, des infrastructures, des mouvements de capitaux et des investissements, "elle s’effondre."

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