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Mohamed Ali, l’entrepreneur égyptien qui appelle à la chute du président Sissi

L'entrepreneur égyptien Mohamed Ali appelle sur chaîne Youtube le peuple à manifester contre le président Abdel Fattah al-Sissi.
L'entrepreneur égyptien Mohamed Ali appelle sur chaîne Youtube le peuple à manifester contre le président Abdel Fattah al-Sissi. Capture youtube de la page @MohamedAliSecrets, AFP

En dénonçant dans ses vidéos les dépenses extravagantes et la corruption du pouvoir, un entrepreneur égyptien en exil a inspiré les premières manifestations contre le régime du président Sissi.

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Jamais ils n'avaient osé manifester ouvertement leur opposition. Le 27 septembre, pour le deuxième vendredi consécutif, des groupes d'Égyptiens sont descendus dans les rues de plusieurs villes, appelant à la démission du président Abdel Fattah al-Sissi. Des manifestations inédites, inspirées par l'appel d'un homme, Mohamed Ali, un entrepreneur égyptien qui dénonce, dans ses vidéos, la corruption du régime.

Un ancien allié du régime en guerre contre le président

Peu d'égyptiens connaissaient l'homme d'affaire Mohamed Ali il y a encore quelques mois. Mais début septembre, ce riche entrepreneur a décidé de partir en guerre contre le président Sissi. Après avoir travaillé pendant quinze ans pour l'armée égyptienne par le biais de son entreprise de construction, il a fui l'Égypte pour l'Espagne pour des raisons dit-il de sécurité, après des différends avec l'armée.

Il a depuis posté des dizaines de vidéos, accusant le régime de gaspiller des fortunes en argent publique, chiffres à l'appui, dans de grands projets de constructions, dont des palais présidentiels et des villas pour son entourage. Mohamed Ali affirme lui-même avoir participé à la construction de nombre de ces projets pour l'armée. Aujourd'hui il se présente en victime d'un système corrompu qui l'aurait floué de 220 millions de lires égyptiennes (environ 14 millions d'euros).

Ses attaques virulentes qui visent directement le président, sont relayées en masse sur les réseaux sociaux. Alors que l'Égypte traverse une période économique difficile avec une inflation record, les propos de Mohammed Ali suscitent l'émoi auprès d'une partie du peuple égyptien. Le 20 septembre dans une nouvelle vidéo, il appelle les Égyptiens à descendre dans la rue le soir même. Contre toute attente, un mouvement de protestation émerge.

Un opposant crédible ?

Le 14 septembre, une semaine avant la première manifestation, le président Sissi a réagi aux accusations de Mohammed Ali : "J'ai construit des palais présidentiels et je vais continuer à le faire. Je construis un nouveau pays… Tout ceci n'est pas à moi, c'est à l'Égypte". L'ancien général a rejeté les accusations de corruption affirmant qu'il s'agissait de "mensonges et de tentatives de diffamation".

Pour Koert Debeuf, directeur de l'ONG Tahrir Institute for Middle East, la réaction de Sissi a été contreproductive aux yeux de l'opinion : "En enfonçant le clou sur sa politique de grands travaux sans nier le rôle revendiqué par Mohammed Ali, il a renforcé sa crédibilité. D'autant plus que l'on sait que depuis l'arrivée de Sissi au pouvoir, les grands projets se sont multipliés et qu'ils sont systématiquement encadrés par l'armée. Les vidéos d'Ali trouvent un écho chez une partie des Égyptiens car il maîtrise son sujet et parle la langue du peuple."

Né dans une banlieue du Caire, Mohammed Ali a un parcours pour le moins surprenant. Son père, champion d'haltérophilie, reconverti dans le business de construction, l'initie aux affaires. Alors qu'il gère son entreprise de BTP, il se lance, dans les années 2010, dans une carrière d'acteur en jouant dans quelques séries et films, avant de quitter l'Égypte.

Si ses prises de positions séduisent, la démarche de Mohammed Ali suscite bien des interrogations notamment sur les réseaux sociaux ou certains lui reprochent de chercher uniquement à se venger ou bien d'avoir préféré quitter le pays avant de s'attaquer au régime.

Koert Debeuf considère quant à lui que l'entrepreneur risque gros : "personne n'aurait pu imaginer qu'un homme de l'intérieur ait le courage d'attaquer frontalement le président Sissi. Pour bien moins que cela, des gens disparaissent et sont assassinés en Égypte. Mohammed Ali joue le tout pour le tout, il sait qu'il ne pourra retourner dans son pays tant que Sissi sera au pouvoir".

Son père, Ali Abdul Khalek, resté en Égypte s'est exprimé sur une chaîne de télévision pro-gouvernementale pour prendre ses distances avec son fils et affirmer sa loyauté envers l'armée. Mohamed Ali affirme quant à lui que sa vie est menacée en Espagne et en appelle à la protection du gouvernement.

Des manifestations à haut risque

En 2013, alors que des millions d'Égyptiens manifestent demandant le départ du président islamiste Mohamed Morsi, le général Fatah al Sissi prend le pouvoir lors d'un coup militaire. Depuis, tout mouvement de protestation est totalement interdit en Égypte. Le pays vit par ailleurs sous état d'urgence depuis 2017, suite à deux attentats revendiqués par l'organisation État Ismalique.

Malgré le danger, Jeudi 26 septembre, à la veille de la nouvelle manifestation, Mohammed Ali a appelé, les Égyptiens à protester sans réserves : "Chaque partie de l'Égypte doit sortir pour la liberté. Il n'y aura pas d'agression physique. Ne craignez pas les policiers, ne craignez pas la sécurité de l'État". Des manifestations ont bien eu lieux vendredi, notamment sur l'île de Warraq, au Caire, à Qus et à Qena dans le sud du pays mais leur ampleur semble être restée limitée.

Pour la correspondante de France 24 au Caire, Ruth Michaelson, il ne fait aucun doute que son premier appel de Mohammed Ali a bénéficié d'un effet de surprise : "il a demandé aux Égyptiens de descendre dans les rues, le jour même, le vendredi soir après le match de football entre les deux grandes équipes du Caire. Les autorités n'étaient pas préparées".

Au même moment, le président Abdel Fattah al-Sissi s'envolait pour l'Assemblée générale de l'ONU à New York.

Les jours suivant la première manifestation, quelques 2 000 personnes, dont des journalistes, des intellectuels et des opposants ont été arrêtées, selon Human Rights Watch et plusieurs ONG locales, et la sécurité a été considérablement renforcée dans plusieurs villes du pays.

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