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Ouverture du "grand dialogue national" pour régler la crise séparatiste au Cameroun

Des hommes arrêtés en lien avec la crise anglophone au Cameroun devant le tribunal militaire de Yaoundé, au Cameroun, le 14 décembre 2018.
Des hommes arrêtés en lien avec la crise anglophone au Cameroun devant le tribunal militaire de Yaoundé, au Cameroun, le 14 décembre 2018. Stringer, AFP

Entre espoir et scepticisme, le "grand dialogue national" s'est ouvert, lundi, à Yaoundé, capitale du Cameroun, malgré l'absence des principaux chefs séparatistes.

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Voulu par le président Paul Biya, le "grand dialogue national" a été lancé, lundi 30 septembre, au Cameroun pour tenter de mettre un terme au conflit meurtrier entre Yaoundé et des séparatistes anglophones dans l'ouest. Ses chances d'aboutir restent toutefois minces en raison de l'absence des principaux leaders sécessionnistes.

Devant une salle comble, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a proposé aux participants d'être "de véritables artisans de la paix" lors des cinq jours prévus pour le grand dialogue à Yaoundé, qualifiant de "pas insolubles" les "préoccupations" qui opposent les deux parties.

Les combats, mais aussi les exactions commises sur les civils par les deux camps, dans les deux régions du nord-ouest et du sud-ouest, où vit la plus grande partie de la minorité anglophone du Cameroun (16 %), ont déjà fait plus de 3 000 morts en moins de trois ans, selon le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

Un conflit meurtrier

Depuis 2017, des revendications sociales des populations anglophones, qui s'estiment lésées par rapport aux huit régions francophones, se sont muées en un conflit meurtrier entre des groupes indépendantistes armés radicalisés et les forces de sécurité de l'État, resté sourd aux revendications. Certains anglophones exigent le retour au fédéralisme alors que d'autres réclament la partition du pays. Deux scénarios rejetés par le président Biya.

Après avoir fait preuve d'intransigeance depuis sa réélection en octobre 2018, le chef de l'État, 86 ans dont près de 37 au pouvoir, avait annoncé mi-septembre ce "grand dialogue national" à Yaoundé. L'annonce de ce dialogue a suscité l'espoir d'anglophones modérés, comme l'influent archevêque de Douala, le cardinal Christian Tumi. "J'ai l'espoir qu'en sortant d'ici quelque chose de bien commence à se passer", a-t-il déclaré à l'AFP après le discours du Premier ministre.

 >> À lire aussi : "Paul Biya convoque un "grand dialogue national" pour régler la crise séparatiste au Cameroun"

En parallèle, une vingtaine de jeunes ex-combattants anglophones, vêtus aux couleurs du drapeau camerounais, sont montés sur scène pour souligner "la marginalisation dont [ils sont] victimes sur [leurs] propres terres" avant le discours du Premier ministre.

"De la poudre aux yeux" pour certains séparatistes

Du côté des anglophones plus radicaux, Mark Bareta, très actif sur les réseaux sociaux, était présenté par Yaoundé comme celui qui a montré le plus d'ouverture. Mais Mark Bareta a annoncé vendredi ne pas participer à ce dialogue, affirmant que "la seule façon de mener de véritables négociations était de le faire sur un terrain neutre".

Parmi les seize leaders séparatistes anglophones conviés au dialogue et qui pour beaucoup se trouvent à l'étranger, des chefs de groupes armés, comme Ebenezer Akwanga et Cho Ayaba, ont annoncé leur refus d'y participer. Avec ce dialogue, le Cameroun veut jeter "de la poudre aux yeux de la communauté internationale", a déclaré au téléphone à l'AFP, Ebenezer Akwanga.

La plupart de ces leaders ont réaffirmé leur volonté de discuter avec le gouvernement, mais demandent que les négociations se déroulent en présence d'un médiateur international, à l'étranger et que les termes de la séparation soient le principal point à l'ordre du jour.

"Grand dialogue de sourds"

Lundi, dans les kiosques de Yaoundé, le bihebdomadaire Repères, plutôt favorable au pouvoir, affirme en une "Ça passe ou ça casse !", tandis que l'anglophone Eden, qui titre aussi sur le dialogue, demande : "Va-t-il faire le succès ou la ruine du Cameroun ?". Le journal Intégration, lui, affiche en une : "Grand dialogue de sourds à Yaoundé".

À proximité du Palais des Congrès, les badauds étaient partagés entre scepticisme et espoir. "Je ne sais pas quelle importance on peut accorder à ce que les gens vont dire dans ce dialogue alors que les gens se font tirer dessus" dans les régions anglophones, affirme Joseph, habitant de Yaoundé et originaire de l'ouest.

"Nous voulons le retour de la paix. Il suffit seulement qu'on donne la possibilité à tout le monde de s'exprimer", espère Mitterrand, ce passant anglophone résident de Yaoundé.

Avec AFP

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