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Ukraine : tous les chemins mènent à Rudy Giuliani

Rudy Giuliani est accusé d'avoir mis en place une diplomatie parallèle auprès de l'Ukraine pour servir les ambitions de Donald Trump.
Rudy Giuliani est accusé d'avoir mis en place une diplomatie parallèle auprès de l'Ukraine pour servir les ambitions de Donald Trump. Carlo Allegri, Reuters

Rudy Giuliani, l’avocat personnel de Donald Trump, a été convoqué, lundi, par le Congrès. Il doit s'expliquer sur son rôle dans le scandale ukrainien qui a conduit à une procédure susceptible d’aboutir à la destitution du président américain.

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D’avocat personnel du président américain Donald Trump, abonné aux gaffes en direct à la télé, à pièce centrale du scandale ukrainien. Rudy Giuliani est dans le collimateur des élus démocrates à la Chambre des représentants. Ceux-ci l’ont convoqué dans le cadre de leur enquête en vue d’une mise en accusation du président américain, lundi 30 septembre.

L’intérêt que les démocrates portent à l’avocat du président peut se comprendre : le nom de Rudy Giuliani apparaît 31 fois dans la plainte déposée par le lanceur d’alerte qui est à l’origine de l’enquête parlementaire contre Donald Trump. Ce dernier a aussi incité à plusieurs reprises son homologue ukrainien Volodymyr Zelenski à prendre contact avec son avocat, au cours du désormais fameux coup de téléphone durant lequel le président américain presse son interlocuteur de rouvrir une enquête pouvant nuire à son rival politique Joe Biden.

À lire aussi sur France 24 : Comprendre l’affaire ukrainienne derrière la procédure "d'impeachment" contre Trump

Fibre ukrainienne depuis 2004

La liste de documents que les démocrates espèrent obtenir de Rudy Giuliani avant le 15 octobre illustre l’étendue des liens entre l’ancien maire de New York et l’Ukraine. Les élus veulent tout savoir de ses échanges avec Donald Trump au sujet du président ukrainien, des nombreux voyages en Ukraine effectués par Rudy Giuliani, de ses relations d’affaires ukrainiennes, de ses rencontres avec des proches du pouvoir ukrainien, ou encore de la nature de ses relations avec le maire de Kiev Vitali Klitschko.

“Si on en est là, c’est à cause de Rudy. Ce bordel, c’est le résultat de son implication dans cette affaire”, a déclaré un haut fonctionnaire américain au Washington Post. L’ancien maire de New York s’intéresse à l’Ukraine depuis 2004 dans le cadre de sa collaboration avec Triglobal, une société qui se vante de mettre en relation les puissants de ce monde. Cette activité amène Rudy Giuliani à faire au moins un discours en Ukraine, puis à conseiller, à partir de 2008, l’ex-boxeur Vitali Klitschko, qui parviendra à devenir maire de Kiev quelques années plus tard.

Il entretient cette fibre ukrainienne pendant près de 10 ans, et en 2017 les événements s’accélèrent. Rudy Giuliani, qui devient cette année-là l’avocat personnel de Donald Trump, rencontre Pavel Fuks, un oligarque russo-ukrainien qui l’engage pour que l’ancien maire de New York fasse la promotion de sa ville natale, Kharkiv, auprès d’investisseurs américains. C’est cet homme d’affaires, ainsi que deux autres clients russo-ukrainiens de Rudy Giuliani, qui vont le mettre sur la piste du procureur ukrainien déchu Viktor Shokin et des activités du fils de Joe Biden.

La piste du procureur déchu et de Joe Biden

Rudy Giuliani aura un entretien téléphonique avec Viktor Shokin en 2018, et rencontrera aussi à deux reprises son successeur, Iouri Loutsenko. L’avocat personnel de Donald Trump acquiert alors la conviction que son patron à tout intérêt à remettre sur le devant de la scène médiatique de vieilles allégations selon lesquelles Joe Biden aurait fait renvoyer Viktor Shokin pour l’empêcher d’enquêter sur Burisma, la société gazière qui employait son fils. En réalité, les appels à la démission de Viktor Shokin n’émanaient pas seulement de l’administration Obama, mais aussi d’autres gouvernements qui accusaient le procureur d’être trop laxiste en matière de corruption.

Petro Poroshenko, alors président de l’Ukraine, se serait lui aussi montré favorable à une nouvelle enquête sur Burisma, raconte le Washington Post. Là encore, il semblerait que Rudy Giuliani ait joué un rôle pour s'attirer ses faveurs. Il lui a notamment enlevé une épine du pied en pressant Donald Trump de rappeller à New York l’ambassadrice américaine en Ukraine. Elle avait irrité Petro Poroshenko en l’accusant de manquer de poigne dans la lutte contre la corruption.

Tout change lorsqu’en avril 2019, Volodymyr Zelenski remplace Petro Poroshenko à la tête de l’État. Rudy Giuliani doit alors repartir de zéro ou presque pour convaincre les nouveaux hommes au pouvoir d’aider Donald Trump à discréditer son rival démocrate. Rudy Giuliani est soupçonné d’avoir mis en place ce que les médias américains ont appelé un “agenda diplomatique ukrainien de l’ombre” qui lui a permis de contourner les voies diplomatiques traditionnelles.

Sur ordre de qui ?

Il a d’abord essayé de rencontrer Volodymyr Zelenski en mai, peu avant son entrée officielle en fonction pour éviter des problèmes de protocole. L’ancien maire de New York n’a, en effet, aucun rôle officiel au sein de l’appareil diplomatique américain. Mais sous pression des médias et des démocrates au Congrès, il a finalement renoncé à son projet.

Cela ne l’a pas empêché, quelques semaines plus tard, de rencontrer en Espagne l’un des principaux conseillers du nouveau président ukrainien. Il y est allé pour prier Kiev “d’enquêter sur cette fichue affaire” concernant Joe Biden, a reconnu Rudy Giuliani sur Fox News. Pressé par les médias de justifier à quel titre l’avocat personnel de Donald Trump entreprend des démarches qui ont toutes les apparences de voyages diplomatiques, Rudy Giuliani a affirmé avoir agi sur demande du bureau du secrétaire d’État, Mike Pompeo. Une version des faits contestée par les diplomates américains peu désireux de donner l’impression que Washington mettait sa puissance diplomatique au service des ambitions personnelles de Donald Trump.

En Ukraine, le rôle de Rudy Giuliani ne fait aucun doute. “Il est perçu comme une petite célébrité ici, comme s’il était une extension de Donald Trump et le meilleur lien possible avec l’administration américaine”, a raconté au Wall Street Journal un conseiller à la Commission des Affaires étrangères du Parlement ukrainien.

Impossible, donc, pour les démocrates américains de faire l’impasse sur Rudy Giuliani s’ils veulent mieux comprendre les dessous de cette affaire ukrainienne grâce à laquelle ils espèrent faire tomber Donald Trump. Encore faut-il que l’ancien maire de New York accepte de comparaître devant la Chambre des représentants. Il semble plus que réticent, assimilant cette convocation au “maccarthysme”, l'époque où l’administration américaine faisait la chasse aux communistes.

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