FRANCE

Les policiers défilent à Paris pour une "marche de la colère", une mobilisation inédite

Des policiers participent à la "marche de la colère" à Paris, mercredi 2 octobre 2019.
Des policiers participent à la "marche de la colère" à Paris, mercredi 2 octobre 2019. Christian Hartmann, Reuters

À l’appel d’une large intersyndicale, les policiers manifestent mercredi pour une "marche de la colère" sur fond de malaise de l’institution, de hausse des suicides et de réforme des retraites.

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Mobilisation inédite depuis près de 20 ans. Les policiers ont prévu de manifester à Paris, mercredi 2 octobre, à l’appel de la quasi-intégralité des syndicats de police. Une "marche de la colère" sur fond de détérioration des conditions de travail, de hausse des suicides et de réforme des retraites.

Le cortège est parti de la place de la Bastille pour rejoindre celle de la République. Selon les organisations syndicales qui ont réussi l'union sacrée tous corps et tous grades confondus, 27 000 personnes participaient à la mobilisation.

"Nous sommes venus ici pour nous battre pour nos conditions de travail, et surtout pour rendre hommage à nos collègues qui ont mis fin à leurs jours", déclare Damien, 24 ans, policier à la Brigade des réseaux transiliens, à Paris. "Nous sommes là car c'est un ras-le bol", explique Yves, 54 ans, policier à Montpellier. "On remet en cause la réforme des retraites, les politiques, les médias, le traitement des affaires. Pour nous il n'y a jamais de présomption d'innoncence".

Un tel appel unitaire – les syndicats ayant réussi l’union sacrée de tous corps et tous grades confondus – n’avait pas eu lieu depuis 2001. À l’époque, la mobilisation avait été provoquée par le meurtre de deux policiers au Plessis-Trévis (Val-de-Marne) par un braqueur récidiviste.

Cette fois, pas de fait divers sanglant agissant comme élément déclencheur, mais une usure opérationnelle liée notamment au mouvement social des Gilets jaunes, au cours duquel la police a souvent été accusée de violences, et un bond des suicides au sein de la police nationale, mal endémique dans l’institution.

"Ras-le-bol profond"

Au cœur des revendications des policiers, cinq points cohabitent : "l'amélioration de la qualité de vie au travail", "une véritable politique sociale pour les agents du ministère de l'Intérieur", "une réponse pénale réelle, efficace et dissuasive", "la défense des retraites" et une future loi d'orientation et de programmation "ambitieuse".

"Il y a un ras-le-bol profond", fait valoir David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN-Unsa). "Tous les syndicats ont conscience que la police est malade.

"On est au-delà des moyens. Une enveloppe budgétaire ou la future Loppsi (loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) ne régleront pas tout", complète le syndicaliste, qui met également en avant le "contexte de craintes" relatif aux réformes des retraites et de la fonction publique.

La future réforme des régimes de retraite est en effet l'un des principaux points de tension entre l'exécutif et les syndicats policiers. Ces derniers craignent, en effet, la remise en cause de leur avantageux système de bonifications.

"Position ferme et définitive du gouvernement"

Les policiers bénéficient actuellement d'une bonification spéciale "du cinquième" ou "quinquennale", qui leur offre une annuité (quatre trimestres) de cotisation tous les cinq ans. Elle est plafonnée à cinq annuités. Pour être éligible à cette bonification, le fonctionnaire doit avoir exercé 27 ans.

Les propos du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner assurant, le 17 septembre, qu'il défendrait "jusqu'au bout la spécificité du statut" des forces de l'ordre, sont loin d'avoir dissipé les inquiétudes des organisations syndicales.

"Nous voulons une position ferme et définitive du gouvernement", résume le secrétaire général d'Unité-SG-FO, Yves Lefebvre.

"Castaner n'a pas toutes les cartes en main. Il joue une partie de poker avec Matignon qui détient les cordons de la bourse et l'Élysée", observe-t-il. "Mais tout le monde doit comprendre qu'il y aura le feu dans la maison ‘police’" si le gouvernement devait suivre les préconisations du rapport du haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye, publié en juillet.

Invité de France 2, mercredi matin, Christophe Castaner a explique, "il y aura une modification de leur régime comme pour tous les Français, mais il y aura la prise en compte de la dangerosité de leur métier de policier." Le ministre de l'Intérieur a insisté sur la différence entre "ceux qui sont dans un métier dangereux" et "l'ensemble des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur qui ne sont pas confrontés aux mêmes réalités."

Recrutement de 10 000 policiers et gendarmes

Devant cette nouvelle grogne du monde policier, le ministère de l'Intérieur met en avant les mesures entreprises depuis l'arrivée du duo Castaner/Nuñez en octobre 2018.

"Il ne s'agit pas du tout de nier les difficultés que peuvent rencontrer les policiers. Depuis un an", avance l’entourage du ministre de l’Intérieur. "On sait qu'ils ont été mis à rude épreuve."

"Il y a un travail très important de remise à niveau et on le conduit projet de loi de finances après projet de loi de finances", complète cette source.

Ainsi selon le ministère de l'Intérieur, dont le budget augmentera de 4 % en 2020, 552 millions d'euros supplémentaires ont été consacrés aux personnels des forces de sécurité depuis le budget 2018.

Ce dernier, qui a également fait valoir la hausse "de plus d'un milliard d'euros" du budget de la Police nationale depuis le début du quinquennat et la promesse du recrutement de 10 000 policiers et gendarmes supplémentaires sur l'ensemble du mandat, a également assuré de la "mobilisation forte" sur les suicides comme l'activisme des ministres pour défendre la police contre "la critique permanente".

Le rappel de ces mesures sera-t-il suffisant pour apaiser la "colère" des policiers ? "Nous sommes déjà dans l'après-2 octobre", avertit Yves Lefebvre.

Avec AFP

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