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Subventions à Airbus : pourquoi Washington s'en prend aux fromages italiens

Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, reçoit un morceau de fromage italien offert par un journaliste, lors de sa conférence de presse avec le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, le 1er octobre à Rome.
Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, reçoit un morceau de fromage italien offert par un journaliste, lors de sa conférence de presse avec le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, le 1er octobre à Rome. Alberto Pizzoli, AFP

La liste des nouveaux droits de douane américains contre les produits européens touche essentiellement les pays du consortium Airbus… mais aussi l'Italie. Washington attaque notamment les fromages italiens, sans raison apparente.

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Du champagne français, du whisky écossais, du cachemire britannique, du café allemand ou encore de l'huile d'olive espagnole. La liste des produits visés par les nouveaux droits de douane de 25 % édictés par Washington, mercredi 2 octobre, peut paraître logique. Elle vise les quatre pays associés au sein du consortium Airbus, qui a été reconnu coupable par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) d'avoir bénéficié de subventions illégales. Les États-Unis, qui défendaient dans cette affaire les intérêts de Boeing, ont ainsi obtenu le droit d'imposer des sanctions d'un montant de 7,5 milliards de dollars à l'Europe.

Mais l'administration américaine s'en est aussi pris à l'Italie, dont les exportations de fromage devraient être taxées à partir du 18 octobre. Le parmesan, le pecorino romano et le provolone seront les principales victimes italiennes de l'appétit trumpien pour les droits de douane. En comptant les autres produits alimentaires taxés à l'échelle européenne par Washington et qui sont aussi exportés par l'Italie, comme certains yaourts ou fruits, ces nouvelles sanctions devraient coûter entre 500 millions et un milliard d'euros à l'Italie, selon les premières estimations de la presse transalpine.

Le "Made in Italy" en danger ?

Le "Made in Italy" est en danger, se sont écriés les autorités italiennes à l'annonce de ces taxes. Surtout, Rome s'est très officiellement étonné d'être frappé au même titre que les quatre pays du consortium Airbus. Le ministre des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, a rappelé que le pays "n'était pas concerné par cette affaire" de subventions illégales et a profité de la visite en Italie de son homologue américain, Mike Pompeo, pour appeler Washington à "faire des efforts".

L'Italie estime, en effet, être bien plus durement touchée que les autres pays européens affectés par les taxes américaines. Rome assure que la filière fromagère italienne dépend davantage des consommateurs américains que celle du vin français ou celle du jambon allemand. Après la France, les États-Unis sont le deuxième marché pour le parmesan, le grana padano et autres. En 2018, l'Italie a exporté 31,5 millions de kilos de fromage aux États-Unis pour une valeur de 272,7 millions d'euros, d'après les données de l'Assolatte, le principal syndicat de la filière laitière.

"Des droits de douane supérieurs à 20 % sont insupportables pour nos exportations vers les États-Unis", avait averti avant l'annonce des sanctions Cesare Baldrighi, président du Consortium de protection du grana padano. Les professionnels du secteur s'inquiètent tout particulièrement pour le parmesan. Pour obtenir le précieux sésame de l'appellation d'origine, il faut se soumettre à une très longue liste de critères, ce qui fait qu'il n'y a qu'un peu plus de 400 petits producteurs en Italie. Si le marché américain venait à se fermer, c'est toute la filière – l'un des symboles de la culture gastronomique italienne – qui serait menacée, explique le Financial Times. Pour écouler leur stock, les producteurs seraient obligés de baisser les prix, ce qui serait financièrement difficile à supporter pour des entreprises généralement de petite taille qui ont peu de réserves financières.

Une question d'appellation

Pour Cesare Baldrighi, Donald Trump profite de sa victoire dans le dossier Airbus pour lancer un assaut en parallèle sur les appellations contrôlées. "En réalité, ce que les Américains veulent, c'est vendre du parmesan américain en Europe", assure-t-il au quotidien Corriere della Sera. Ce serait la raison pour laquelle l'Italie se retrouve sur la liste des pays frappés par les nouveaux droits de douanes.

L'administration américaine fait, en effet, l'objet d'une intense pression depuis plusieurs mois du lobby des fabricants de fromages américains en faveur de sanctions contre leurs concurrents européens. En mai par exemple, ce syndicat a adressé une lettre ouverte à Donald Trump assurant que l'UE abusait des "indications géographiques" pour protéger des appellations qui, comme "parmesan", seraient depuis longtemps entrées dans le langage courant. Ils assurent que le "parmesan" du Wisconsin (le principal État américain où ce fromage est fabriqué) n'a rien à envier à son homologue italien et ne devrait pas être interdit de vente sur le sol européen.

Pour les Italiens, l'attaque contre leur fromage ne serait en fait que la première étape d'une offensive plus générale de Washington contre le système européen de protection des appellations géographiques. En avril, le président américain avait d'ailleurs reconnu sur Twitter que si l'OMC venait à donner raison aux États-Unis dans le conflit entre Airbus et Boeing, il ne se priverait pas de s'en prendre à tous les domaines où l'Europe "a floué commercialement les États-Unis". Les fabricants de camembert normand, de jambon de Parme ou encore du boudin blanc bavarois n'ont qu'à bien se tenir.

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