FRANCE

Après l’incendie de l'usine Lubrizol, la possibilité d’une émission de dioxines interroge

Vue aérienne du site de l'usine Lubrizol de Rouen en flammes révélée par le SDIS 76, le 27 septembre 2019.
Vue aérienne du site de l'usine Lubrizol de Rouen en flammes révélée par le SDIS 76, le 27 septembre 2019. HO, SDIS, AFP

Le directeur général de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques a déclaré mercredi “possible” l’émission de dioxines après l’incendie à Rouen. Des voix s’élèvent pour demander de nouvelles publications d’analyses.

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Une semaine après l’incendie de l’usine Lubrizol, le panache de fumée qu’ont pu observer les habitants de l’agglomération rouennaise révèle peu à peu ses secrets. Mercredi 2 octobre, Raymond Cointe, directeur général de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) – en charge des analyses d’échantillons prélevés sur le terrain – a déclaré qu’”il est possible que l'incendie ait conduit à l'émission de dioxines", tout en ajoutant que les analyses en cours "laissent penser que la plupart" des produits de l'usine sont "peu susceptibles d'émettre des dioxines".

"Des résultats complémentaires sont nécessaires pour préciser et vérifier ces données sachant qu'en matière de dioxine, la source principale et potentielle de contamination est par ingestion", a-t-il aussi précisé. Plus tôt dans la journée, le Premier ministre Édouard Philippe s’était montré prudent en déclarant au Sénat : “Nous ne savons pas tout aujourd'hui parce que les analyses sont en cours et parce qu'il va falloir les poursuivre et pendant longtemps.”

Pour Frédéric Poitou, docteur en chimie et expert judiciaire contacté par France 24, “la brèche est ouverte” après la prise de parole du directeur général de l’Ineris sur le sujet des dioxines. “C’est quelqu’un de très compétent qui fait autorité dans la profession qui dit cela”, explique-t-il. “J’espère que cela va inciter nos politiques à prendre position.”

Même son de cloche pour Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, qui avertit depuis plusieurs jours sur les risques d’émission de dioxines avec l’incendie de l’usine Lubrizol. “Ce qu’a dit l’État n’était pas partial, c’était juste mais c’était partiel”, affirme-t-elle à France 24. “Le résultat sur les émissions de dioxines me semble évident depuis le début.”

Des émissions de dioxines connues des autorités depuis la nuit de l’explosion ?

Les dioxines sont des composés chimiques persistants dans l'environnement et passant notamment par la chaîne alimentaire – principalement viande, produits laitiers, poissons et fruits de mer, selon la nomenclature de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette dernière souligne que certains de ces polluants sont potentiellement cancérigènes.

“Il y a à peu près 200 dioxines existantes – dont 10 très toxiques et deux mortelles – mais toutes ne sont pas dangereuses”, explique Frédéric Poitou. Quant à savoir quelle émission “possible” de dioxines il pourrait y avoir eu à Rouen, le docteur en chimie explique “ne pas savoir lesquelles sont présentes sur le site”. Et il ajoute : “On va le savoir rapidement, des analyses privées sont en cours.”

Frédéric Poitou “pense” par ailleurs que les émissions possibles de dioxines à Rouen étaient connues des autorités “depuis la nuit de l’explosion, grâce à (l’utilisation d’)un camion NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique, NDLR)”.

C’est aussi l’avis de Corinne Lepage, qui demande que les analyses faites par les camions NRBC “soient rendues publiques”. “Il y en avait plusieurs qui étaient présents sur place à ma connaissance, affirme-t-elle. Ce sont des camions extrêmement perfectionnés dans lesquels les analyses, notamment des dioxines, ne prennent que quelques heures.” Et elle ajoute : “Le problème n’est pas la qualité de l’air aujourd’hui, tout ce qui est parti en fumée il y a une semaine s’est posé sur le sol et dans l’eau. Il faut chercher les dioxines dans le lait et dans les œufs.”

Interrogée par France 24 sur la déclaration du directeur général de l’Ineris ainsi que sur la présence de véhicules NRBC sur le site de l’usine Lubrizol, la préfecture de Seine-Maritime n’avait pas répondu au moment de l’écriture de cet article.

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