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Débat sur l’immigration : opération déminage à La République en marche

Le président Emmanuel Macron et le Premier ministre français Édouard Philippe, au palais présidentiel de l'Élysée, à Paris, le 10 décembre 2018.
Le président Emmanuel Macron et le Premier ministre français Édouard Philippe, au palais présidentiel de l'Élysée, à Paris, le 10 décembre 2018. Yoan Valat, AFP

Alors que le débat sur l’immigration se tient lundi à l’Assemblée nationale, Édouard Philippe et le parti présidentiel ont tenté ces derniers jours d’éteindre l’incendie provoqué il y a trois semaines par Emmanuel Macron au sein de la majorité.

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Séminaire de travail place Beauvau, réunion de groupe, petit-déjeuner à Matignon : avant le débat sur l’immigration, prévu lundi 7 octobre à l’Assemblée nationale et deux jours plus tard au Sénat, l’exécutif a passé la semaine à déminer le terrain.

Car en enjoignant sa majorité, lundi 16 septembre, à ne pas se comporter en "parti bourgeois" face à l’immigration et en faisant un lien entre hausse des demandes d’asile et vote pour le Rassemblement national, Emmanuel Macron a provoqué un malaise chez les députés de l’aile gauche de La République en marche.

>> À lire : Immigration et classes populaires, l’analyse "à courte vue" d’Emmanuel Macron

En guise de riposte, ceux-ci ont publié deux tribunes coup sur coup. Une première, dès le lendemain, diffusée sur les réseaux sociaux, pour défendre "une intégration réussie dans les territoires". "La question n’est pas tant combien nous pouvons accueillir, mais comment on peut mieux intégrer", écrivaient-ils, soulignant que "tous les rapports, de l’OCDE à l’INSEE, montrent que l’immigration a un apport positif à l’économie d’un pays".

"Le débat ne doit pas servir de marche-pied à ceux qui font leurs fonds de commerce d’une irréelle association immigration-islam-délinquance, cherchant à cristalliser les haines sur tous les citoyens de confession musulmane", ajoutaient-ils.

Et le 18 septembre, une seconde tribune, pour défendre l’Aide médicale d’État (AME) cette fois-ci, était publiée dans L’Opinion. "Laisser penser que l’attractivité de notre système de santé serait la raison des flux migratoires que connaît notre pays serait, dans le contexte actuel, une erreur dont nous serions collectivement responsables", pouvait-on lire, les 35 signataires rappelant au passage que le candidat Macron avait promis de ne pas remettre en cause l’AME.

"C’était important de réaffirmer nos valeurs car ce n’est pas en parlant comme eux qu’on réduira le vote en faveur du Rassemblement national", estime Jean-François Cesarini, l’un des députés LREM ayant cosigné les deux tribunes, contacté par France 24.

Édouard Philippe très investi pour apaiser les esprits échauffés

Face au malaise provoqué par les propos d’Emmanuel Macron, l’exécutif a donc tenté de calmer les esprits ces derniers jours. Un séminaire de travail qui aurait pu être intitulé "l’immigration pour les nuls" a été organisé lundi dernier au ministère de l’Intérieur avec de nombreux députés de la majorité.

Puis une réunion de groupe, en présence du Premier ministre et de plusieurs ministres, s’est tenue le lendemain pour expliquer les objectifs du débat à venir. Et pour être bien certain que le message soit passé, Édouard Philippe a convié une quarantaine de députés à Matignon,la même semaine, pour un petit-déjeuner de travail.

Les députés signataires ont également été ciblés. L’une d’entre eux, Mireille Clapot, a été reçue par le Premier ministre, tandis qu’un groupe d’animation politique sur l’asile et l’immigration, coprésidé par Raphaël Gauvain et un autre signataire, Jean-Bernard Sempastous, a été créé à l’Assemblée nationale. "Ce groupe permet de répartir les députés dans des couloirs en fonction de leur tendance, explique une proche du dossier. Ceux de gauche travaillent sur l’intégration et ceux de droite sur le durcissement du droit d’asile."

Une façon de renouer avec le fameux "en même temps" d’Emmanuel Macron et d’adoucir le message qui sera porté par les leaders de la majorité lundi après-midi lors du débat sur l’immigration. Selon nos informations, ceux-ci insisteront en effet sur l’importance, pour garantir le bon fonctionnement du droit d’asile en France, d’accueillir dignement les demandeurs d’asile tout en reconduisant rapidement à la frontière ceux qui n’ont pas vocation à rester sur le territoire.

La polémique Zemmour "change la donne"

Du côté de l’aile gauche de la majorité, c’est Stella Dupont qui prendra la parole. "On va essayer de tordre le cou à plusieurs clichés sur l’insécurité et le chômage, explique Jean-François Cesarini. Mais déjà, on voit que le gouvernement a reculé. Sur l’AME ou sur les quotas, je pense qu’ils vont faire attention à ce qu’ils diront."

L’exécutif et le groupe majoritaire seront d’autant plus vigilants que le contexte a changé depuis le discours d’Emmanuel Macron prononcé mi-septembre. Les propos polémiques tenus lors de la Convention de la droite par Éric Zemmour, soutenu par deux des trois candidats à la présidence du parti Les Républicains, Guillaume Larrivé et Julien Aubert, obligent La République en marche à se démarquer.

>> À lire : Avec Marion Maréchal et Éric Zemmour, une Convention de la droite très à droite

"Incontestablement, ça change la donne, on ne peut pas ne pas répondre à ça", juge le député LREM Aurélien Taché, contacté par France 24, qui avait invité la capitaine du Sea-Watch 3 Carola Rackete, le 23 septembre, au Palais-Bourbon. "Quand Éric Zemmour franchit toutes les lignes, il faut se retrousser les manches et dire clairement ce qu’on pense."

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