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Manifestation anti-PMA à Paris : "Je refuse une société avec des enfants sans repères"

Des milliers de manifestants se sont réunis à Paris, près du Sénat, pour protester contre la révision de la loi bioéthique, le 6 octobre 2019.
Des milliers de manifestants se sont réunis à Paris, près du Sénat, pour protester contre la révision de la loi bioéthique, le 6 octobre 2019. Louise Nordström, France 24

Des dizaines de milliers d’opposants à l’extension de la PMA aux femmes célibataires et lesbiennes se sont rassemblés dimanche à Paris, devant le Sénat. Ils protestent contre un texte qui efface, selon eux, la figure paternelle au sein de la famille.

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Des milliers de banderoles rouges et vertes, marquées "Liberté, égalité, paternité" s’agitaient dimanche 6 octobre, à la mi-journée, aux abords du Sénat, à Paris. C’est ici que sera examinée dès le 15 octobre l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, célibataires et lesbiennes inclues.

Charlotte, 27 ans, s’est rendu avec son conjoint et un couple d’amis au défilé, baptisé "Marchons enfants" par les organisateurs. Elle s’apprête à devenir mère et s’inquiète de la société dans laquelle naîtra son enfant : "Il sera amené à être avec des enfants nés sans père, avec des parents qui seront deux femmes." Ce qui l’inquiète, c’est "d’accepter qu’un enfant n’ait pas besoin de père et de créer une société où des enfants seront sans repères".

Des manifestants venus de toute la France se sont donné rendez-vous à l’appel d’une vingtaine d’associations, principalement catholiques, pour protester contre la révision de la loi de bioéthique, approuvée vendredi en première lecture à l’Assemblée nationale.

Le cortège s'est élancé à 15 h vers le quartier de Montparnasse. Marc, agent de l’État de 45 ans, venu avec sa famille, espère que le gouvernement fera marche arrière car, selon lui, "les enfants sont privés d’identité s’ils n’ont pas un papa et une maman".

110 cars et deux TGV affrétés

Au milieu des pancartes "Tous nés d’un homme et d’une femme" et "Papa+Maman, y’a pas mieux pour un enfant", les participants brandissaient également les logos de la Manif pour tous, le collectif qui s’était mobilisé contre la légalisation du mariage homosexuel en 2012 et poids lourd de la mobilisation contre l’extension de la PMA.

Xavier Poinsard, père de famille de 45 ans et membre du collectif organisateur, a fait le déplacement depuis la ville de Sens, à 120 kilomètres au sud de Paris. "Nous sommes 150 à être venus de cette région. Les associations se sont organisées pour affréter des cars et des trains pour venir manifester aujourd’hui", explique-t-il.

Les organisateurs avaient annoncé la mise à disposition de 110 cars et de deux TGV en provenance de toute la France. Selon le comptage du cabinet Occurrence pour un collectif de médias, ils étaient 74 500 à défiler, un chiffre bien inférieur à celui de 600 000 avancé par les organisateurs. La mobilisation de ce dimanche est pourtant loin des chiffres de celles de 2012-2013, qui avaient réuni jusqu'à 340 000 personnes selon la police, 1,4 million selon les associations organisatrices.

Sécurité "volontaire" et Gilets jaunes

Justine, 15 ans, est dans le cortège avec un groupe d’adolescentes. Elle se remémore leur participation aux manifestations d’il y a sept ans. "On était avec nos parents à l'époque, mais cette fois on est venues toutes seules", sourient-elles.

À côté d'elles, les manifestants plus âgés. La plupart ont plus de 50 ans et la marche se déroule dans le calme. Sur scène, un organisateur demande aux manifestants d’appeler dix contacts sur leur téléphone et de les convier au rassemblement avec leurs familles. Dans un coin, des jeunes bénévoles portant sur leur pull une citation biblique tiennent un stand de "saucisses de Sainte-Jeanne".

On note la présence d’hommes portant un brassard "sécurité". Interrogés sur leur présence dans ce rassemblement pacifique, ils indiquent, évasifs, qu’ils sont volontaires et n’ont pas été engagés par les associations organisatrices. En mars 2013, la Manif pour tous avait connu quelques débordements.

Un couple de Gilets jaunes se tient sur le côté du cortège. Ils se disent catholiques et habitants de Saint-Germain-en-Laye, à l’ouest de Paris. La manifestation contre l’extension de la PMA est leur 25e rassemblement, disent-ils. "La PMA, même par un couple hétérosexuel, est contre-nature. C’est une opération lors de laquelle on tue quatre à cinq embryons. De plus, ce système, on veut nous le faire payer par le biais de la Sécurité sociale. Celle-ci est faite pour soigner, pas pour ce genre de choses."

Le clergé et la droite divisés

"C’est une question de conception de l’Homme. Notre société paiera très cher ce déséquilibrage de la famille", avance Frédéric Desquilbet, prêtre catholique d’une paroisse de banlieue parisienne. Cette semaine, il a pourtant baptisé un enfant dont les parents étaient deux femmes. "Moi, l’enfant, je l’accueille. On ne va pas faire du sectarisme en écartant les gens qui ne sont pas dans des schémas de vie qui nous semblent bon", déclare-t-il.

Dès septembre, l’Église catholique s’était montrée contradictoire au moment d’appeler ses fidèles à descendre dans la rue, l’épiscopat ayant dû rectifier les propos de certains de ses évêques. "Ce n’est pas notre job. Le clergé a un devoir de réserve en termes d’engagement politique. L’archevêque de Paris nous a demandé d’agir selon notre conscience. Moi, j’ai trouvé bien d’y être, donc j’y suis."

Même constat au sein des formations politiques de droite et d’extrême droite : selon l’AFP, la plupart des responsables du parti Les Républicains (LR) et la cheffe de file du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, avaient déclaré qu’ils ne participeraient pas à la manifestation. Rares étaient les représentants de LR et RN présents dans la rue ce dimanche.

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