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Mondial de rugby : la cohésion des Springboks à l’épreuve du racisme

Eben Etzebeth, le 4 octobre, lors du match des Springboks contre l'Italie.
Eben Etzebeth, le 4 octobre, lors du match des Springboks contre l'Italie. Adrian Dennis, AFP

L’équipe sud-africaine, qui affronte, mardi, le Canada, doit gérer un délicat dossier en marge du mondial de Rugby, qui se déroule au Japon. Un de ses joueurs, Eben Etzebeth, est mis en cause pour une agression raciste perpétrée en Afrique du Sud.

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Les Springboks font parler la poudre sur les pelouses japonaises. Mais hors du terrain, la situation peut être tout aussi explosive. En cause : le sujet sensible de l'apartheid en Afrique du Sud. Pas plus tard que dimanche 6 octobre, le sélectionneur sud-africain Rassie Erasmus a dû endosser son costume de pompier pour éteindre une vive polémique provoquée par la diffusion d’une vidéo qui semblait démontrer l’existence de tensions raciales au sein de l'équipe.

On y voit un groupe de joueurs (François Steyn, RG Snyman, Francois Louw, Vincent Koch, Franco Mostert et Steven Kitshoff), tous blancs, se rassembler pour célébrer la victoire des Boks sur l'Italie (49-3). D'un geste, Steyn semble renvoyer Makazole Mapimpi, un des joueurs noirs de l'équipe d'Afrique du Sud, qui s'en va, tête basse.

"Certaines personnes vont y voir quelque chose de mal. Je peux vous assurer que, en tant que coach, je ne permettrais jamais qu'un truc comme ça arrive. Il n'y a d'ailleurs rien de tel dans cette équipe. C'est un groupe très soudé", a assuré le patron des Springboks, qui affrontent le Canada mardi.

"Tout le monde sait que, dans une tournée ou une coupe du monde, dans un groupe de 31, il y a les quinze titulaires et les remplaçants. Cette fois-ci, ces remplaçants se surnomment la 'bomb squad' (l'équipe de déminage, NDLR). Parce que soit ils entrent pour tout arranger, soit tout va bien et c'est une fausse alerte", a expliqué le sélectionneur. Il a reçu le soutien de Makazole Mapimpi, qui a diffusé une vidéo où il explique être effectivement parti en voyant que les joueurs de ce petit groupe étaient ceux de la 'bomb squad'.

Une "meute de loups"

Cette affaire a trouvé un écho important en raison des accusations de racisme qui pèsent sur un des joueurs emblématiques de l’équipe sud-africaine, le deuxième-ligne Eben Etzebeth. Ce dernier est accusé d'avoir insulté un sans-domicile fixe et pointé une arme à feu sur lui, fin août. Avant son départ pour le Japon, Etzebeth a été entendu par la commission sud-africaine des droits de l'Homme (SAHRC) devant laquelle il avait nié les faits.

Ses dénégations n’ont pas convaincu la commission qui a confirmé, vendredi 4 octobre, avoir "formellement déposé plainte" auprès d'un tribunal spécialisé dans les affaires de discrimination. "Des membres de la communauté noire ont déclaré que Etzebeth et ses amis se faisaient appeler 'la meute de loups', semant la terreur dans la province du Cap occidental", a expliqué Buang Jones, un représentant de la SAHRC. Les plaignants réclament une compensation financière (60 000 euros) et des excuses.

Cet incident ne semble pas une affaire isolée. D'autres cas de racisme impliquant le rugbyman ont été rapportés, selon la SAHRC, citant notamment un retraité qui dit en avoir été victime. Le Sunday Times a d’ailleurs publié  dans sa dernière édition plusieurs témoignages mettant en cause Etzebeth et certains de ses proches dans différentes agressions racistes.

L'emblématique capitaine Kolisi

Pour les Springboks, champions du monde en 1995 et 2007, la gestion de cette affaire est très délicate. La Fédération a annoncé qu'elle coopérerait avec les enquêteurs. D'ici là, le joueur de 27 ans, qui rejoindra le club de Toulon après la coupe du monde, poursuit son aventure au Japon. Quant à ses coéquipiers, ils prennent garde de ne pas s’exprimer ouvertement sur le sujet. Leur capitaine Siya Kolisi s’est ainsi contenté d’affirmer que l’encadrement des Springboks traitait ce dossier et que les joueurs se concentraient sur leur compétition. Une situation particulièrement délicate à gérer pour ce troisième-ligne devenu, en mai 2018, le premier noir à porter les galons de capitaine chez les Springboks.

Le groupe sélectionné pour ce neuvième mondial visait justement à montrer les efforts entrepris par le rugby sud-africain pour favoriser l’intégration de joueurs noirs. Sur 31 joueurs, 10 ont été retenus pour cette compétition, un chiffre plus élevé que lors des coupes du monde précédentes. Le sélectionneur Erasmus souhaitait atteindre un objectif de 50 %, mais il a expliqué qu'il avait échoué faute de joueurs noirs.

En 1995, l’Afrique du Sud avait organisée et gagné cette compétition. Et l’image de son capitaine François Pienaar brandissant la Coupe Webb Ellis aux côtés du défunt président Nelson Mandela, vêtu d’un maillot des Springboks, avait eu un retentissement très fort dans le pays et à l’étranger. Le rugby devenait un symbole de réconciliation nationale, juste après la fin de l'apartheid. Dans cette équipe, il n’y avait pourtant qu’un joueur métis, l’ailier Chester Williams, décédé récemment. "Les Blancs ne faisaient que nous tolérer dans l’équipe, car ils ­voulaient montrer qu’ils acceptaient le changement", avait confié Chester Williams au quotidien Le Monde dans une interview réalisée en 2015.

Le capitaine Kolisi doit gérer cet héritage et montrer que les Springboks ont fait du chemin en 24 ans. S’il venait à soulever la Coupe du monde le 2 novembre à Tokyo, les Springboks pourraient alors prouver leur transformation. Un objectif qu’ils ne pourront atteindre qu’en restant unis. Or, comme le note le journaliste Jon Cardinelli dans le magazine SA Rugby, le désamorçage de l’affaire de la "bomb squad" montre comment un "non-événement" peut avoir un impact sur les joueurs. La question est de savoir à quel point l’affaire Etzebeth est suceptible de provoquer des dissensions.

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