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"Zone de sécurité" en Syrie : Donald Trump ouvre la voie à la Turquie aux dépens des Kurdes

Véhicule militaire turc photographié en Syrie, près du village de Tal Abyad, le 8 septembre 2019 (archives).
Véhicule militaire turc photographié en Syrie, près du village de Tal Abyad, le 8 septembre 2019 (archives). Delil Souleiman, AFP

La voie est désormais libre pour une opération militaire turque dans le nord de la Syrie contre les forces kurdes, lâchées dimanche par Donald Trump. Officiellement, l’objectif d’Ankara est de créer une "zone de sécurité" pour protéger sa frontière.

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Le président des États-Unis Donald Trump a décidé d'abandonner le nord de la Syrie à son sort. Comme annoncé la veille par la Maison Blanche, les troupes américaines stationnées dans la zone frontalière avec la Turquie ont amorcé leur retrait, lundi 7 octobre, devant l'imminence d'une opération militaire turque à laquelle elles ne se s'opposeront pas.

Les responsables de l'administration américaine ont toutefois cherché lundi à se démarquer de toute opération militaire d'Ankara et à minimiser le départ des soldats américains déployés près de la frontière turque. Il ne s'agit ainsi que de 50 à 100 membres des forces spéciales qui sont "redéployés vers d'autres bases à l'intérieur de la Syrie", et en aucun cas d'un "retrait" généralisé.

La décision américaine pourrait sceller le sort des forces kurdes, sur lesquelles les États-Unis se sont notamment appuyées pour combattre, avec succès, l'organisation État islamique (OEI).

Pour justifier son intervention militaire, qui "peut avoir lieu à tout moment", selon le président turc Recep Tayyip Erdogan, Ankara affirme vouloir créer une "zone de sécurité" dans le nord de la Syrie afin de protéger sa frontière. La création de cette "zone de sécurité" était prévue depuis août, au terme d'un accord conclu entre Washington et Ankara, après plusieurs mois de négociations.

Concrètement, les Turcs exigent la création d'une zone tampon longue de 480 kilomètres et large d'une trentaine de kilomètres entre leur frontière et les territoires syriens situés à l'est du fleuve Euphrate, contrôlés par la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG).

Considérés par la Turquie comme un "groupe terroriste" et une menace pour sa sécurité nationale, les YPG composent l'essentiel des Forces démocratiques syriennes (FDS). Cette alliance anti-jihadiste arabo-kurde, soutenue et armée jusqu'ici par Washington, comptait à ses côtés jusqu'à 2 000 militaires américains.

Dans le viseur d'Ankara

Les YPG et le PYD, principal parti kurde syrien, sont dans le viseur des autorités turques en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla en Turquie depuis 1984.

"Assécher le marécage du terrorisme qui se trouve dans le nord de la Syrie est notre principale priorité", avait déclaré début août le président turc, déterminé à parvenir à ses fins. "Tant que les [zones contrôlées par les YPG] n'auront pas disparu, la Turquie ne se sentira pas en sécurité", a-t-il ajouté.

Un objectif affiché de longue date par Recep Tayyip Erdogan, qui, depuis 2016, a déjà ordonné deux offensives dans le nord de la Syrie, dont la dernière a permis début 2018 à ses troupes ainsi qu'à leurs supplétifs, des rebelles islamistes syriens, de mettre la main sur Afrin, l'un des trois cantons de la zone autonome kurde, qui correspond à la province syrienne de Hassaké.

"Depuis le début de la crise en Syrie, les Turcs ont eu une politique extrêmement claire, à savoir créer une zone tampon au sud de leur frontière de manière à s'assurer qu'il n'y ait pas à l'avenir des camps d'entraînement, des centres de recrutement ou des stocks de munitions aux mains des Kurdes, qui pourraient bénéficier au PKK", expliquait en début d'année à France 24 Alexandre Vautravers, expert en stratégie militaire et professeur d'histoire et de relations internationales à Genève.

Les explications de notre correspondant en Turquie

Recep Tayyip Erdogan craint surtout que les Kurdes de Turquie ne s'inspirent de la région fédérale autonome baptisée Rojava, sorte d'embryon d'État instauré de facto par la minorité kurde de Syrie dans le nord et le nord-est du pays à la faveur du conflit syrien et du chaos qu'elle a engendré. Le chef d'État a affirmé à plusieurs reprises qu'il ne permettrait "jamais" l'établissement d'un État kurde en Syrie, aux portes de la Turquie. Le risque pour Erdogan ? Ce territoire jouxterait la région autonome du Kurdistan au nord de l'Irak, créant une continuité – et une unité – territoriale kurde, une idée intolérable pour Ankara.

Outre la neutralisation des forces kurdes et leurs aspirations autonomistes, le président turc a également fait part de son intention de renvoyer dans cette "zone de sécurité" jusqu'à deux millions de réfugiés syriens, très majoritairement arabes et sunnites, vivant en Turquie.

Une manière pour Ankara de bousculer l'équilibre démographique de cette région, dans laquelle vivent, selon les experts, 2,5 millions d'habitants, dont un peu plus d'un million de Kurdes, surtout installés près de la frontière turque. "Si cette zone de sécurité peut être déclarée, nous pouvons réinstaller en toute confiance entre un et deux millions de réfugiés […]", avait précisé Recep Tayyip Erdogan, lors de son discours prononcé en septembre, à l'occasion de l'Assemblée générale de l'ONU.

Interrogé par France 24 en janvier, Nur Mahmoud, porte-parole des YPG, avait mis en garde contre la terminologie appliquée à la future zone de sécurité. "Elle ne doit pas devenir un no man's land, cela serait très dangereux, servirait les intérêts nationalistes de la Turquie et engendrerait un nettoyage ethnique et un remplacement de population".

"Guerre totale"

Lâchés par Donald Trump, qui a toutefois menacé lundi, via son compte Twitter comme en janvier dernier, de "totalement détruire et anéantir l'économie de la Turquie", si elle faisait "quelque chose […] hors limite", les FDS ont promis de mener une "guerre totale" à Ankara "en cas d'attaque non provoquée". Une guerre à laquelle elles s'étaient déjà préparées après l'annonce fin 2018 de Donald Trump de retirer ses troupes de Syrie.

Privés de la présence américaine qui leur servait de bouclier vis-à-vis d'Ankara, les forces kurdes et les FDS ont averti qu'une éventuelle opération militaire turque entraînerait une résurgence de l'OEI. Sans compter qu'ils perdraient le contrôle des prisons dans lesquelles sont détenus de nombreux jihadistes et les camps qui abritent leurs familles.

Une question sensible qui inquiète les pays européens, et en premier lieu la France, dont des ressortissants ont combattu au sein de l'OEI avant d'être capturés par centaines par les forces kurdes lors de l'effondrement de l'organisation terroriste.

Avec AFP

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