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NBA, jeu vidéo, animation : le "made in USA" rattrapé par la crise à Hong Kong

Un panneau de promotion pour un match de la NBA a Shanghaï en partie retiré
Un panneau de promotion pour un match de la NBA a Shanghaï en partie retiré Aly Song, Reuters

Le conflit à Hong Kong met des groupes américains dans des situations délicates, à l'image de la NBA, fédération américaine de basket, d'Activision/Blizzard, un géant du jeu vidéo et des créateurs du dessin animé South Park.

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C’est l’histoire d’un tweet, d’un champion de jeu de cartes virtuel, d’un dessin animé… et de Hong Kong. Ce sont surtout les mésaventures de trois géants américains qui se sont retrouvés, cette semaine, à leurs profits défendant rattrapés par le conflit qui oppose les autorités chinoises aux manifestants hongkongais.

Le créateur du dessin animé "South Park", la ligue de basket-ball NBA et le studio de jeux vidéo Blizzard ont, tous les trois, dû mettre en balance leurs intérêts économiques en Chine et un soutien plus ou moins explicite aux aspirations démocratiques des Hongkongais, qui rencontrent un large écho sur la scène internationale. Trois exemples et trois réactions différentes montrant la manière dont ce conflit chinois s’exporte de l’autre côté du Pacifique.

La NBA et l’art de l’équilibrisme. Tout s’est passé très vite. Daryl Morey, le manager général de l’équipe américaine de basket des Houston Rockets, a publié sur Twitter un message de soutien aux manifestants hongkongais, vendredi 4 octobre. Quelques jours plus tard, la NBA a failli perdre des millions, voire des milliards de dollars pour avoir provoqué l’ire de Pékin.

Le tweet, depuis effacé, a suscité une vive réaction en Chine à cause du contenu et de la personne qui l’a posté. Daryl Morey est, en effet, le directeur sportif de “l’équipe de basket la plus populaire en Chine”, rappelle le Wall Street Journal. Les Houston Rockets ont longtemps aligné Yao Ming, la plus grande star chinoise de ce sport. Ce géant de 2,29 mètres a, d’ailleurs, été le premier ambassadeur de la NBA en Chine au début des années 2000.

La ligue nord-américaine s’est appuyée sur l’aura du champion chinois pour cultiver de lucratifs rapports avec les autorités chinoises. Après des années d’efforts, la NBA a décroché des accords de diffusion de matches américains qui ont séduit plus de 500 millions de spectateurs en Chine. En 2018, le géant des médias et du jeu vidéo Tencent s’est même engagé à retransmettre pendant cinq ans le championnat américain pour 1,5 milliard de dollars.

Mais depuis le tweet de Daryl Morey, tout est remis en cause. Tencent a déjà refusé de diffuser deux matches et la télévision publique ne veut plus en entendre parler. Yao Ming, devenu directeur de la fédération chinoise de basket, s’est dit “très en colère” contre ses ex-coéquipiers. Et les médias chinois ont appelé la NBA à se distancer des propos de Daryl Morey.

Des excuses ? La NBA et le patron des Houston Rockets font tout pour éviter d’en faire. Ils ont mis de l’eau dans leur vin en assurant n’avoir pas voulu offenser les Chinois, le directeur de la fédération américaine doit se rendre, vendredi, à Shanghai pour essayer d’aplanir la situation, mais personne, côté américain, n’a encore prononcé les mots magiques… tant attendus par Pékin.

La NBA se retrouve, en effet, obligée à jouer les équilibristes. Aux États-Unis, elle bénéficie de l’image de “fédération sportive la plus progressiste”, rappelle le New York Times. Des joueurs comme LeBron James, Kobe Bryant ou Derrick Rose se sont élevés contre les violences policières et le racisme. La NBA a annulé, en 2017, son match de gala annuel à Charlotte (Caroline du Nord) à cause d’une loi adoptée par l’État et perçue comme homophobe. “La NBA pousse ses joueurs à prendre des positions publiques car c’est bon pour son image, bon pour le marketing et bon pour ses affaires”, souligne le Wall Street Journal. Si elle venait à dénoncer les propos de Daryl Morey, elle risquerait de saper ce long travail qui lui a permis de se façonner une image unique et, commercialement rentable, aux États-Unis.

Blizzard et l’art de l'autocensure. Le sang des responsables du studio de jeux vidéo n’a fait qu’un tour lorsque Chung Ng Wai, un compétiteur professionnel hongkongais de son très populaire jeu de cartes virtuel "Hearthstone", est apparu à l’écran pour son interview après un match, lundi 6 octobre. Il portait un masque à gaz et des lunettes – l’attirail traditionnel des manifestants à Hong Kong – et a appelé à défendre la cause hongkongaise.

La sentence ne s’est pas fait attendre : le jeune homme, surnommé “Blitzchung” dans le jeu, a été banni de toute compétition pendant un an et a dû rembourser l’intégralité de ses gains de la saison en cours, environ 10 000 dollars. Blizzard, le studio à l’origine de "Hearthstone", a même licencié les deux commentateurs qui s’occupaient de l’interview de Chung Ng Wai.

La violence de la sanction n’a pas manqué de susciter de vives critiques dans le milieu de jeu vidéo. Blizzard a subi les foudres de joueurs lui reprochant d’avoir sacrifié l’un des leurs sur l’autel des bonnes relations avec Pékin. D’anciens membres de Blizzard ont dénoncé, sur les réseaux sociaux, la “perte de valeurs” d’une entreprise qu’ils ont aidé à grandir.

Le retour de flammes a même gagné le monde politique américain. Le sénateur républicain Marco Rubio a regretté que la puissance économique de la Chine soit telle qu’elle “oblige des entreprises américaines à s’autocensurer ainsi”, tandis que son collègue démocrate Ron Wyden a condamné Activision/Blizzard pour être “prêt à s’humilier pour plaire" à Pékin.

Ces responsables politiques jugent que cette affaire illustre à merveille la manière dont la Chine exporte la censure grâce à sa puissance économique. Blizzard est, en effet, détenu à 5 % par le géant Tencent, et le groupe réalise 12 % de son chiffre d’affaires en Chine.

Pour sa défense, le studio de jeux vidéo a rappelé que Chung Ng Wai avait enfreint le règlement de Blizzard qui stipule que les joueurs n’ont pas le droit “de discréditer ou offenser un groupe ou une partie du public”. Si les actes de Blitzchung peuvent être considérés comme offensants pour les Chinois, il n’en reste pas moins qu’un joueur d’un autre titre de Blizzard avait seulement écopé d’une suspension pour trois matches et d’une amende de 3 000 dollars pour des propos racistes, rappelle le site USgamer.

"South Park" et l'art de la dérision jusqu'au bout. C’était la boutade de trop pour Pékin. Le très satirique dessin animé américain s’en est pris à la censure chinoise dans l’épisode 2 de la saison 23, intitulé “Band in China”. Conséquence : "South Park" est, depuis la semaine dernière, introuvable sur les plateformes vidéo chinoises.

Le crime des personnages de cette série ? Avoir fait l’apologie de la liberté d’expression menacée par les censeurs chinois. Dans l’épisode controversé, un groupe de rock américain refuse ainsi de réécrire ses chansons pour faire plaisir à Pékin. Un message qui ne fait pas explicitement référence aux revendications des manifestants hongkongais. Mais dans le contexte de cette crise, les autorités chinoises “se montrent encore plus tatillonnes que d’habitude avec tout ce qui pourrait être interprété comme une référence à la situation à Hong Kong”, rappelle le New York Times.

Les créateurs de "South Park" ne s’y sont, d’ailleurs, par trompé lorsqu’ils ont publié leurs “excuses” sur Twitter. “Comme la NBA, nous accueillons chaleureusement les censeurs chinois dans nos maisons et nos cœurs”, ont-ils affirmé. Et d'ajouter : “Nous aussi, nous préférons l’argent à la liberté et la démocratie”.

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