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Commission européenne : la candidature de Sylvie Goulard rejetée, un échec pour Macron

La Française Sylvie Goulard lors de son audition au Parlement européen, le 2 octobre 2019.
La Française Sylvie Goulard lors de son audition au Parlement européen, le 2 octobre 2019. Kenzo Tribouillard, AFP

Sylvie Goulard, ancienne ministre désignée par le président Emmanuel Macron pour siéger dans la future Commission européenne, a vu sa candidature rejetée à une forte majorité lors d'un vote des eurodéputés jeudi. Un camouflet pour la France.

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C'est la douche froide à Bruxelles pour la France. Sylvie Goulard ne sera pas commissaire au Marché intérieur au sein de la nouvelle Commission européenne. Sa candidature a été écartée jeudi 10 octobre, par 82 voix contre 29 lors d'un vote des eurodéputés.

"C'est un échec cinglant, car elle a été auditionnée deux fois. Une première fois la semaine dernière, trois heures de questions auxquelles elle a dû répondre, plus des questions écrites car elle n'a pas su convaincre les eurodéputés. Une seconde audition a eu lieu ce [jeudi] matin pendant une heure et demie", décrit la journaliste de France 24 Aude Lechrist.

Sous le coup de deux affaires

Sa nomination à ce poste était compromise depuis la décision des conservateurs du PPE, première force politique du Parlement européen, de voter contre sa candidature.

Les membres du PPE "n'avaient pas du tout apprécié l'éviction de leur candidat hongrois la semaine dernière. Elle avait été portée par le groupe de Sylvie Goulard, le groupe Renew", explique Aude Lechrist.

Candidate de la France désignée par Emmanuel Macron, Sylvie Goulard avait été désignée pour un important portefeuille regroupant le Marché intérieur, l'Industrie, la Défense, l'Espace, le Numérique et la Culture. "Il y a des raisons concrètes pour laquelle sa candidature était polémique. Il y a tout d'abord son portefeuille qui est très ambitieux, et aussi ces deux affaires", poursuit Aude Lechrist

L'ancienne ministre française est en effet sous le coup de deux enquêtes. L'une par la justice française et l'autre par l'office anti-fraude de l'UE (Olaf), sur la participation de Mme Goulard à un système d'emplois fictifs pour son parti, le MoDem (centre).

Des interrogations ont également été émises sur les activités ayant justifié d'importantes rémunérations obtenues entre 2013 et 2016 de l'institut Berggruen, fondé par le milliardaire germano-américain Nicolas Berggruen, alors qu'elle était députée européenne. Sylvie Goulard a rappelé jeudi qu'elle n'avait pas été mise en examen et a invoqué la présomption d'innocence pour refuser de retirer sa candidature.

"Ce qui a beaucoup déplu aux eurodéputés lors des auditions, c'est que Sylvie Goulard a dit qu'elle ne démissionnerait pas de son poste de commissaire si elle était mise en examen. Lors de la deuxième audition, elle a cherché à mettre de l'eau dans son vin en disant que si elle était mise en examen elle en discuterait avec Ursula von der Leyen, la future présidente de la Commission européenne, mais de toute évidence, cela n'a pas suffi pour convaincre les eurodéputés", précise Alix Le Bourdon, la correspondante de France 24 à Bruxelles.

Les explications de notre correspondante à Bruxelles

Macron dénonce du "ressentiment"

C'est la première fois qu'un candidat présenté par la France pour un poste de commissaire est recalé par le Parlement européen. Après l'annonce du rejet de sa candidature, la présidence française a pris acte sans délai de cette décision tout en déplorant que sa candidate, dont la désignation avait suscité d'emblée des réserves au sein des rangs diplomatiques, ait "fait l'objet d'un jeu politique". "Sa compétence, ni son engagement européens ne sont en cause, ils sont reconnus par tous", a déclaré l'Élysée dans un communiqué.

Emmanuel Macron a également dit "ne pas comprendre" les raisons du rejet de cette candidature, évoquant d'un ton acide "ce qui s'est joué de ressentiment, peut-être de petitesse" dans le vote des eurodéputés. "Je me suis battu pour un portefeuille, j'ai soumis trois noms", a commenté le chef de l'État lors d'une conférence de presse à Lyon : "On m'a dit : "Votre nom est formidable, on le prend', et puis on me dit finalement : 'On n'en veut plus'. Il faut qu'on m'explique".

Selon Emmanuel Macron, la présidente élue de la Commission, Ursula von der Leyen, l'aurait assuré avoir obtenu l'accord des groupes PPE (centre-droit), PSE (social-démocrate) et Renaissance (centriste et libéral) à la candidature de Sylvie Goulard. "Je ne comprends pas comment, quand la présidente de la Commission nommée a une discussion avec les trois présidents de groupe et (qu'ils) se mettent d'accord sur quelque chose, ça peut bouger comme ça. Donc j'ai besoin de comprendre", a-t-il ajouté.

Sylvie Goulard a également réagi au rejet de sa candidature sur son compte Twitter. "Je prends acte de la décision du Parlement européen, dans le respect de la démocratie. Je remercie le Président de la République et Ursula von der Leyen pour leur confiance et tous les députés qui ont voté pour moi", a-t-elle écrit.

Ce rejet a également suscité de nombreux commentaires au sein de la classe politique. Marine Le Pen la présidente du Rassemblement national (RN) a estimé sur son compte Twitter que "le rejet de la candidature de Sylvie Goulard, soutenue par le président, est un désaveu cinglant pour ce dernier. Malgré ses leçons de morale perpétuelles, et peut-être même à cause d'elles, Macron apparaît de plus en plus isolé en Europe".

Le député européen Europe Écologie-Les Verts (EELV) Yannick Jadot s'est aussi interrogé dans un tweet sur le sens de cette candidature : "Rejet de Sylvie Goulard. Comment le président Emmanuel Macron a-t-il pu faire le choix d'affaiblir à ce point la position de la France en Europe et d'ignorer avec autant d'arrogance l'indispensable éthique qui doit guider nos institutions ?". De son côté, l'eurodéputée LR Nadine Morano n'a pas manqué de moquer : "Une claque magistrale pour Emmanuel Macron ! Inédit pour la France qui paye cash l'arrogance et le mépris du président français voulant imposer une candidate rejetée par tous !"

Des rejets en série

La nouvelle Commission européenne doit entrer en fonction le 1er novembre. La tâche se complique pour sa présidente, Ursula von der Leyen, qui devait déjà composer avec le rejet des candidatures de la Roumaine Rovana Plumb et du Hongrois Laszlo Trocsanyi, invalidées en septembre pour des conflits d'intérêts présumés.

"Emmanuel Macron va devoir présenter un nouveau candidat, sachant qu'en principe le Parlement européen valide les commissaires le 23 octobre, donc il y a très peu de temps pour présenter un nouveau candidat qui devra lui aussi passer des auditions et convaincre les eurodéputés", précise Aude Lechrist.

Avec AFP et Reuters

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