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Pologne : la communauté LGBT, cible privilégiée de l'Église et du pouvoir

Le chef du parti PiS, Jaroslaw Kaczynski, lors d'un discours de campagne, le 8 octobre 2019 à Varsovie.
Le chef du parti PiS, Jaroslaw Kaczynski, lors d'un discours de campagne, le 8 octobre 2019 à Varsovie. Janek Skarzynski, AFP

La campagne pour les élections législatives polonaises a été marquée par un discours anti-LGBT persistant, dont le parti nationaliste PiS a fait sien, s’imposant comme défenseur de "l’identité polonaise".

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Les législatives polonaises, dimanche 13 octobre, mettent fin à une campagne électorale marquée par une rhétorique anti-LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transexuels) omniprésente. Insultes, attaques verbales, manifestations… Les militants des droits homosexuels ont été la cible privilégiée de cette campagne, et notamment de sa principale tête d’affiche, Jaroslaw Kaczynski, chef du parti nationaliste et conservateur PiS.

L’archevêque de Cracovie, Marek Jedraszewski, n’a pas non plus fait dans la demi-mesure. À l’occasion d’un sermon commémorant le 75e anniversaire de l’insurrection de Varsovie contre l’occupation allemande, le 2 août dernier, il est allé jusqu’à comparer le mouvement LGBT à la "peste [communiste]".

"Notre terre n’est plus accablée par la peste rouge, ce qui ne signifie pas qu’il n’en existe pas une nouvelle qui veut contrôler nos âmes, nos cœurs et nos esprits. Ce n’est pas une peste marxiste, bolchévique, mais elle est née du même esprit – elle n’est pas rouge, mais arc-en-ciel", a lancé l’archevêque, qui compte parmi les prélats les plus puissants de Pologne, en référence au drapeau coloré érigé en symbole de la communauté LGBT.

"Une peste arc-en-ciel"

Quelques jours plus tard, celui-ci récidivait lors d’un entretien avec un hebdomadaire progouvernemental, affirmant que les autorités devraient "affirmer clairement que cette idéologie est une menace pour l’État". Demande entendue, et exaucée. Dans un discours prononcé le 16 août, dans lequel il exprime sa "profonde gratitude" à l’archevêque pour sa défense de "la famille polonaise normale" contre les menaces à la "culture et à la liberté du pays", Jaroslaw Kaczynski a mis la question LGBT au cœur de la campagne électorale, s’adonnant à une parodie des défilés de la traditionnelle "Marche des fiertés", qu’il compare à des "théâtres itinérants".

"Si l’opposition forme un gouvernement, alors elle sera dominée par ceux qui veulent une destruction radicale de l’ordre moral et culturel dans notre pays", déclarait-il encore début octobre à une chaîne de télévision catholique.

Selon Stanley Bill, professeur d’études polonaises à l’Université de Cambridge, interrogé par France 24, "le parti PiS a essayé de suggérer que les bons catholiques ne peuvent voter pour l’opposition", dans ce pays est très majoritairement catholique.

Dans le même temps, "il n’est pas vrai de dire que le corps principal de l’épiscopat soutienne en majorité le PiS", a-t-il poursuivi, "mais certaines parties de l’Église ont certainement donné cette impression".

L’autre "Autre"

Le type de discours tenu aussi bien par Jaroslaw Kaczynski que Marek Jedraszewski "figure en bonne place dans la rhétorique du PiS", observe quant à lui Jan Zielonka, expert polonais et professeur de sciences politiques à l’université d’Oxford. "Avant les dernières élections générales, en 2015, l’accent était mis sur les migrants", explique-t-il à France 24. "Aujourd’hui, les personnes LGBT les ont remplacés comme étant l’autre 'Autre'."

Fin septembre, dans la ville de Lublin (sud-est), la police antiémeute a arrêté une trentaine de manifestants qui tentaient de bloquer un rassemblement de la "Marche des fiertés" en frappant les participants avec des œufs. Deux semeurs de trouble qui avaient apporté des bombes artisanales ont également été arrêtés.

Les bombes étaient "un signe inquiétant", estime Stanley Bill, également coauteur du blog "Notes from Poland". "Lorsque de tels discours sont tenus à l’égard d’un groupe minoritaire, il est à craindre que cela mène à la violence."

En effet, aujourd’hui, nombre de Polonais LGBT disent vivre dans la peur. "Nous avons reçu des menaces de morts, ce qui nous a obligés à ne pas participer à cette marche", a déclaré, à Reuters, Bartosz Staszewski, l’un des organisateurs du défilé de Lublin, tandis qu’un autre membre de la communauté LGBT locale dit avoir "peur que [sa] voiture ne soit vandalisée, ou que l’on mette le feu à [son] appartement".

Symboles religieux, symboles nationaux

En dépit de cette violence, qu’elle soit verbale ou physique, les invectives de Jaroslaw Kacszynski à l’encontre de "l’idéologie LGBT" est loin d’avoir nui à la popularité de son parti. Favori des élections, le PiS devrait obtenir, dimanche 13 octobre, plus de 40 % des voix, selon un ensemble de sondages réalisé par le site spécialisé Wybory.

Selon Stanley Bill, le parti PiS – "Droit et justice" – "joue à sa base avec la question LGBT, attisant les craintes pour amener les électeurs socialement conservateurs à aller aux urnes, parce qu’ils ont besoin de maximiser la participation".

Pour Alex Szczerbiak, professeur de sciences politiques à l'université de Sussex, pour maintenir son électorat de base et déstabiliser l'opposition, le PiS met ses politiques sociales au cœur de son projet.

"Lorsqu’il s’agit de 'Marche des fiertés' LGBT, poursuit-il, beaucoup de gens qui ne sont pas religieux sont offensés dès lors que les symboles religieux sont utilisés de manière profane. Ceux-ci étant souvent des symboles nationaux", explique-t-il.

La "Madone noire" érigée lors d'une "Marche des fiertés" en est un bon exemple. Symbole catholique parmi les plus importants de Pologne, la célèbre icône avait vu le halo doré couronnant la tête de la Vierge Marie transformé en arc-en-ciel.

"En se basant sur des exemples comme celui-ci, le PiS peut se présenter comme le défenseur de l’identité polonaise afin d'élargir son électorat", explique Alex Szczerbiak.

Il semble toutefois que la Pologne devienne progressivement moins catholique. En dix ans, le nombre de personnes assistant à la messe dominicale a diminué de 2,5 millions. "Il semblerait qu’il y ait un lien entre le déclin progressif de l’Église et sa rhétorique de plus en plus anti-LGBT", fait valoir Stanley Bill. "Une radicalisation qui se développe en réponse à un sentiment d’être assiégé."

Dans le dernier classement des pays européens en matière de droits et libertés LGBT, établi par l’Association internationale des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, transexuelles et intersexes (ILGA), la Pologne occupe la 39e place. Sur 49.

Article adapté de l'anglais par Pauline Rouquette, retrouvez la version originale ici.

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