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REPORTAGE

Sans enthousiasme, les Tunisiens votent pour la troisième fois en un mois

Sept millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour choisir leur président, le 13 octobre 2019.
Sept millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour choisir leur président, le 13 octobre 2019. Romain Houeix, France 24

Troisième vote en moins d'un mois pour les Tunisiens appelés dimanche aux urnes pour élire leur président. Alors que pour des électeurs le choix entre Nabil Karoui et Kaïs Saïed est difficile, la participation est en hausse à la mi-jounée.

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Huit ans après le Printemps arabe et la "Révolution du jasmin", la fatigue démocratique a-t-elle gagné la Tunisie ? Sept millions de personnes sont appelées aux urnes, dimanche 13 octobre, pour choisir leur nouveau président entre l'universitaire austère et conservateur, Kaïs Saïed, et le magnat des affaires sulfureux, Nabil Karoui.

>> À lire : Présidentielle en Tunisie : le fougueux Nabil Karoui face à l’austère Kaïs Saïed

Dans le centre de vote de la rue de Marseille, l'un des plus grands de Tunis, l'enthousiasme du premier tour a laissé place à la résignation. Les files d'attente pour voter ont disparu. Une certaine lassitude s'est installée alors que les Tunisois se rendaient aux urnes pour la troisième fois en moins d'un mois.

Le taux de participation aux deux précédents scrutins ont été faibles : 49 % pour le premier tour de la présidentielle, 41,3 % pour les législatives et à cela s’ajoutent quelque 24 000 et 26 000 votes blancs comptabilisés à ces deux scrutins.

Dimanche à 11 h 45 locales (10 h 45 GMT), le taux de participation pour ce second tour s'établissait quant à lui à 17,8 %, selon l'instance chargée des élections. Soit une hausse par rapport au premier tour, où la participation avait atteint 16,3 % à 13 h.

"Difficile de choisir parce que les programmes sont flous"

Le choix du jour, entre Nabil Karoui, qui a passé la majeure partie de la campagne en détention provisoire pour fraude fiscale, et Kaïs Saïed, candidat hors-système et hors-parti, a tout du dilemme cornélien. Un choix "entre peste et choléra", comme ont pu le titrer plusieurs médias maghrébins. "Les indifférents et les absents auront tort", avertissait le Temps dimanche matin.

"J'espère que ces élections seront annulées", déclare Linda Al-Hadjiri, 49 ans, enseignante, qui a fait le choix de ne pas choisir en votant blanc. "Kais Saïed a un discours que les Tunisiens ne comprennent pas et l'autre est un corrompu. J'aurais voulu que d'autres candidats se qualifient."

Elle fustige un vote "qui est le résultat de l'ignorance des Tunisiens et de la corruption des politiques".

Rezzougua est plus modéré. Si le vieil homme concède avoir choisi par défaut dans "un souci d'équilibre des pouvoirs" entre le futur président et le Parlement, il s'estime satisfait du vote.

"C'était difficile de choisir aujourd'hui parce que les programmes sont flous. Et avec la conjoncture économique actuelle de la Tunisie, on ne sait pas comment ils vont faire pour les appliquer", explique cet entrepreneur de 70 ans.

"Je pourrai leur demander des comptes"

Dans le centre de vote de la rue de Marseille, Abdelaziz Mahjoub est connu. À chaque scrutin, il est l'un des premiers arrivés pour faire son devoir d'électeur. À chaque fois, il vient vêtu du Chechia traditionnel et d'un costume arborant fièrement un pin's du drapeau de la Tunisie.

"Je suis content que toute cette séquence électorale se soit bien passée", explique le vieil homme qui fait figure de coqueluche des journalistes présents en raison de son accoutrement. "Je connais les candidats. J'ai voté en mon âme et conscience. De cette manière, s'ils n'accomplissent pas leurs promesses, je pourrai leur demander des comptes."

Abdelaziz Mahjoub vient toujours voter en arborant le Chechia traditionnel.
Abdelaziz Mahjoub vient toujours voter en arborant le Chechia traditionnel. Romain Houeix, France 24

En amont du scrutin, l'Isie, l'instance chargée des élections, espérait que le taux de participation du jour sauverait l'honneur grâce à la perspective d'un duel atypique entre les deux finalistes. La campagne menée dans une ambiance fébrile s'est achevée vendredi par un duel télévisé très suivi. Beaucoup de Tunisiens interrogés affirme que le débat – inédit dans l'histoire démocratique tunisienne – leur a permis de faire leur choix. À l'image de Libtissem Adali, qui fait partie des rares jeunes aperçus dès la matinée à voter.

"Le débat a été très important pour moi. Il m'a permis de comprendre et choisir", explique l'étudiante en sortant du bureau de vote, le doigt encore tâché d'encre. Elle espère que les jeunes suivront son exemple en allant voter massivement. "C'est important de voter pour la Tunisie. Il faut changer le système qui permet la corruption et la pauvreté."

Lilya, une Ukraino-tunisienne de 20 ans, a également regardé le débat et ce dernier l'a conforté dans son choix. "Je veux un président capable de donner envie aux jeunes de rester en Tunisie. Mais je ne comprends pas pourquoi ils sont absents aujourd'hui, j'espère qu'ils vont se déplacer cet après-midi", explique cette étudiante en électronique.

La longue séquence électorale aura mis au jour les désillusions tunisiennes depuis l'avènement de la démocratie. Ils reprochent notamment à la classe politique de ne pas répondre à leurs difficultés économiques et d'être corrompue dans son intégralité. Si la sécurité s'est nettement améliorée ces dernières années, le chômage continue de ronger les rêves, notamment des jeunes. La mobilisation de ces derniers pourrait d'ailleurs constituer une des clés du scrutin : aux législatives, seuls 9 % des 18-24 ans s'étaient mobilisés tandis qu'au premier tour de la présidentielle, les jeunes avaient plébiscité Kaïs Saïed à près de 37 %.

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