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CPAC Brasil, le nouveau rendez-vous de l'ultra-droite brésilienne

Pierre Le Duff, France 24

Organisée au Brésil le week-end dernier, la Conférence d'action politique conservatrice se veut être la version brésilienne du rassemblement de l'ultra-droite aux États-Unis. Elle a notamment pris pour cible l'ONU et le "climatisme".

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Inspirée du rendez-vous annuel du parti républicain aux États-Unis, la Conférence de l'action politique conservatrice (CPAC) s'est tenue pour la première fois les 11 et 12 octobre à Sao Paulo, au Brésil. Près de 1 200 participants sont venus écouter les figures ultra-conservatrices de la droite américaine et brésilienne, dont plusieurs ministres du gouvernement de Jair Bolsonaro.

En l'absence de son père, qui a annulé à la dernière minute sa participation à l'inauguration, Eduardo Bolsonaro a été l'incontestable vedette de l'événement. Devant une foule en liesse, le troisième fils du président a assuré le show, enlaçant le drapeau brésilien, tel Donald Trump avec la bannière étoilée. Homme-orchestre de la conférence, celui qui est également député de Sao Paulo est resté pendant presque toute la durée de l'évènement dans un coin de la scène, à écouter attentivement tous les intervenants de la conférence.

Eduardo Bolsonaro, que son père aimerait voir occuper le poste d'ambassadeur du Brésil à Washington, a notamment convié Matt Schlapp, le président de l'American conservative union, le plus ancien lobby conservateur aux États-Unis, à inaugurer la conférence. Réputé proche de Steve Bannon et admirateur de l'Amérique de Donald Trump, Eduardo Bolsonaro est celui qui a œuvré pour créer cette version brésilienne de la CPAC.

Le rassemblement, qui réunit chaque année aux États-Unis depuis 1974 le gratin de la droite américaine, se veut mondial : la CPAC existe déjà au Japon, en Australie, et se tiendra bientôt en Israël. Au Brésil, la conférence a été entièrement financée par une fondation liée au Parti social-libéral au pouvoir.

Guerre culturelle

Sur le site officiel de l'événement, l'objectif est affiché : "la guerre culturelle" est en marche. "Après des années d'obscurité, un nouveau rayon de lumière atteint les terres brésiliennes", peut-on lire en introduction. "Un nouveau moment où la société se fait entendre et se mobilise contre la terreur du communisme." Un champ lexical qui rappelle la Guerre froide et qui fut déjà employé par Bolsonaro père pendant la campagne présidentielle.

Dans un hôtel de luxe situé dans les quartiers chics de Sao Paulo, c'est le ministre des Affaires étrangères, Ernesto Araujo, qui a ouvert, samedi, le bal en animant la première conférence de la journée. Premières cibles du ministre : le mondialisme incarné par l'ONU, bête noire récurrente de presque tous les intervenants. Mais aussi la théorie du genre et le "climatisme", incarné d'après lui par la militante écologiste suédoise Greta Thunberg, une adolescente "bien alimentée, bien nourrie, et reçue par l'ONU", alors que dans le même temps l'organisation internationale ignore selon lui les enfants qui souffrent de la faim au Venezuela.

De loin la plus acclamée, Damares Alves, la ministre des Femmes, de la Famille et des Droits de l'Homme commence son discours de façon tonitruante. "Je suis ici depuis presque 24 heures en compagnie de ce public majoritairement jeune, et personne ne m'a encore proposé un joint et aucune femme ne s'est introduit de crucifix dans le vagin", s'exclame l'ancienne pasteure évangélique, suscitant d'emblée l'euphorie de l'assemblée. "Cela faisait vingt ans que j'attendais ce moment", affirme la ministre, enthousiaste à l'idée de cette nouvelle ère qui s'ouvre au Brésil : "Cela va être une telle réussite que nous allons rester quatre, huit, douze ans !", prophétise-t-elle devant un auditoire qui jubile.

Contrer les discours médiatiques de gauche

Même si l'un des objectifs du rassemblement est d'occuper l'espace médiatique, accorder des interviews aux journalistes couvrant l'évènement n'est pas la priorité des ministres et influenceurs ultra-conservateurs. Car si cette mouvance est aujourd'hui au pouvoir au Brésil, c'est grâce à une stratégie de communication privilégiant exclusivement les réseaux sociaux.

"Les médias mainstream sont tout-puissants, la majorité d'entre eux sont de gauche et diffusent une pensée unilatérale", selon Mateus, jeune sympathisant qui a fait le déplacement depuis Contagem, dans l'État de Minas Gerais. C'est ce que répètent à l'envi les intervenants à la tribune. Les médias brésiliens sont jugés coupables de ne pas relayer l'action du gouvernement, alors qu'une crise au sein du parti présidentiel liée à des détournements de fonds publics fait les unes de la presse depuis une semaine.

Alors, les intervenants privilégient les demandes de selfies de leurs admirateurs, un exercice auquel ils se prêtent tous avec la plus grande patience, promettant de répondre à toutes les sollicitations. Parmi le public, des jeunes militants locaux, dont certains qui ont fait leur entrée sur la scène politique nationale lors des dernières élections. C'est le cas du policier militaire Junio Amaral, 31 ans, élu député fédéral pour l'État de Minas Gerais. "Le but de cet évènement est de ne pas laisser la flamme s'éteindre", déclare-t-il, faisant allusion à l'élan populaire qui a porté Jair Bolsonaro au pouvoir.

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