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INTERVIEW

Sommet africain sur le climat : "La conscience écologique n’est pas qu’une affaire de pays riches"

L’ancien ministre ivoirien Eugène Aka Aouélé et le sénateur français Ronan Dantec au dernier sommet africain sur le climat, à Abidjan, le 28 juin 2018.
L’ancien ministre ivoirien Eugène Aka Aouélé et le sénateur français Ronan Dantec au dernier sommet africain sur le climat, à Abidjan, le 28 juin 2018. Sia Kambou, AFP

Le sommet africain sur le climat s’est ouvert mercredi à Accra, au Ghana. L'occasion de faire le point sur l’implication du continent dans la lutte contre le changement climatique et de mettre à mal quelques clichés.

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À chaque conférence sur le climat, la même question revient inévitablement : les pays riches peuvent-ils imposer aux pays pauvres des mesures contre le réchauffement climatique ? Le sujet est d’autant plus délicat que les mauvais élèves sont nombreux parmi les grandes puissances. Au-delà du débat sur le montant des aides pour une politique globale efficace, certains États en voie de developpement émettent des réserves face à des mesures qui pourraient ralentir leur croissance économique. Y a-t-il pour autant un vrai clivage entre pays riches et pauvres sur la question écologique ? La conscience écolo est-elle une affaire de riches ?

La question se pose alors que s'ouvre au Ghana le sommet africain sur le climat rassemblant quelque 2 000 acteurs non gouvernementaux venus présenter leurs actions contre le réchauffement climatique. France 24 fait le point avec Damien Navizet, responsable climat à l’Agence française de développement (AFD), partenaire de la conférence, qui finance des projets de développement durable dans plus de 100 pays à travers le monde.

France 24 : On considère souvent les pays émergents comme étant en retard sur la prise de conscience écologique. Qu’en est-t-il des États africains où vous travaillez ?

Damien Navizet : Cette idée vient des conférences internationales sur le climat où certains gouvernements avancent, parfois à juste titre, qu’ils n’ont pas causé le problème mais doivent participer à sa résolution. La réalité, c’est que, comme partout ou presque, les pays africains se préoccupent du réchauffement climatique mais doivent composer avec des concepts nationaux et sociaux spécifiques.

L’Afrique du Sud par exemple est très dépendante du charbon : plus de 400 000 ouvriers travaillent dans les mines. Le gouvernement est bien conscient qu’il doit réduire cette industrie mais veut agir de manière rationnelle, pour éviter les troubles sociaux. Le Maroc s’est lancé sur de gros investissements dans les énergies renouvelables pour protéger l’environnement mais aussi exporter de l’électricité.

Le Ghana, comme beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest, subit durement les effets du réchauffement climatique avec notamment le problème d’érosion de la côte, des inondations et des sécheresses. Le gouvernement est prêt à faire de gros efforts alors qu’il n’est pas responsable de cette situation. On ne peut pas dire que la prise de conscience à l’échelle du continent est moindre. Chacun pays agit en fonction de son contexte.

Les populations africaines perçoivent-elles la menace liée au réchauffement climatique différemment ?

Il y a une différence de perception car pour beaucoup de citoyens africains, le réchauffement climatique constitue une menace locale immédiate. Dans les pays développés, on envisage un peu plus facilement les impératifs du long terme.

Encore une fois, on ne peut pas affirmer que les Africains se préoccupent plus ou moins de la question. Ce que l’on sait, c’est qu’ils sont aux premières loges du réchauffement climatique qui menace directement leurs moyens de subsistance, comme les récoltes ou les sources d’eau potable. Les plus démunis vivent dans des bidonvilles au contact des ordures et tombent malade. Tous ne font pas le lien avec la défense de l’environnement mais la conscience existe, comme en attestent les marches pour le climat qui ont eu lieu dans plusieurs pays d’Afrique.

Une autre idée souvent avancée est que l’écologie est un problème de pays riches, autrement dit qu’il faudrait avoir atteint un certain niveau de vie pour se pencher sur les questions d’écologie.

Cette idée est non seulement contestable mais elle est dangereuse. Si les pays émergents pensent qu’ils doivent privilégier la croissance, rattraper les Occidentaux et qu’ils s’occuperont de l’environnement dans un second temps, le monde court à sa perte. Chaque pays doit opérer sa transition au plus vite pour combattre le réchauffement climatique, en fonction de sa situation.

Par ailleurs, si on regarde le classement des pays en termes d’empreinte écologique (méthode de calcul qui mesure la durabilité de la consommation des ressources naturelles), certains pays émergents donnent de meilleurs résultats que les pays développés. Cela peut être dû à une véritable conscience écologique, comme au Costa Rica, pays qui a mis en place un programme de protection des forêts et de la biodiversité très efficace, ou à un contexte plus politique, comme à Cuba, qui n’a pas eu accès à certains produits dangereux pour l’environnement, comme les pesticides, à cause de l’embargo américain.

En tout cas, ces études ne permettent pas d’affirmer que les puissances économiques seraient de meilleurs élèves. La conscience écologique n’est pas qu’une affaire de pays riches. En revanche, le constat global est alarmant. Aujourd’hui, aucun pays au monde n’est à l’équilibre en termes d’empreinte écologique.

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