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Fuite de 800 proches de jihadistes : "Les Kurdes doivent aussi livrer une guerre d'information"

Des ombres de personnes déplacées dans le camp d'Aïn Issa, dans la province de Raqqa, le 17 juin 2018.
Des ombres de personnes déplacées dans le camp d'Aïn Issa, dans la province de Raqqa, le 17 juin 2018. Delil Souleiman, AFP (archives)

Les autorités kurdes en Syrie ont annoncé dimanche la fuite de près de 800 proches de jihadistes du camp d'Aïn Issa. Mais cette évasion n'est-elle pas une stratégie délibérée des Kurdes pour agiter la menace terroriste ? Éléments de réponse.

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L'opération "Source de paix", lancée le 9 octobre dernier par la Turquie, porte décidément mal son nom. Depuis que les Kurdes ont annoncé la fuite de quelque 800 proches de jihadistes du camp d'Aïn Issa, dans le nord de la Syrie, après un bombardement turc à proximité, d'aucuns s'interrogent sur la stratégie des autorités kurdes.

>> À lire : Syrie : 785 proches de l'organisation État islamique se sont enfuis, selon les Kurdes

Donald Trump, en première ligne, a émis dès lundi 14 octobre l'hypothèse que les forces kurdes en Syrie ont sciemment relâché des proches de l'organisation État islamique pour faire pression sur les Occidentaux en les effrayant. Une manœuvre destinée à les contraindre de s'impliquer dans le conflit, selon le président américain.

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Le paradoxe des Occidentaux

Faut-il dès lors penser que les combattants kurdes ont libéré ce camp pour mettre la pression aux Occidentaux ? Nombre d'observateurs en doutent. "Les combattants qui étaient en garde pour protéger le camp d'Aïn Issa sont surtout partis pour prêter main forte aux combattants de la ligne de front, située au nord-est de la Syrie", explique à France 24 Samim Akgönül, historien, politologue et directeur du département d'études turques de l'université de Strasbourg. "Je ne pense pas qu'il y ait eu une stratégie délibérée des Kurdes visant à effrayer l'Occident en première intention. Pris sous plusieurs feux, ils ont dû établir une hiérarchie des puissances à combattre. Or, poursuit l'historien, la Turquie est un ennemi d'État qui dispose d'une armée aérienne et terrestre et nécessite une mobilisation totale."

D'autant que le camp d'Aïn Issa n'a que très peu de rapport avec l'organisation État islamique. Il s'agit avant tout d'un camp de déplacés qui abritait, d'un côté, des Syriens qui n'ont plus de toit et, de l'autre, une annexe hébergeant quelques centaines de femmes et enfants de membres du groupe jihadiste, qui réclament, pour la plupart, le retour dans leur pays d'origine.

Un double intérêt pour les Kurdes

Pourtant Marie Dosé, avocate en charge de la défense de plusieurs familles de jihadistes retenues en Syrie, en lien avec des femmes sur place, a assuré sur France 24 que "les femmes ont dû partir parce que les Kurdes sont partis. Les frappes turques se rapprochaient du camp et elles ont dû fuir avec leurs enfants." Dans un autre témoignage recueilli par FranceInfo, une prisonnière du camp va plus loin en indiquant que "ce sont les Kurdes qui leur ont demandé de sortir" et ont "brûlé leurs tentes pour qu'elles ne reviennent pas".

Lâchés par les Occidentaux, "il est tout de même possible que les Kurdes aient vu dans l'abandon de ce camp, un double intérêt", nuance le politologue. En ouvrant les camps de prisonniers jihadistes, "les Kurdes poussent les puissances à prendre leurs responsabilités en leur montrant les conséquences directes de Daech sur leur territoire. Ils mettent également les capitales occidentales, dont la France, face à leurs contradictions, qui d'un côté condamnent la Turquie et, dans le même temps, demandent aux Kurdes et aux Turcs de gérer leurs ressortissants."

Guerre d'information

Enfin, les "Kurdes sont conscients du fait que la guerre se gagnera autant sur le terrain des opérations que sur celui de la communication". La libération des prisonniers jihadistes est leur seul moyen de pression.

La libération du camp d'Aïn Issa ne constitue pas en soit en menace pour la France et les Européens, a fait savoir le Quai d'Orsay, mais l'ouverture d'autres camps où demeurent des membres de l'organisation État islamique pourrait devenir dramatique pour l'Occident.

>> À lire : Les camps jihadistes en Syrie ne sont pas menacés "à l'heure actuelle", selon Le Drian

Il semble d'ailleurs que la France ait pris la menace au sérieux. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a déclaré mercredi 16 octobre qu'il allait se rendre dans la soirée en Irak pour discuter de la création dans ce pays d'un "dispositif" international pour juger les jihadistes afin de rapidement transférer ces combattants avant qu'ils ne soient eux aussi libérés.

Selon l'administration locale kurde, 12 000 jihadistes présumés de l'organisation État islamique sont détenus par les forces de sécurité kurdes dans le nord-est syrien. Hormis les Irakiens, au moins 2 500 d'entre eux sont issus d'une cinquantaine de pays étrangers, dont la Tunisie, qui compterait le plus grand contingent. À Paris, des responsables ont fait état de 60 à 70 ressortissants français figurant parmi ces détenus. Le reste étant près de 4 000 Syriens et un nombre plus au moins égal d'Irakiens.

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