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Polémique sur le voile : Emmanuel Macron appelle à ne pas "stigmatiser" les musulmans

Des femmes voilées participent à une manifestation contre l'interdiction du port du voile lors des sorties scolaires, le 18 mai 2013 à Paris.
Des femmes voilées participent à une manifestation contre l'interdiction du port du voile lors des sorties scolaires, le 18 mai 2013 à Paris. Fred Dufour, AFP

Alors que le débat sur le port du voile resurgit en France, Emmanuel Macron a appelé, mercredi, à ne pas "stigmatiser" les musulmans et a mis en garde contre un "raccourci fatal" entre lutte contre le terrorisme et islam.

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Emmanuel Macron a finalement décidé d'intervenir, mercredi 16 octobre, dans le débat sur le port du voile, sujet aussi inflammable que récurrent en France, relancé vendredi lorsqu'un élu du Rassemblement national (RN) a invectivé une mère voilée en pleine séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Cette dernière a décidé, mercredi, de porter plainte à Dijon et à Paris pour "violences en réunion à caractère racial" et "provocation à la haine raciale", a annoncé le Collectif contre l'islamophobie en France.

La veille, un collectif de 90 personnalités avaient signé une tribune dans Le Monde, adressée au président français, lui demandant de condamner l'agression de la mère de famille. Deux accompagnatrices voilées se sont par ailleurs vu refuser, lundi, l'accès à la caserne de Creil par un officier, ce qui a entraîné l'annulation de la visite.

Un "raccourci fatal"

Face à la polémique grandissante sur le port du voile, qui agite aussi la majorité, Emmanuel Macron a appelé mercredi à ne pas "stigmatiser" les musulmans, en dénonçant un "raccourci fatal" entre lutte contre le terrorisme et islam.

"Faisons bloc et ne nous divisons pas pour lutter d'abord et avant tout contre la radicalisation dans notre société, œuvrons pour que la République soit partout", a ajouté le chef de l'État lors d'une conférence de presse à l'issue d'un sommet franco-allemand à Toulouse, tout en appelant à "être intraitable avec le communautarisme".

La mise au point a suivi celle du Premier ministre, qui avait tenté de clore le débat, d'abord mardi à l'Assemblée nationale, puis mercredi au Sénat. Voulant calmer le jeu, Édouard Philippe a répété devant les chambres parlementaires qu'il ne souhaitait pas "faire une loi sur les accompagnants scolaires", pointant plutôt "l'enjeu" des "dérives communautaires" et de la "déscolarisation".

>> À lire aussi : "Une polémique relance le débat sur le voile dans l'espace public"

Le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, qui a affirmé dimanche que "le voile en soi n'est pas souhaitable dans notre société", a lui aussi tenté mercredi d'éteindre l'incendie, en assurant qu'il y avait "des sujets beaucoup plus importants relatifs à la laïcité".

"Not in my name"

"Je considère que le voile islamique n'est pas l'avenir souhaitable de la culture et de la société française", a répété, sur Europe 1, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, tout en estimant qu'il n'y avait "pas nécessairement besoin de loi" en la matière. La députée Aurore Bergé, porte-parole de La République en marche (LREM), s'est elle dite prête à voter une proposition de loi Les Républicains (LR) sur l'interdiction du voile lors des sorties scolaires. "Je suis cohérente avec des convictions que j'ai toujours eues", a-t-elle déclaré à la chaîne LCP.

Plusieurs députés LREM, dont Coralie Dubost, Cécile Rilhac, Éric Bothorel, Fannette Charvier et Amelia Lakrafi lui ont immédiatement répondu "Not in my name" ("pas en mon nom") sur Twitter.

Le député du Val-d'Oise Aurélien Taché, dont les critiques envers Jean-Michel Blanquer ont conduit à la saisine du médiateur de LREM, persiste lui aussi. "Notre rôle de responsables politiques, c'est quand même de défendre la loi" qui n'interdit pas le voile pour les sorties scolaires, a-t-il estimé sur RMC.

Une pétition du Rassemblement national

Le Rassemblement national (RN), qui lance une pétition pour l'interdiction du voile lors des sorties scolaires, s'est lui aussi tourné vers Emmanuel Macron à qui il a demandé de "faire respecter la volonté des Français" et de "légiférer pour interdire le port de signes religieux ostentatoires lors des sorties scolaires".

Le vice-président du RN, Jordan Bardella, avait appelé sur LCI Emmanuel Macron à prendre "des mesures", jugeant "délirant" le discours d'Édouard Philippe "pour dire que tout va bien". "Tout le monde est d'accord avec nous", répète-t-on à l'envi au RN en prenant appui sur un sondage Ifop-Fiducial diffusé lundi selon lequel 66 % des Français sont favorables à l'interdiction de signes religieux ostensibles aux parents d'élèves qui accompagnent les sorties scolaires.

Une "stigmatisation" pour la gauche

Le chef de l'État leur a indirectement répondu en déplorant que "tout (ait) été confondu dans ce débat". Plus tôt dans la journée, l'Élysée avait déjà fait savoir que le président jugeait "irresponsable et dangereux que certains responsables politiques fassent l'amalgame entre le port du voile et la radicalisation".

De son côté, la gauche déplore une "stigmatisation" de la part de l'État. "Nos concitoyens musulmans en ont marre" et "ce n'est pas à l'État de stigmatiser une religion. Cette stigmatisation, en réalité, c'est du racisme, disons-le clairement", a accusé sur Sud Radio le député Insoumis Éric Coquerel.

Avec AFP

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