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Mayotte, l'échec de la politique migratoire française

Manifestation contre l'insécurité à Mayotte, le 7 mars 2018.
Manifestation contre l'insécurité à Mayotte, le 7 mars 2018. AFP, archive

Emmanuel Macron est arrivé, mardi, à Mayotte où il est attendu de pied ferme sur le terrain de la lutte contre l'immigration clandestine. Dans ce 101e département français, près d’un habitant sur deux est de nationalité étrangère.

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Immigration clandestine et développement économique sont au programme de la visite d'Emmanuel Macron à Mayotte. Le chef de l'État est arrivé, mardi 22 octobre, sur ce 101e département français, situé à 8 000 kilomètres de l’Hexagone entre Madagascar et le Mozambique. Là, 48 % des 256 500 habitants sont des étrangers – dont 95 % des Comoriens, pour une partie d’entre eux en situation irrégulière –, selon l’Insee.

L’attrait pour cette île remonte à son maintien discuté dans la France par référendum en 1974, quand dans le même temps les trois autres îles de l’archipel des Comores, auquel appartenait Mayotte, Mohéli, Anjouan et la Grande-Comore, ont obtenu leur indépendance.

Mayotte devient alors un Eldorado de la région et attire rapidement des milliers de Comoriens et d'Africains. L'île – française depuis 2011 – est un point de chute pour des habitants de l’Union des Comores, classée par la Banque mondiale au 23e rang des nations les plus pauvres du monde en 2018. À bord d'embarcations de fortune, les kwassas-kwassas, ils tentent chaque année au péril de leur vie de fouler le sol français. Un rapport du Sénat français estimait en 2012 que ces traversées avaient causé “entre 7 000 et 10 000 morts depuis 1995”.

Dans ce même rapport, les parlementaires expliquent que la population immigrée clandestine vivant à Mayotte “pourrait s’élever entre 50 000 et 60 000 personnes [...] soit environ un tiers de la population officielle de Mayotte”. Une situation qui génère des tensions avec les Mahorais, qui tiennent les immigrés clandestins pour principaux responsables de l’insécurité sur l’île et dénoncent l’impuissance des pouvoirs publics, comme l’expliquait à France 24 le maire de Bouéni, Daniel Martial Henry, en 2016 : “Le fond du problème c'est l'immigration clandestine, même les forces de l'ordre sont dépassées. Il suffit de voir la quantité de personnes qui arrivent ici tous les jours avec des barques, au moins une centaine. Ce sont eux le problème à Mayotte."

Droit du sol et “opération Shikandra”

Poussée à son paroxysme, cette défiance vis-à-vis des étrangers à Mayotte a poussé des habitants à se réunir en “collectif” pour expulser des étrangers de leur village, qu’ils soient en situation régulière ou non, des actions condamnées par l'association Cimade en 2016.

Focus - Mayotte, un département français dans l'impasse

À son arrivée à Mayotte, mardi, Emmanuel Macron a affirmé que “le premier objectif (à sa visite) est d'apporter des réponses extrêmement concrètes à ces difficultés". Et de préciser que "plusieurs réponses avaient déjà été apportées ces derniers mois". Le président de la République semble ici faire référence à au moins deux mesures mises en place depuis plus d’un an pour limiter l’immigration clandestine dans le département ultramarin.

L'une de ces mesures est la limitation du droit du sol à Mayotte, qui est entrée en vigueur depuis le mois de mars. Cette disposition, votée dans le cadre du controversé projet de loi asile-immigration, modifie les contributions d’attribution de la nationalité française : là où un enfant né sur le territoire français d’un parent étranger est en principe français de naissance, un enfant né à Mayotte aura maintenant la nationalité si un de ses parents était en situation régulière trois mois avant sa naissance. Cette disposition a suscité remous chez des parlementaires de gauche mais aussi au sein de La République en marche.

Le gouvernement a pris une autre mesure, en août dernier : l‘“opération Shikandra” pour renforcer la sécurité au large des côtes mahoraises. Devant permettre de “relever durablement le défi migratoire à Mayotte”, comme l’a expliqué la ministre des Outre-mer Annick Girardin, ce dispositif présente des similitudes avec le Frontex européen : des bateaux de la police aux frontières (PAF) sont chargés de patrouiller afin d’empêcher les kwassas-kwassas d’accoster sur le sol mahorais.

L’objectif est de reconduire à la frontière 25 000 personnes d’ici la fin de l’année, contre 15 000 en 2018. Vingt-deux mille l’ont été pour le moment, selon l’Élysée, qui assume une politique de “fermeté” vis-à-vis de l’immigration clandestine. Peu après son arrivée à Mayotte, Emmanuel Macron a d’ailleurs illustré cette politique en embarquant à bord d’un navire intercepteur de la PAF.

Avec AFP

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