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De Beyrouth à Hong Kong, le visage du Joker surgit dans les manifestations

Une femme libanaise est grimée en Joker durant une manifestation à Beyrouth, le 19 octobre 2019.
Une femme libanaise est grimée en Joker durant une manifestation à Beyrouth, le 19 octobre 2019. Patrick Baz, AFP

Peu après sa sortie au cinéma, le visage du Joker apparaît dans des manifestations au Chili, au Liban et à Hong Kong. Sans être un phénomène de masse, il incarne "une forme de protestation" dans la continuité du masque de "V pour Vendetta".

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En tag, en masque ou en maquillage, le visage du Joker fait son apparition sous différentes formes depuis plusieurs jours aux quatre coins du monde dans des cortèges de manifestants qui protestent contre le pouvoir en place dans leur pays. Du Chili au Liban, en passant par Hong Kong, plusieurs personnes arborent les couleurs du personnage actuellement incarné au cinéma par Joaquin Phoenix, et dont le film de Todd Philipps semble déjà être un succès, deux semaines après sa sortie.

“Le film sur le Joker de Todd Philipps a une vraie puissance évocatrice”, explique William Blanc, historien, auteur du livre "Super-Héros, une histoire politique" (Éd. Libertalia), contacté par France 24. “Il fait aujourd’hui écho à une forme de protestation face à un système politique que des gens estiment grippé”.

Depuis sa sortie dans les salles, la rue s'est saisie de ce symbole de la contestation, notamment au Liban, où le groupe de graffeurs Ashekm a peint sur un mur le clown grimaçant tenant un cocktail Molotov. D’autres inscriptions font directement référence au film de Todd Philipps comme dans la ville chilienne de Los Angeles, où on peut lire au pied d’une statue “Nous sommes tous des clowns” (“We are all clowns”).

Les références aux personnages de bande dessinée sont multiples, mais ne semblent pas pour autant massives pour le moment, comme l’a expliqué Checknews. Surtout, le Joker n'est pas le seul masque à être porté dans les cortèges. À Hong Kong, par exemple, les manifestants défient une loi d’urgence qui interdit le port du masque en arborant celui de Winnie l’Ourson ou de Pepe the Frog, comme l’a relevé l’agence Associated Press.

Dans la continuité de V pour Vendetta

Mais que ce soit à Hong Kong ou à Beyrouth, c’est bien le masque de Guy Fawkes, instigateur au XVIe siècle d’une tentative d’attentat ratée contre le Parlement anglais, et porté par V, héros anarchiste-révolutionnaire du film "V pour Vendetta", sorti en 2006, qui reste le plus utilisé dans les cortèges. Popularisée par les Anonymous, cette représentation a d’ailleurs plus de points communs qu’il n’y paraît avec le Joker. “Le thème central de ces deux films, c’est l’atomisation sociale, le fait de se retrouver seul face à sa propre misère”, explique William Blanc. “À la fin du film de Todd Philipps, un peu comme à la fin de 'V pour Vendetta', quand tout le monde met le masque, c’est une manière de recréer un groupe, de recréer un collectif.”

Les deux personnages ont d’ailleurs été scénarisés par le même auteur, Alan Moore, dans les années 80. Dans la bande dessinée "V pour Vendetta" (éditée en 1982 par DC Comics), "il cible le fascisme et écrit ça à un moment de réaction politique très forte – Margaret Thatcher en Angleterre, Ronald Reagan aux États-Unis – d’une droite dure et ultralibérale. On est dans cette continuité-là avec le Joker”, explique William Blanc. Dans le roman graphique "The Killing Joke" (sorti en 1988, éd. DC Comics), qui a inspiré Todd Philipps, le personnage du Joker prend une dimension sociale que l’on retrouve dans le film sorti en 2019. Selon l’historien, le clown devient alors “un produit du système, de l’inégalité sociale”.

Le parallèle ne s’arrête pas là. Les deux masques que l’on retrouve dans les cortèges de manifestants affichent un sourire que William Blanc qualifie à la fois de “moqueur” et “terrifiant”. V et le Joker "sont victimes de puissants et vont se venger, explique-t-il. Ils ont en commun d’avoir le corps déformé par la violence sociale, et le fait qu’ils sourient est une manière de dire ‘Regardez : vous m’avez fait mal, mais je reviens avec le sourire’. C’est aussi un sourire morbide, ces personnages sont là pour terrifier à chaque fois principalement des gens puissants, des gens de pouvoir désemparés face à quelqu’un qui veut se venger.”

Il est cependant difficile de savoir si le Joker incarne quelque chose d’un point de vue politique. Selon William Blanc, “c’est un personnage plastique et pas de droite ou de gauche”. Le film de Todd Philipps qui inspire les manifestants “parle surtout du fait de se retrouver seul en-dehors de tout collectif, et ça c’est un mal contemporain.”

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