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Au Liban, les femmes et leurs droits au cœur des manifestations

Des femmes lors d'une manifestation devant le palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, la capitale du Liban, le 18 octobre 2019.
Des femmes lors d'une manifestation devant le palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, la capitale du Liban, le 18 octobre 2019. Anwar Amro, AFP

Alors que les manifestations contre la corruption de la classe politique se poursuivent depuis une semaine au Liban, des milliers de femmes ont rejoint les rangs de la contestation pour dénoncer également les inégalités dont elles restent victimes.

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Il s’en est fallu de peu. En lançant un coup de pied dans l'entrejambe d'un garde ministériel armé d'un fusil automatique, une jeune femme s’est muée en quelques heures en icône des manifestations anti-corruption qui bousculent le Liban depuis la semaine dernière. La vidéo d’à peine 5 secondes a été publiée vendredi 18 octobre, avant d’être reprise de façon virale sur les réseaux sociaux, atteignant à ce jour plus de 62 000 vues.

Selon les médias libanais, l’incident s'est produit dans la nuit de jeudi à vendredi, lors d'une confrontation entre des manifestants et le convoi du ministre de l'Éducation Akram Chehayeb, dans le centre-ville de Beyrouth. L'un des gardes du corps du ministre est sorti de la voiture et a tiré en l'air avec un fusil d'assaut, provoquant la colère des manifestants.

Tandis qu'un second garde du corps pointe à son tour son fusil en l'air, une femme lui assène un coup à l'entrejambe, faisant reculer l'homme, hagard. Depuis, la vidéo a été scrutée, commentée, et même détournée dans l’œuvre de l’artiste libanais Rami Kanso.

Une “Marianne libanaise"

La jeune femme, dont l'identité n'est pas encore connue, a été comparée à la "reine nubienne", autre symbole des manifestations ayant conduit à la destitution du président Omar el-Béchir au Soudan, le 11 avril. Une courte vidéo diffusée au printemps dernier montrait une Soudanaise, tout de blanc vêtue, haranguer les autres protestataires en chantant des slogans rythmés.

Au Liban, beaucoup se disent impressionnées par cette jeune inconnue, déjà surnommée la “Marianne libanaise”. Interrogée par l’AFP, Hannah, 24 ans s’est sentie encouragée à se battre contre "une société patriarcale". "Nous ne devrions pas avoir peur de frapper un homme, nous ne devrions pas avoir peur d'eux", a-t-elle confié. "Il est temps de montrer notre force". Mais nombre de femmes n’ont pas attendu la publication de cette courte séquence pour manifester leur colère contre le pouvoir en place.

"Pas uniquement une affaire d’hommes"

Depuis jeudi dernier, elles sont des milliers à descendre dans les rues de Beyrouth, de Zahlé, dans la plaine de la Bekaa, ou encore dans les villes côtières. “On voit des femmes portant le voile, d’autres en bretelles, des jeunes, des moins jeunes, des adolescentes ou encore des femmes enceintes”, explique notre correspondante à Beyrouth, Zeina Antonios. “Elles viennent de toutes les classes sociales. Et toutes les appartenances confessionnelles (chrétienne, druze, musulmane...), régionales et partisanes sont représentées”.

Moment fort de cette protestation, des centaines de femmes ont formé, samedi, une chaîne humaine pour s’interposer entre les casseurs éventuels et les forces de l’ordre, place Riad el-Solh à Beyrouth. Née de façon spontanée, cette initiative visait à “protéger la manifestation et non les forces de l’ordre”, explique à L’Orient-Le Jour, Amani, qui était parmi les protestataires.

“Nous voulons montrer aussi le rôle que la femme peut jouer dans la société”, souligne également Christina, une jeune fille qui a rejoint les rangs de la contestation. “Les femmes sont capables de se rebeller. Ce n’est pas uniquement une affaire d’hommes”.

Des lois communautaires

Outre la corruption des dirigeants, nombre de manifestantes dénoncent également les inégalités dont elles sont victimes. Si des avancées ont permis d’améliorer l’égalité entre les hommes et les femmes, la majorité des Libanaises restent économiquement et socialement dépendantes de leur mari. Elles disposent ainsi de moins de 60 % des droits octroyés aux hommes, un chiffre relevé par la Banque mondiale dans une étude datant de 2019 intitulée “Femmes, entreprise et loi”.

La plupart des organisations de défense des droits des Libanaises, comme l’association Kafa, militent pour l’adoption d’une loi sur leur statut personnel, qui leur permettrait de bénéficier des mêmes dispositions que les hommes.

À l’origine de ces discriminations, figurent des lois communautaires qui régissent les questions de mariage, d'héritage, de divorce ou encore de garde des enfants. Mais si celles-ci diffèrent dans leur application selon les confessions, toutes reposent néanmoins sur un système patriarcal.

"Rien ni personne ne représente les femmes"

Autre vieille revendication reprise ces derniers jours dans les manifestations, l’adoption d’une loi permettant aux Libanaises de donner leur nationalité à leurs enfants nés d’un conjoint étranger. Un appel qui ne date pas d’hier. Déjà, en 2001, plusieurs associations avaient organisé des rassemblements dans le pays à travers une campagne intitulée “Ma nationalité, mon droit et celui de ma famille”. De leurs côtés, les autorités estiment que cette mesure pourrait modifier l’équilibre démographique entre chrétiens et musulmans.

Si les revendications abondent, pour l’heure, beaucoup déplorent le fait que ce mouvement de contestation, si ambitieux soit-il, manque de figures fédératrices. Une situation qui n’a rien de surprenant si l’on regarde du côté des femmes, explique à TV5 Monde, l’autrice et conférencière franco-libanaise Sheryn Kay. "Rien ni personne ne représente ni ne protège les femmes dans ce pays, en aucun droit, si ce n'est la tutelle d'un père, d'un frère, d'un oncle ou d'un mari." Ce qui explique que nombre d’entre elles préfèrent “ne pas agir car cela n’est pas dans leur intérêt”.

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