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CANADA

Wexit : quand des Canadiens de l'Ouest ont des envies de sécession

Un opposant à Justin Trudeau, lors d'un meeting du Premier ministre canadien à Calgary, en Alberta, le 20 octobre 2019.
Un opposant à Justin Trudeau, lors d'un meeting du Premier ministre canadien à Calgary, en Alberta, le 20 octobre 2019. Stéphane Mahe, Reuters

Réélu, mais sans majorité, Justin Trudeau doit faire face à un autre problème : le profond mécontentement de l'Ouest canadien. Depuis les résultats des législatives, le mouvement Wexit prend de l'ampleur sur les réseaux sociaux.

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En l’espace de 24 heures, le groupe Facebook VoteWexit.com est passé de 20 000 à plus de 200 000 membres. Avec sa devise "The West wants out " (l’Ouest veut se séparer), il regroupe des Canadiens qui, inspirés par le Brexit au Royaume-Uni, réclament une sécession de certaines provinces de l’Ouest. Le groupe VoteWexit.com a été créé en 2012, mais a vu sa notoriété grimper en flèche depuis le résultat des élections générales au Canada, qui a reconduit le libéral Justin Trudeau pour un second mandat.

Tout au long de la journée de mardi, #wexit est également resté l’un des sujets les plus tendances sur Twitter au Canada. Ce mouvement sur les réseaux sociaux est devenu le reflet d’une profonde division entre l’Ouest et l’Est du pays.

"Le sentiment de frustration et d’aliénation dans l’Ouest canadien"

La carte électorale issue du vote témoigne du profond clivage politique au Canada. Le parti libéral a remporté l’élection en réussissant à conserver des sièges en Ontario, au Québec, dans les provinces de l’Atlantique et en Colombie britannique.

Mais dans l’Alberta et le Saskatchewan, deux provinces de l’Ouest qui forment une région connue sous le nom de "prairies canadiennes", les conservateurs ont quasiment tout raflé (la totalité des 14 sièges dans le Saskatchewan et 33 sur 34 dans l’Alberta). "Les résultats de l’élection d’hier soir montrent que le sentiment de frustration et d’aliénation dans l’Ouest canadien n’a jamais été aussi important", a résumé le Premier ministre de la province du Saskatchewan, Scott Moe, au lendemain des résultats, comme le rapporte Radio-Canada. Ce dernier a demandé à Justin Trudeau de faire des gestes concrets pour protéger l’unité nationale et éteindre le feu qui couve dans "les prairies". "J’offre [à Justin Trudeau] un extincteur. Je l’invite à ne pas répondre à ces demandes avec de l’essence".

Selon le journal de Montréal, son homologue de l’Alberta Jason Kenney a même été plus loin en agitant le spectre du séparatisme. "J'ai vu des personnes que je n'aurais pas attendues, qui se qualifient de politiquement modérées, me parler, dans les dernières 24 heures, de séparation", a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse, avançant que l'élection des libéraux risque d'alimenter les appels à l'organisation d'un éventuel référendum dans sa province.

Ce message Twitter d'un partisan du Wexit dans l'Alberta montre la carte des résultats des élections et la victoire des conservateurs dans l'Alberta et Saskatchewan.

Une confrontation économique et environnementale

Les tensions entre une partie du pays et les provinces de l’Ouest ne sont pas nouvelles. Elles se cristallisent depuis plusieurs mois sur les problématiques d’environnement. L'Alberta et la Saskatchewan, qui représentent respectivement 80 et 12 % de la production pétrolière du pays, n’acceptent pas que l'est du pays ainsi que la Colombie-Britannique s'opposent à la construction de nouveaux oléoducs, indispensables selon les autorités locales pour exporter leur or noir sur les marchés internationaux.

Justin Trudeau s’est aussi attiré les foudres de nombreux habitants de ces deux provinces en instaurant une taxe sur le carbone, en avril, et en faisant adopter le projet de loi C-69, qui resserre les évaluations environnementales sur les projets énergétiques et rend, de facto, la construction d'oléoducs plus difficile.

Interrogé par la BBC, le professeur Barry Cooper de l’Université de Calgary, estime que ces dissensions sont autant "culturelles que géographiques". "Il est impossible de se comprendre les uns les autres. Nous ne partageons pas les mêmes mythes à propos de notre pays", explique-t-il, rappelant que l’Alberta a été créée dans la deuxième partie du XIXe siècle "par des pionniers qui cherchaient une meilleure situation économique, alors qu’au même moment l’élite politique et économique de l’Ontario ou du Québec cherchaient à construire une nation". L’Alberta et le Saskatchewan n’ont d’ailleurs rejoint le Canada qu’en 1905, alors que l’Ontario, le Québec, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick en font partie depuis 1867.

Des candidats séparatistes se sont déjà présentés aux élections en Alberta depuis les années 1930, mais n’ont jamais accédé au pouvoir, contrairement aux indépendantistes québécois. Pour Frédéric Boily, professeur de sciences politiques à l’Université de l’Alberta, cette situation ne devrait pas évoluer. Selon lui, l’impact du mouvement "Wexit" est limité. "Ils peuvent s’organiser en tant que tiers parti ou groupe structuré, mais cela va être difficile d’avoir une voix politique qui permette d’aller chercher des votes", a-t-il estimé auprès de Radio-Canada. En attendant de voir si le "Wexit" prend de l’ampleur, certains de ses membres ont lancé un appel à des manifestations dans les provinces de l’Ouest : le 2 novembre à Edmonton, le 16 à Calgary et le 30 à Red Deer.

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