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Facebook : le meilleur rempart contre les ambitions financières chinoises ?

Malgré les obstacles, Facebook compte toujours lancer sa monnaie dématérialisée, Libra, en 2020.
Malgré les obstacles, Facebook compte toujours lancer sa monnaie dématérialisée, Libra, en 2020. Flickr / Btckeychain

Devant le Congrès américain, mercredi, Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, a assuré qu’en s’opposant à Libra, son projet de monnaie dématérialisée, les autorités faisaient le jeu des Chinois qui s'apprêtent à lancer leur propre devise électronique.

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Acculé, lâché, critiqué mais encore debout. Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a défendu la Libra, son projet de moyen de paiement dématérialisé, devant un Congrès américain très remonté, mercredi 23 octobre.

Il a dû faire face à la palette de critiques traditionnelles contre sa future et hypothétique monnaie numérique : elle serait une aubaine pour les trafiquants de drogue, une menace pour la vie privée ou encore un danger pour l’équilibre économique mondial.

Appel au patriotisme américain

Pour se défendre, Mark Zuckerberg a sorti la menace chinoise de son chapeau. La Libra représenterait, à l’entendre, le meilleur espoir pour continuer à garantir la suprématie financière américaine sur le monde, et se prémunir contre les ambitions chinoises. “Pendant que nous débattons, le reste du monde n’attend pas. La Chine se prépare activement à lancer dans les mois qui viennent des idées similaires”, a mis en garde le PDG de Facebook.

Dans le contexte de tensions diplomatiques entre les États-Unis et la Chine, sur fond de crise hongkongaises et de conflit commercial, “Mark Zuckerberg se rabat sur l’argument ultime aux États-Unis, en faisant appel au patriotisme américain”, souligne Nathalie Janson, économiste et spécialiste des cryptomonnaies à l’école de management Neoma Business School, contactée par France 24. 

Il en a même fait une question de principe : “Je pense que la Libra va perpétuer la prédominance de nos valeurs démocratiques dans le monde”, a-t-il affirmé.

L’argument peut laisser perplexe. Quel est, en effet, le lien entre une nouvelle monnaie développée par une entité privée, la défense des “valeurs démocratiques” et le rapport de force sino-américain sur la scène internationale ? “C’est clairement la réaction d’un homme poussé dans ses retranchements pour défendre son projet, mais il soulève aussi un réel problème”, assure Nathalie Janson.

Libra vs e-yuan

Pékin développe, en effet, depuis 2014 sa propre version dématérialisée du yuan et devrait faire une annonce majeure le 11 novembre à ce propos. Les détails concernant cet e-yuan sont encore très limités. “On sait qu’il devrait s’agir d’une monnaie utilisable par tous pour effectuer les transactions et achats en ligne et qu’elle devrait s’appuyer sur la messagerie WeChat et le géant du Net Alibaba”, explique Nathalie Janson.

Le but serait d’étendre l’aura de la devise chinoise à l’international… au détriment du dollar. La Chine pensait avoir une longueur d’avance, car la Fed (Banque centrale américaine) en est encore au stade de la réflexion à propos d’un dollar dématérialisé. Facebook et son projet Libra l’ont cependant obligé “à accélérer son calendrier pour sortir sa monnaie dématérialisée”, assure Nathalie Janson.

Les autorités chinoises lorgnent les pays émergents, notamment en Afrique, où WeChat et Alibaba sont présents. C’est aussi l’une des cibles principales des promoteurs de Libra qui présentent cette devise comme un moyen de paiement pour des populations exclues du circuit bancaire traditionnel dans les pays en voie de développement.

“Le combat qui s’annonce est celui pour devenir la devise de référence du e-commerce à travers le monde”, résume l’économiste de la Neoma Business School. Facebook et Pékin font tout pour être le premier à dégainer “car dans ce domaine il y a toujours une prime au précurseur”, rappelle Nathalie Janson.

L’épouvantail chinois

D’où la frustration de Mark Zuckerberg qui soutient que les réserves des autorités américaines à l’égard de la Libra font le jeu des Chinois. Il rappelle aussi qu’en s’appuyant sur un panier de devises, dont une grande partie devrait être constituée de dollars, la monnaie “made in Facebook” participe à l’influence du fameux billet vert dans les pays en voie de développement.

Il joue aussi sur les appréhensions des défenseurs des libertés individuelles à l’égard d’une cybermonnaie développée par la banque centrale chinoise. Les autorités en Chine parlent ainsi officiellement d’”anonymat contrôlable” des transactions grâce au yuan dématérialisé, rappelle le New York Times. Une manière de dire que Pékin se réserve le droit de consulter l’historique des achats de ceux qui utiliseraient sa devise électronique.

Mark Zuckerberg voudrait faire croire que la Libra serait le meilleur rempart contre le Big Brother financier chinois. Mais l’histoire de Facebook, jalonnée de scandales à répétition, n’incite pas forcément à lui faire confiance en matière de protection de la vie privée.

Il est surtout prématuré de signer l’arrêt de mort du dollar comme référence sur la scène internationale si la Chine lance son e-yuan à l’assaut du monde. “Rien ne permet d’assurer que cette monnaie dématérialisée va séduire”, prévient Nathalie Janson. Le dollar est bien plus utilisé que le yuan dans les transactions internationales, et il faudra tout d’abord que Pékin parvienne à changer les habitudes. “On peut faire confiance à la Chine pour allouer les moyens nécessaires à la promotion de leur monnaie dématérialisée – notamment en proposant des produits à des prix plus faibles qu’en dollar – mais cela va prendre du temps”, estime l’économiste française.

Pour elle, cette affaire illustre aussi la propension actuelle des géants de la Silicon Valley à brandir la menace chinoise dès qu’ils se heurtent aux autorités nationales, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. Mark Zuckerberg l’a fait pour défendre la Libra, mais “les Gafa se défendent aussi contre les appels à leur démantèlement en affirmant que ce serait laisser le champ libre à leur concurrent chinois”, rappelle Nathalie Janson. L’épouvantail chinois à bon dos… sauf quand il s’agit de faire des affaires en Chine.

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