Accéder au contenu principal

Les brûlures d’un enfant kurde relancent la question de l’utilisation d’armes chimiques par la Turquie

Les forces kurdes évacuent la zone frontalière entre la Syrie et la Turquie.
Les forces kurdes évacuent la zone frontalière entre la Syrie et la Turquie. Archive AFP

Un jeune Kurde de 13 ans sévèrement brulé lors de l'offensive turque dans le nord de la Syrie est arrivé en France, mardi, pour y être soigné. Les Nations unies ont ouvert une enquête sur une possible utilisation d'armes chimiques.

Publicité

Étendu sur un brancard, enveloppé dans une couverture de protection, Mohammed Hamid, 13 ans, attend son évacuation médicale dans une ambulance sur le tarmac de l'aéroport de Duhok, dans le nord de l'Irak. Les journalistes locaux suivent de près le sort de cet adolescent kurde, grièvement brûlé alors que la Turquie menait une expédition militaire à Ras al-Aïn, dans le nord de la Syrie. Après plusieurs jours d'épreuves et de souffrances et des centaines de kilomètres de voyages transfrontaliers, mardi 22 octobre, Mohammed Hamid a finalement pu être transféré en France, où il est actuellement soigné.

Le premier réflexe du père d'Hamid fut d'emmener son fils dans un hôpital kurde au sud de sa ville natale. Mais les médecins n'ont pas réussi à traiter les mystérieuses brûlures dont souffre le jeune garçon. Il a alors été transféré en Irak dans la ville kurde de Duhok. Puis, l'ambulance l'a transporté à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, d'où il a finalement pu décoller pour la France.

Emmanuel Macron serait intervenu personnellement

Une source diplomatique a confirmé à France 24 qu'"un jeune garçon originaire du nord-est de la Syrie et victime de brûlures sévères et multiples avait été transféré [mardi] en France depuis Erbil, afin qu'il puisse bénéficier d'un traitement adapté à la gravité de son cas. Ce transfert médical a été organisé à la requête du gouvernement régional du Kurdistan irakien et avec son étroite collaboration."

Cette source a cependant refusé de fournir de plus amples détails sur l'état de santé de Mohammed Hamid et sur la nature des soins qu'il reçoit en France.

Dans un message cryptique posté sur Twitter dans la soirée du 22 octobre, le leader kurde Massoud Barzani a remercié le président français Emmanuel Macron, qui serait personnellement intervenu dans le dossier.

L'ONU a ouvert une enquête sur l'utilisation d'armes chimiques

L'évacuation médicale de Mohammed Hamid intervient, alors que l'ONU a mandaté des experts pour enquêter sur la possible utilisation d'armes chimiques par les forces turques. L'armée d'Erdogan est notamment accusée d'avoir utilisé du phosphore blanc durant leur campagne dans le Nord-Est syrien, région où vivent les Kurdes syriens.

Le Croissant-Rouge kurde affirme qu'au moins six personnes, parmi lesquelles des soldats mais aussi des enfants, ont été admises à l'hôpital avec des brûlures au premier et au second degré, dues à une substance non identifiée utilisée par les Turcs lors de leur assaut à Ras al-Aïn.

La Turquie dément ces allégations. Le ministre de la Défense, Hulusi Akar, a ainsi affirmé en conférence de presse : "Tout le monde sait qu'il n'y a aucune arme chimique dans l'inventaire de l'armée turque."

Cependant, le phosphore blanc fait partie de l'équipement militaire standard car il peut être légalement utilisé en tant qu'écran de fumée lors de combats en journée et comme éclairage incendiaire la nuit. Mais il est illégal de l'utiliser contre des civils car il peut causer des brûlures sérieuses et particulièrement douloureuses en cas de contact avec la peau.

>> À lire aussi : l’accord turco-russe enterre l’éphémère autonomie des Kurdes de Syrie

Pour les Kurdes - le plus grand groupe ethnique sans État au monde - les armes chimiques sont un symbole particulièrement terrifiant : elles ravivent le sinistre souvenir de l'attaque de Saddam Hussein contre Halabja en 1988, qui avait fait des milliers de victimes dans cette ville kurde irakienne.

"Nous ne savons pas ce qui a causé ces blessures"

Les autorités kurdes et les humanitaires préfèrent se montrer prudents sur l'origine des blessures du jeune Kurde : "Son corps était très sévèrement brûlé, nous ne savons pas ce qui a causé ces brûlures", a déclaré Rawaj Haji, porte-parole de l'ONG humanitaire Barzani Charity foundation basé à Erbil, interrogé par France 24. C'est cette association qui a traité le cas de Mohammed Hamid. "Les docteurs disent que certaines parties sont brûlées à 53 % et d'autres à 70 %. Une de ses mains est si brûlée qu'il ne peut plus l'utiliser. Il a besoin de l'aide de professionnels capables de trouver l'origine de ces blessures et de les traiter."

Le Times of London a montré des photos du garçon blessé à un expert en armes chimiques, qui a déclaré que les brûlures "ressemblaient beaucoup à celles causées par du phosphore blanc". Pour Hamish de Bretton-Gordon, un expert britannique en armes chimiques : "Le phosphore blanc est une arme horrible qui peut être utilisé via l'aviation ou l'artillerie. Il réagit à l'humidité de la peau en intensifiant les brûlures, de sorte que l'eau ne peut pas l'apaiser".

Les Kurdes syriens fuient vers le Kurdistan irakien

Mohammed Hamid est désormais en sécurité en France mais il est peu probable que sa famille ou même lui retournent dans leur ville d'origine syrienne, Ras al-Aïn.

Les forces russes ont effectué, mercredi, leurs premières patrouilles dans ce secteur du nord de la Syrie, dans le cadre d'un accord russo-turc sur le retrait des forces kurdes.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé que la Turquie ne reprendrait pas son offensive si les combattants kurdes se retiraient de la zone frontalière. Malgré l'accord russo-turc, un exode massif de Kurdes syriens vers le Kurdistan irakien a commencé.

"Les réfugiés arrivent affamés, fatigués et traumatisés après avoir marché pendant des heures pour franchir la frontière", a raconté Ravinder Singh, fondateur de l'ONG basée au Royaume-Uni, Khalsa Aid, lors d'un entretien téléphonique avec France 24 donné depuis la frontière syro-irakienne.

En dépit du cessez-le-feu, Rawaj Haji de l'ONG humanitaire Barzani Charity fondation, a déclaré que le nombre de réfugiés continuaient d'augmenter ces derniers jours.

"Ces personnes ont vu la guerre, des tirs, des conflits, elles ont déjà été déplacées par le passé. Cette situation est si triste", soupire Rawaj Haji. "Nous demandons plus de soutien international, car si ça continue, nous aurons besoin d'aide."

Adapté de l'anglais par Romain Houeix.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.