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Le droit à l'avortement s'invite dans la campagne en Argentine

Des activistes portant des foulards verts manifestent pour marquer la reprise de leur campagne de légalisation de l'avortement, à Buenos Aires, le 28 mai 2019.
Des activistes portant des foulards verts manifestent pour marquer la reprise de leur campagne de légalisation de l'avortement, à Buenos Aires, le 28 mai 2019. Archive AFP

Fait inédit en Argentine : l'avortement est devenu un thème de campagne. Si le président libéral sortant, Mauricio Macri, s’est prononcé contre sa légalisation pour mobiliser les voix conservatrices, le favori Alberto Fernandez s'est dit favorable.

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Foulards verts contre foulards bleus. Un peu plus d'un an après l'échec de la légalisation de l’avortement au Sénat, le débat sur l'IVG est loin d'être clos en Argentine. La campagne pour la présidentielle, qui s'achève dimanche 27 octobre, lui a donné un nouvel écho. Le président sortant, Mauricio Macri, dans l'espoir de rallier à lui les électeurs conservateurs à sa couleur bleu ciel s'y est dit opposé. Alberto Fernandez, héritier du péronisme, se dit favorable à une légalisation à terme, espérant capitaliser sur la mobilisation des femmes, dont le foulard vert est l'emblème.

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Autorisé uniquement en cas de viol et de danger pour la santé de la mère, l'avortement s'est régulièrement invité dans les meetings et lors des débats télévisés au point de devenir l'un des thèmes de la campagne. Un fait inédit dans l'histoire de la démocratie argentine où une vaste étude datant de 2005 estimait pourtant entre 370 000 et 520 000 le nombre d'avortements légaux et illégaux ayant lieu chaque année dans ce pays de 44,27 millions d'habitants.

"L'avortement n'a pas été au centre de la campagne mais elle l'a survolé en permanence", confirme Darío Rodríguez, maître de conférences à l'université Paris-Sorbonne et spécialiste de l'Argentine, interrogé par France 24.

Mauricio Macri en mauvaise posture

Avec un bilan qui affiche une récession de 2,5 % en 2018, une inflation de 53,5 % en septembre 2019 et un taux de chômage de 10,6 %, Mauricio Macri se trouve en grave difficulté à l'approche du scrutin. En attestent les résultats des primaires. Le système politique argentin a, en effet, la particularité d'appeler aux urnes les électeurs quelques mois avant les élections générales pour des primaires "ouvertes, obligatoires et simultanées" de chaque parti.  En théorie, elles permettent aux électeurs de choisir leurs candidats préférés au sein de chaque coalition mais celles du 11 août dernier étaient différentes puisque chacune des coalitions ne présentait qu'un seul ticket. Et le président sortant a été largement défait par Alberto Fernandez.

Mauricio Macri s'est lancé dans une opération reconquête en vue du 27 octobre. Pour élargir sa base, il s'est tourné vers l'électorat conservateur et les évangélistes dont l'influence est grandissante dans ce pays d'Amérique latine. Cette branche de la chrétienté, apparue aux États-Unis au début du XXe siècle, met l’accent sur l'importance de la religion dans les choix quotidiens et possède en Argentine une grande capacité de mobilisation à travers la radio et la télévision, et grâce à leur implantation dans toutes les provinces. Les mobilisations contre un projet de loi pour légaliser l'avortement en 2018, approuvé par la Chambre des députés, mais rejeté par le Sénat, leur ont aussi donné une grande visibilité.

"Cette réorientation [de Mauricio Macri] est une question de stratégie. Il veut élargir sa base d'appui en réaffirmant ses soutiens parmi les secteurs traditionnels et conservateurs", analyse Darío Rodríguez. "Il cherche la polarisation du débat face à Alberto Fernandez."

Mauricio Macri était longtemps resté prudent sur la question de l'avortement. Lors de la campagne présidentielle de 2015, il avait promis d'ouvrir le débat tout en se disant personnellement opposé à sa légalisation et en laissant au Congrès le soin de trancher. Une promesse qu'il a tenue en 2018.

Une inflexion réthorique

Mais le président sortant veut désormais montrer patte blanche face aux conservateurs. Il n'hésite plus à faire sienne la théorie dite des "deux vies", celle de la mère et celle de l’enfant.

"Ce revirement est stratégique. Il ne veut pas perdre ses soutiens qui lui sont favorables", estime Dario Rodriguez.

Lors de son grand meeting du samedi 19 octobre, le message "Oui à la vie", est apparu aux fenêtres d’un immeuble surplombant la scène du meeting, relate un reportage de La Croix. De passage à l'aéroport de Rosario, le président s'est même affiché avec un pasteur évangélique qui l'a béni. À écouter ce dernier, Dieu a "placé" le chef de l'État à la Casa Rosada (le siège de la présidence) et "personne ne peut l'atteindre".

En face, l'opposition s'est emparée du sujet de l'avortement. Lors d'un débat entre les six candidats, le candidat du Front de la gauche unie, Nicolas del Caño, s’est dit, sans détour, "100 % favorable" à la légalisation. Le favori Alberto Fernandez a pris davantage de pincettes en s'affirmant favorable à sa dépénalisation pour éviter que les femmes et les médecins ne soient inquiétés par la justice et qu'il fallait "tendre vers la légalisation". Sa vice-présidente, Cristina Kirchner avait voté en 2018, en tant que sénatrice, en faveur de la légalisation, alors que lors de son passage à la tête du pays, de 2007 à 2015, elle avait alors refusé d'ouvrir le débat.

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