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La France se lance à son tour dans le cannabis thérapeutique

Un employé de Fotmer Life Sciences, le 27 septembre 2019 à Montevideo, en Uruguay, au milieu de cultures de cannabis destinées à un usage médical.
Un employé de Fotmer Life Sciences, le 27 septembre 2019 à Montevideo, en Uruguay, au milieu de cultures de cannabis destinées à un usage médical. Reuters

L’Assemblée nationale a voté vendredi en faveur de l’expérimentation du cannabis thérapeutique, déjà menée dans une trentaine de pays, à partir de l’an prochain. En s’appuyant sur le retour des patients, elle visera à trouver la formule française.

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La mesure était attendue et a été votée, vendredi 25 octobre, à l’Assemblée nationale : la France va expérimenter durant deux ans l’usage du cannabis thérapeutique à partir du premier semestre 2020. Une décision qui devrait soulager de nombreux patients atteints de certaines pathologies et pour lesquels les antidouleurs classiques n’agissent pas ou plus.

La France ne fera pas partie des pionniers en la matière, loin de là. Depuis 2001, les Canadiens atteints de certaines maladies lourdes incurables, comme le sida et le cancer, peuvent recevoir des permis pour fumer de la marijuana. D’autres pays ont été précurseurs comme les Pays-Bas ou Israël. Au total, une trentaine de nations ont autorisé l’usage du cannabis thérapeutique : c’est notamment le cas de 17 des 28 pays de l’Union européenne, de six pays d’Amérique latine, de l’Australie et de 33 États américains.

Si aucune étude scientifique n’atteste des bienfaits du cannabis thérapeutique, les patients qui en font l’usage, en revanche, sont unanimes : cela a changé leur vie. Nicolas Authier, médecin psychiatre, spécialisé en pharmacologie et addictologie, a présidé le comité d’experts mis sur pied par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) qui a formulé un avis favorable à l’expérimentation du cannabis thérapeutique en France. Dans une interview donnée à Libération, il raconte comment l’un de ses patients atteint d’une ostéogenèse imparfaite, plus connue sous le nom de maladie des os de verre, a constaté une nette amélioration de son quotidien grâce au cannabis.

"Pendant très longtemps, il a consommé des antiépileptiques, des antidouleurs opioïdes. Ça ne lui faisait aucun bien. Puis il a commencé à prendre du cannabis, et je ne l’ai jamais vu aussi bien. Aujourd’hui, il ne prend plus aucun médicament. Il y a encore trois ans, jamais je n’aurais pensé pouvoir dire ça", explique le médecin.

>> À lire : "Légalisation du cannabis récréatif en France : une idée qui rapporte ?"

Les expériences menées à travers le monde vont dans le même sens, si bien que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé en février 2019 de changer la classification du cannabis pour simplifier les conditions de son utilisation médicale.

"S’appuyer sur l’expertise des patients" pour améliorer les posologies

L’expérimentation française concernera des personnes souffrant de certaines formes d'épilepsie, de douleurs neuropathiques, d'effets secondaires de chimiothérapie, ou de contractions musculaires incontrôlées de scléroses en plaques, pour lesquelles les dérivés du cannabis peuvent constituer un apport thérapeutique supplémentaire.

Selon le professeur Serge Perrot, rhumatologue et membre du comité d’experts de l’ANSM, interrogé par Europe 1, "environ 4 millions de Français n’ont pas de solutions [contre ces douleurs] et pourraient justifier d’un traitement au cannabis". Mais ils ne seront que 3 000 à pouvoir participer à l’expérimentation, qui sera en particulier menée dans les centres hospitaliers de référence pour les pathologies concernées.

Une prescription initiale hospitalière sera effectuée par un médecin spécialiste, neurologue ou médecin de la douleur. Les patients devront d'abord se fournir en pharmacie hospitalière puis pourront renouveler leur traitement en pharmacie de ville. L'agence du médicament s'est prononcée en faveur de modalités d'administration assez larges : le traitement pourra ainsi prendre la forme de fleurs séchées, d'huiles et éventuellement de tisanes.

"Je souhaite qu’on puisse s’appuyer sur l’expertise des patients. Les témoignages montrent qu’il y a déjà un savoir-faire des patients qui sont en automédication", a déclaré vendredi matin à l’Assemblée nationale le député de l’Isère Olivier Véran (LREM), neurologue de profession et auteur de l’amendement autorisant l’expérimentation du cannabis thérapeutique. "Si on se rend compte au bout de six mois, un an, un an et demi qu’il n’est pas nécessaire de poursuivre l’expérimentation parce que preuve est déjà faite sur le terrain, auprès des malades, que ça leur est bénéfique, il faudra aller vers une généralisation de l’usage médical du cannabis."

>> À voir : "Cannabis thérapeutique : 'Une attente très forte des malades'"

Le retour des patients sera particulièrement attendu pour étudier les différentes posologies possibles puisque celles-ci pourront intégrer des rapports très variables entre les deux principes actifs du cannabis : le tétrahydrocannabinol (THC), aux effets psychoactifs, et le cannabidiol (CBD), qui entraîne plutôt une relaxation musculaire.

"Selon la maladie, le médecin va décider de donner soit plus de CBD, soit plus de THC. L’expérimentation vise à évaluer l’efficacité et la tolérance au cannabis thérapeutique. Si des patients ressentent des effets euphorisants ou désagréables, ils devront tout de suite appeler leurs médecins. Mais a priori, les dosages ne sont pas les mêmes que ceux dans le cannabis récréatif. Ce sera davantage évalué", détaille Serge Perrot sur Europe 1.

Emmanuel Macron "plutôt favorable" au cannabis thérapeutique

Reste à savoir d’où viendra le cannabis thérapeutique utilisé lors de l’expérimentation. "Si nous voulons mettre en place les choses dans les six mois qui arrivent, nous ne pourrons pas compter sur une production française. La filière ne sera pas prête à temps. C’est pourquoi, le 15 mai, nous avons auditionné les producteurs étrangers de cannabis, structurés comme des laboratoires pharmaceutiques, pour savoir ce qui se fait ailleurs", explique Nicolas Authier dans Libération.

Après le vote de l'Assemblée nationale, InVivo, l'un des premiers groupes agricoles coopératifs français, a déposé une demande auprès de l'ANSM pour se positionner sur le marché. Problème : à l'heure actuelle, la législation interdit la culture des plants en France, plus exactement ceux contenant des taux supérieurs à 0,2 % de THC.

>> À lire : "Quelle production pour le cannabis thérapeutique en France ?"

Interrogé sur le cannabis thérapeutique à la fin de son déplacement à La Réunion, face à des agriculteurs intéressés par la filière, le président Emmanuel Macron a souligné que l'exécutif était "plutôt favorable à ça".

Il doit y avoir "d'abord une autorisation sanitaire pilotée par le ministère de la Santé" et dès que celle-ci sera intervenue, "nous l'encadrerons et l'aménagerons pour qu'elle puisse profiter à des producteurs locaux sur notre sol", dans les Outre-mer et en France métropolitaine, a-t-il dit, citant en particulier le département de la Creuse.

Selon une étude du cabinet Grand View Research en 2017, le marché mondial du cannabis thérapeutique pourrait s'élever à 55,8 milliards de dollars en 2025 (environ 50 milliards d'euros), un chiffre quasiment multiplié par cinq par rapport à 2015.

Avec AFP et Reuters

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