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Irak : nouvelles manifestations pour la "chute du régime", plus de 60 personnes tuées en deux jours

Des manifestants traversent le pont al-Joumhouriya menant à la Zone verte, à Bagdad, le 26 octobre 2019.
Des manifestants traversent le pont al-Joumhouriya menant à la Zone verte, à Bagdad, le 26 octobre 2019. Khalid al-Mousily, Reuters

De nouvelles violences ont marqué samedi les manifestations antigouvernementales à Bagdad et dans le sud de l'Irak. Au total, 63 personnes ont été tuées en deux jours, notamment lors d'attaques contre des QG de partis et de groupes armés.

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Nouvelle journée de contestatà Bagdad et plusieurs autres villes en Irak. Après une nuit de feu et de sang au cours de laquelle QG de partis et de groupes armés ont été attaqués, les forces de sécurité irakiennes ont essayé tant bien que mal, samedi 26 octobre, de venir à bout des manifestations réclamant la "chute du régime". Selon la Commission gouvernementale des droits de l'Homme, 63 personnes ont été tuées ces deux derniers jours.

Celle-ci précise que la majorité des personnes tuées l'ont été dans les provinces de Missane et Zi Qar (sud), où les manifestants ont attaqué ou incendié des QG de partis, de responsables et de groupes armés.

Samedi, des protestataires ont incendié la maison d'un responsable à Nassiriya (sud). Au moins trois d'entre eux ont été tués par balles et 17 autres ont été blessés, selon la police et les services médicaux.

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Prières à la mémoire des défunts

À Bagdad, où au moins trois manifestants ont également été tués, des centaines de personnes se sont réunies, brandissant des drapeaux irakiens et scandant des slogans hostiles au Premier ministre Adel Abdel Mahdi. La veille, 200 manifestants avaient passé la nuit place Tahrir, dans le centre de la capitale, où certains ont prié à la mémoire des défunts de la journée.

Vendredi, les violences ont pris un véritable tournant avec l'incendie, dans le Sud, de dizaines de sièges de partis, de bureaux de députés et surtout de QG des factions armées du puissant Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires dominée par les milices chiites pro-Iran et alliée du gouvernement irakien.

Selon les experts, des miliciens infiltrés parmi les manifestants seraient responsables en partie des violences, avec l'objectif de régler leurs comptes entre groupes armés.

Parmi les manifestants tués vendredi, plus d'une vingtaine ont péri dans ces incendies et attaques, selon la Commission gouvernementale des droits de l'Homme et des sources médicales et policières.

Des violences qui n'ont pas eu lieu à Bagdad, les manifestants de la place Tahrir – proche de la Zone verte où siègent le Parlement et l'ambassade des États-Unis – assurant que leur mobilisation contre le pouvoir est pacifique.

Après avoir replié les couvertures sous lesquelles ils ont dormi sur l'emblématique place, les manifestants ont de nouveau défilé samedi sous les grenades lacrymogènes et assourdissantes des forces de sécurité.

"On nous tire des grenades dessus, ça suffit !"

Les protestataires, qui rejettent en bloc les mesures sociales annoncées, veulent, disent-ils, rien moins qu'une nouvelle Constitution et une classe politique entièrement renouvelée. Selon l’indice de perception de la corruption, publié chaque année par l’association Transparency International, l’Irak occupe la douzième place du classement des pays les plus corrompus au monde.

Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi a plaidé pour réformer le système d'attribution des postes de fonctionnaires, mais aussi abaisser l'âge des candidats aux élections dans un pays où 60 % de la population a moins de 25 ans.

"Ils ont dit aux jeunes : 'Rentrez chez vous, on va vous verser des pensions et vous trouver des solutions', mais c'était un piège", s'emporte une manifestante protestant aux côtés de son fils.

Le grand ayatollah Ali al-Sistani, plus haute autorité religieuse chiite d'Irak, a appelé vendredi à la réforme et à la lutte anticorruption. Le turbulent leader chiite Moqtada Sadr a quant à lui réclamé début octobre la démission du gouvernement et de nouvelles élections.

"Sadr, Sistani, quelle honte !", lance un manifestant à l'AFP en affirmant défiler parce qu'il n'a "pas un sou". "On nous tire des grenades dessus, ça suffit !"

Samedi soir, les députés de Moqtada Sadr, premier groupe parlementaire irakien, ont entamé un sit-in au Parlement, ont indiqué deux d'entre eux à l'AFP. Ils le maintiendront "jusqu'à ce que soient satisfaites les demandes" des manifestants.

La liste "La marche pour les réformes" a également annoncé quitter la majorité parlementaire alors que l'Irak est entré, le 1er octobre, dans une crise sociale et politique inédite.

Système à bout de souffle

Pour les manifestants, les gouvernements successifs depuis la chute du dictateur Saddam Hussein en 2003 ont amené le système à bout de souffle alors qu'en 16 ans, la corruption a officiellement coûté 410 milliards d'euros à l'État, soit deux fois le PIB de l'Irak, deuxième producteur de l'Opep.

"Ca suffit ! Les vols, les pillages, les gangs, les mafias, l'État profond, tout ça... Dégagez ! On veut un État, les gens veulent seulement vivre", affirme un autre manifestant.

Derrière lui, des dizaines de jeunes qui tentaient de traverser le pont al-Joumhouriya menant à la Zone verte ont essuyé des tirs de grenades lacrymogènes et assourdissantes.

Vendredi, ces projectiles ont tué plusieurs manifestants à Bagdad, selon la Commission gouvernementale des droits de l'Homme.

Non loin, le Parlement qui devait se réunir pour discuter des revendications des manifestants a de nouveau annulé sa séance, faute de quorum.

Dans plusieurs villes du Sud sous couvre-feu depuis vendredi, des appels à manifester ont été lancés pour la fin d'après-midi, après les enterrements des victimes des violences de la nuit dernière.

Environ 200 personnes sont mortes, depuis le 1er octobre, dans la contestation – inédite parce que spontanée –, qui avait été interrompue pendant 18 jours le temps du plus important pèlerinage chiite, et qui a repris jeudi.

Avec AFP

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