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Marée noire au Brésil : la population inquiète, les autorités minimisent le danger

Des employés municipaux et des habitants nettoient les résidus d'hydrocarbures de la plage de Batta de Jacuipe, à Camacari près de Salvador de Bahia, le 22 octobre 2019.
Des employés municipaux et des habitants nettoient les résidus d'hydrocarbures de la plage de Batta de Jacuipe, à Camacari près de Salvador de Bahia, le 22 octobre 2019. Lucas Landau, Reuters

Depuis fin août, près de 2 500 kilomètres de côtes du nord-est du Brésil sont envahies par des galettes de pétrole. Face à un gouvernement qui tarde à réagir, les habitants s’inquiètent des conséquences sur la santé et l’économie.

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Dans le nord-est du Brésil, les habitants et les commerçants se préparaient pour la haute saison estivale, de fin novembre à février, où les plages paradisiaques deviennent noires de monde. Mais depuis fin août, ces plages sont noires… de pétrole. Près de 2 500 kilomètres de côtes ont été souillées par une mystérieuse nappe d'hydrocarbures, d'origine inconnue, dont le gouvernement ne parvient pas à contenir l'avancée et dont il préfère minimiser le danger. Les riverains, eux, prennent les choses en mains, nettoyant les résidus, souvent sans protection.

Dans cette région pauvre, très dépendante du tourisme, l'espoir d'une saison fructueuse a été abandonné depuis le début de cette crise environnementale, le 30 août, quand des galettes de pétrole ont commencé à apparaître sur les plages de l'État du Pernambouc. Elles ont ensuite atteint l'État voisin de Bahia à la mi-octobre.

Depuis, 254 localités de neuf États ont été touchées par la pollution, a annoncé l'Institut brésilien de l'Environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama), lundi 28 octobre. Alors qu'il s'agit de la troisième catastrophe environnementale d'ampleur à toucher le Brésil en 2019 – après la rupture du barrage de Brumadinho en janvier ou les feux en Amazonie cet été –, ce désastre n'a guère suscité d'émotion en dehors du Brésil.

Plus de 1 000 tonnes de résidus recueillis

Pourtant, de nombreux spécialistes tirent la sonnette d'alarme. "Cet incident, de par son ampleur, est inédit dans le monde", affirme Fernanda Pirillo, coordinatrice du service d'Urgences environnementales de l'Ibama, au quotidien Folha de São Paulo. Cette responsable des opérations de nettoyage ajoute qu'il est impossible de prévoir la fin de l'incident.

Anna Carolina Lobo, responsable du programme de protection des océans de l'antenne brésilienne du WWF, estime que "les côtes peuvent mettre au moins vingt ans pour s'en remettre".

Plus de 1 000 tonnes de résidus d'hydrocarbure ont été recueillies sur les plages, selon les autorités.

Vue aérienne des résidus d'hydrocarbure à la plage de Peroba, près de Maragogi, le 17 octobre 2019.
Vue aérienne des résidus d'hydrocarbure à la plage de Peroba, près de Maragogi, le 17 octobre 2019. Diego Nigro, Reuters

Sérieux problème de santé publique

"C'est une situation très critique", résume la responsable brésilienne diu WWF. "Et l'impact économique pour la pêche et le tourisme est énorme", ainsi que pour la vie maritime.

Cette catastrophe pose également un sérieux problème pour la santé des riverains. Face à l'inertie du gouvernement, les habitants et volontaires d'ONG locales ont été les premiers à réagir et à commencer à nettoyer les résidus comme ils pouvaient : la plupart du temps sans matériel de protection, voire en ramassant les galettes de pétrole à mains nues.

Selon les autorités hospitalières, des très nombreux bénévoles se sont rendus aux urgences après avoir été en contact avec les résidus d'hydrocarbure, présentant des d'intoxication, notamment des irritations de la peau, des nausées et des vomissements.

Brasilia minimise le danger, mettant 50 jours pour mobiliser des hommes

De son côté, le gouvernement de Jair Bolsonaro est accusé de vouloir minimiser l'ampleur des dégâts et d'avoir tardé à réagir au drame. Selon le quotidien O Globo, Brasilia a attendu 41 jours pour mettre en vigueur le plan national d'urgence prévu pour ce genre de désastre, et ce n'est que 50 jours après l'apparition des premières galettes que 5 000 militaires ont été mobilisés.

Le Ministère public du pays a d'ailleurs saisi la justice pour contester l'inertie du gouvernement. Selon le parquet, l'État a ignoré une bonne partie du plan d'action – des mesures pourtant prévues par la loi, comme reconnaître formellement que le désastre est d'une "importance nationale".

Les autorités semblent également balayer d'un revers de main l'impact d'une telle marée noire sur la santé publique. En déplacement dans la région vendredi 25 octobre, le ministre du Tourisme Marcelo Álvaro Antônio a affirmé que certaines plages seraient déjà "propres" et "prêtes pour la baignade", selon l'édition brésilienne du quotidien El Pais. Interrogé sur quelle étude il se basait, le ministre n'a pas su répondre.

Selon l'océanographe Moacyr Araújo, de l'Université fédérale du Pernambouc, les riverains devraient au contraire éviter de se baigner dans les zones touchées et s'abstenir de consommer des fruits de mer tant que leur niveau de contamination n'est pas connu. Or, ces études ne seront pas publiées avant plusieurs semaines, a-t-il affirmé à El Pais.

"C'est absolument incroyable, ça montre un manque total de préparation pour gérer ce genre de crise", a déploré Anna Carolina Lobo à l'AFP.

Le gouvernement accuse Greenpeace de complicité

D'autant que l'on ignore ce qui est à l'origine de cette marée noire. Le ministre de l'Environnement Ricardo Salles en est venu à insinuer que Greenpeace aurait contribué au désastre, accusant ses militants "d'éco-terrorisme". "Il y a de ces coïncidences… Il paraît que le bateau de Greenpeace naviguait justement dans des eaux internationales, au large du littoral brésilien [quand le drame s'est déroulé]", a-t-il affirmé dans un tweet, illustré d'une photo d'un bateau de l'ONG… datée de 2016.

Selon la compagnie brésilienne Petrobras, le pétrole est très probablement issu du Venezuela, a-t-elle affirmé le lendemain, mais les autorités ignorent toujours comment le brut a pu arriver aux côtes brésiliennes. Impossible, selon Caracas, qui affirme n'avoir "aucune preuve de fuite de pétrole" qui pourrait causer un tel danger. Brasilia privilégie désormais la piste d'une fuite de brut d'un bateau pirate qui aurait tenté de vendre le brut vénézuélien illégalement, selon Folha de São Paulo.

Le désastre est considérable pour l'environnement aussi. "[Son] impact sera visible dans la nature pendant des années", a expliqué à l'AFP Luciana Salgueiro, coordinatrice des politiques publiques de l'institut Biota de l'État d'Alagoas, également touché. Plusieurs dizaines de tortues, d'oiseaux ou de dauphins sont déjà morts à cause de la marée noire, qui s'avance désormais vers les zones de migrations de baleines.

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