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LIBAN

Saad Hariri, héritier d’un clan, chassé par la rue

Depuis sa première accession au pouvoir en 2009, Saad Hariri a dirigé trois gouvernements.
Depuis sa première accession au pouvoir en 2009, Saad Hariri a dirigé trois gouvernements. Dalati and Nohra, AFP
5 mn

Propulsé dans le milieu politique après l’assassinat de son père, Saad Hariri a dirigé à trois reprises le gouvernement du Liban. Sa démission, le 29 octobre, sous la pression de la rue, est inédite dans l’histoire du pays. Portrait.

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Saad Hariri a démissionné de son poste de Premier ministre du Liban, mardi 29 octobre, sous la pression de la rue. L'annonce télévisée a été accueillie par les vivats de la foule qui l'écoutait en direct sur plusieurs lieux de rassemblement, avant que ne retentisse l'hymne national repris à pleins poumons par les manifestants. Des feux d'artifice ont été aussitôt tirés dans Beyrouth tandis que des voitures ont sillonné la capitale tous klaxons hurlants en signe de victoire.

Âgé de 49 ans, cet homme d’affaires, né en Arabie saoudite, a été propulsé en politique en 2005 après l’assassinat de son père, le milliardaire Rafic Hariri. Il a hérité de ce dernier une immense fortune, issue de l'entreprise de construction Saudi Oger - qui a fait faillite en 2017. En septembre dernier, Saad Hariri a été contraint d'annoncer la suspension de sa chaîne de télévision, Future TV, proche de son parti politique, Courant du futur. Selon Forbes, sa fortune était toutefois estimée à 1,5 milliard de dollars en 2018.

Reprendre le flambeau sunnite

L’entrée en politique de Saad Hariri a pour objectif de reprendre le flambeau du patriarche, l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, assassiné le 14 février 2005 dans une voiture piégée à Beyrouth. Un attentat à la voiture piégée qui a plongé le Liban dans la tourmente.

Dans un système confessionnel où le Premier ministre doit être un sunnite - tandis que le président doit être chrétien maronite, et le président du Parlement, chiite - il se lance alors dans la bataille, se voyant obligé de composer avec le puissant Hezbollah, tout en essayant de limiter l'influence de ce mouvement chiite et de son allié iranien. Il ne parviendra toutefois jamais à s'imposer face à cette formation, la seule au Liban à avoir gardé ses armes après la fin de la guerre civile (1975-1990).

Depuis sa première accession au pouvoir en 2009, Saad Hariri a dirigé trois gouvernements, dans un pays habitué aux crises politiques à répétition. Son premier "gouvernement d'union" avait rendu l'âme en 2011 après la démission des ministres du camp du Hezbollah, mécontents des accusations portées contre leur camp dans l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri. Saad Hariri avait alors quitté le pays durant de longues années, vivant notamment à Paris, pour des questions de "sécurité" selon ses proches.

Sous pression souadienne

De retour au pouvoir en 2016 dans le but de faire contrepoids face au Hezbollah, Saad Hariri a été soumis à une très forte pression saoudienne. Au point de se retrouver au cœur d’un feuilleton rocambolesque en novembre 2017 quand il est retenu à Riyad par la famille royale, allié traditionnel et soutien financier de sa famille. Il avait été contraint d'annoncer sa démission à la télévision depuis l'Arabie saoudite, et de dénoncer dans ce discours la "mainmise" du Hezbollah et de l'Iran sur le Liban. Saad Hariri avait alors dû compter sur une intervention de la France pour se sortir de ce guêpier. 

>> À lire : Saad Hariri démissionné ou retenu à Riyad ? Rumeurs et soupçons au Liban

La fragilité politique de Saad Hariri s’était également révélée aux dernières législatives de mai 2018, quand son parti, le Courant du Futur, avait perdu un tiers de ses sièges au Parlement. Au terme de huit mois de tractations entre les différentes composantes politiques et confessionnelles du pays, le Premier ministre Hariri avait conservé une place centrale, stabilisatrice, dans le jeu politique.

Le soulèvement populaire né le 17 octobre est cependant d'un genre inédit. Les revendications portent sur la corruption de la classe politique et l'inaction du gouvernement pour répondre aux besoins d'infrastructure du pays. La hantise d’un effondrement financier, du fait du surendettement du pays – 141 % du PIB, l’un des taux les plus élevés au monde –, tient les banques sous pression. Le chef du gouvernement a bien tenté de convaincre les manifestants en mettant en avant sa volonté de mener des réformes visant à sortir le pays du marasme économique. En vain. Au bout de deux semaines de contestation, Saad Hariri rend son tablier. "La révolution n'est pas terminée", scande la foule dans la rue, quelques heures après sa démission.

Avec AFP

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