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Le patron de Boeing fait profil bas devant le Congrès américain

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Washington (AFP)

"Inacceptable", "impardonnable". "Vous avez un problème systémique de qualité!" Des membres du Congrès américain ont étrillé mercredi le patron de Boeing, qui a fait profil bas.

Au lendemain d'une audience tendue devant des sénateurs américains en colère, Dennis Muilenburg est apparu visiblement ému, parfois au bord des larmes.

Devant la commission des Transports et des infrastructures, il a clairement reconnu sa responsabilité dans les accidents des 737 MAX de Lion Air et d'Ethiopian Airlines qui ont fait 346 morts.

"Mon entreprise et moi-même sommes responsables et nous savons que nous devons nous améliorer", a déclaré Dennis Muilenburg, martelant qu'il apprenait de ces erreurs tragiques et qu'il était disposé à "rendre des comptes".

"Nous avons encore plus à apprendre pour que cela ne se reproduise plus jamais", a-t-il ajouté alors que toute la flotte des 737 MAX est clouée au sol depuis mi-mars, et que les autorités de sécurité aérienne n'ont pas encore décidé de la remettre en service.

Comme la veille, le patron de Boeing a adressé ses excuses aux familles des victimes présentes dans la salle, qu'il a rencontrées avant l'audience pour la première fois pendant deux heures.

"Je voudrais de nouveau dire que je suis désolé. Je n'oublierai jamais" ce qu'il s'est passé, a-t-il dit.

Face aux commentaires du président de la commission des Transports et des infrastructures, M. Muilenburg était l'ombre de lui-même, les yeux embués, incapable parfois de parler. Il a souvent laissé l'ingénieur en chef de la division commerciale, John Hamilton, répondre à sa place.

"C'est inacceptable. Laisser tout le monde dans l'ignorance est inacceptable. C'est sans précédent", a tempêté Peter DeFazio, fustigeant le fait que les pilotes n'aient pas été informés de l'existence du MCAS, un logiciel censé empêcher le 737 MAX de partir en piqué, notamment en cas de perte de vitesse.

"Nous avons besoin de réponses", a ajouté M. DeFazio qui l'interrogeait aussi sur les raisons pour lesquelles ce logiciel, mis en cause dans les deux tragédies, n'a pas été mentionné dans les manuels des pilotes.

- "Comme un tueur à gages" -

Un autre membre du Congrès l'a particulièrement malmené: "Vous avez dit que vous étiez responsable. Pourquoi ne pas renoncer à votre salaire? Vous nous dites que votre rémunération n'a pas été réduite avec tout ça? Vous continuez de travailler et de gagner 30 millions de dollars par an", s'est emporté le parlementaire Steve Cohen.

"Entendre qu'il a reçu 30 millions de dollars. C'est comme un tueur à gages. Il a tué nos proches et il a reçu une prime (...). C'est inouï", a confié à l'AFP Chris Moore, un Canadien dont la fille Danielle, une bénévole des Nations Unies, est morte dans l'accident d'Ethiopian Airlines le 10 mars.

En 2018, année de la tragédie de Lion Air, le patron a en fait reçu un peu moins: 23,4 millions de dollars dont un bonus de 13 millions, selon les documents financiers du groupe.

Selon Chris Moore, M. Muilenburg n'assume pas ses responsabilités, donnant pour preuve que celui-ci n'a pas démissionné.

Sur ce point, Dennis Muilenburg a au contraire argué que rester à son poste pour régler le problème du 737 MAX était sa façon d'assumer.

"J'ai grandi dans une ferme dans l'Iowa et mon père m'a appris à ne pas fuir les difficultés et c'est une situation difficile", a-t-il dit.

Le patron de Boeing a répété que la priorité du groupe était la qualité, ce que l'un des membres a vivement contesté.

"Vous avez un problème systémique de qualité. Vous cherchez le profit, pas la qualité. Vous générez du profit, pas de la qualité ou de la sécurité", a lancé Michael Capuano.

"Vos trois principaux produits ont des problèmes de qualité", a-t-il ajouté, citant aussi le long-courrier 787 Dreamliner et l'avion de ravitaillement militaire KC-46.

"Je ne suis pas d'accord. Le seul modèle économique durable est la sécurité", s'est défendu M. Muilenburg.

Certains autres élus ont semblé, eux, apporter leur soutien à M. Muilenburg, abordant des problématiques générales et annexes comme la formation défaillante des pilotes dans le monde ou le fait que les accidents d'avion étaient souvent la conséquence d'une chaîne d'incidents et non pas d'un dysfonctionnement unique.

Au terme de ces deux jours d'audition, Dennis Muilenburg n'est pas complètement parvenu à faire taire les spéculations sur son avenir à la tête de Boeing.

Il s'est vu retirer récemment ses fonctions de président du conseil d'administration et n'est plus que directeur général.

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