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Le gouvernement français présente son plan de sauvetage pour la Seine-Saint-Denis

Le Premier ministre, Édouard Philippe, à l'Assemblée nationale, le 12 juin 2019.
Le Premier ministre, Édouard Philippe, à l'Assemblée nationale, le 12 juin 2019. Alain Jocard, AFP

Édouard Philippe et plusieurs ministres étaient jeudi matin en Seine-Saint-Denis, au nord de Paris, pour annoncer une série de mesures pour le département, dont une prime de 10 000 euros aux fonctionnaires restant au moins cinq ans en poste.

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Dans leur rapport paru en mai 2018, les députés François Cornut-Gentille (Les Républicains) et Rodrigue Kokouendo (La République en marche) dressaient le portrait d’une "République en échec" en Seine-Saint-Denis. Un an et demi après, le gouvernement a voulu montrer qu’il avait compris la gravité de la situation dans ce département au nord de Paris. Le Premier ministre, Édouard Philippe, a ainsi annoncé, jeudi 31 octobre, depuis la préfecture de Bobigny, une série de 23 mesures destinées à venir en aide à ce territoire.

À cette occasion, les ministres de l'Intérieur, Christophe Castaner, et du Logement, Julien Denormandie, se sont rendus à La Courneuve. La garde des Sceaux, Nicole Belloubet, était de son côté au tribunal de Bobigny, le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, également à Bobigny auprès d'aspirants professeurs, et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, dans une association qui accueille les femmes malades du sida à Saint-Denis. Des mesures d’urgence ont été prises pour un département qui manque cruellement de services publics.

Le plan du gouvernement prévoit une prime de 10 000 euros pour fidéliser les fonctionnaires, le recrutement de 150 policiers ou encore le renforcement des contrôles des logements insalubres. L'objectif de l'exécutif est de fidéliser les quelque 39 000 agents du département.

Dans leur rapport, François Cornut-Gentille et Rodrigue Kokouendo rappelaient qu’en Seine-Saint-Denis, la population avait besoin de plus de services publics qu’ailleurs pour compenser ses difficultés. Pourtant, le département bénéficie de moins d’enseignants, de médecins, de policiers par habitant que les autres départements d’Île-de-France.

Le rapport des deux députés faisait également le constat que les fonctionnaires en Seine-Saint-Denis était plus jeunes et moins expérimentés que dans les autres départements français.

"Cinq ans, c’est le nombre d’années à partir duquel on perd les effectifs"

Christophe Castaner a annoncé jeudi que 50 agents supplémentaires se répartiraient dans deux quartiers, à Saint-Ouen et La Courneuve, dans le cadre de la police de sécurité du quotidien. Et d'ici à 2021, 100 postes d'officiers de police judiciaire seraient déployés.

Les commissariats d'Aulnay-sous-Bois et d'Épinay-sur-Seine seront rénovés d'ici 2023 avec un budget de 30 millions d'euros, tandis que le tribunal de Bobigny verra son extension réalisée à l'horizon 2026.

Par ailleurs, pour accélérer une chaîne judiciaire embolisée, 35 postes de greffiers et 12 de magistrats seront créés.

Pour Grégory Goupil, secrétaire régional d'Alliance 93 contacté par France 24, les annonces du gouvernement sont positives en apparence mais elles manquent de précisions. "Sur la prime de 10 000 euros par exemple, on ne nous a pas expliqué les modalités d’attribution. Qui va l’avoir ? Les policiers tout juste sortis d’école ou les plus anciens ?"

Il craint que de jeunes policiers effectuent leurs cinq années de service en Seine-Saint-Denis pour toucher la prime mais choisissent ensuite de quitter le département. "Cinq ans, c’est le nombre d’années à partir duquel on perd les effectifs. Quand les jeunes arrivent, ils ne sont pas forcément titulaires. Après quatre-cinq ans, on perd ces fonctionnaires, une fois qu’ils sont mûrs et prêts à bosser dans un équipage", se désole le syndicaliste.

Grégory Goupil déplore également qu’aucune annonce n’ait été faite sur le matériel. "Au niveau du parc automobile par exemple, c’est effrayant. À Bondy, ils ont trois véhicules actuellement en réparation. Il y a des commissariats où la BAC [brigade anticriminalité] n’a pas de véhicule, ils se déplacent à pieds", détaille-t-il. "On finit toujours par se débrouiller avec un véhicule prêté par autre commissariat, mais ce n’est pas normal."

Pour les voitures, comme pour les fonctionnaires, Grégory Goupil dénonce une politique qui consiste à "déshabiller Paul pour habiller Jacques". Selon lui, le recrutement de 150 policiers prévus en deux ans risque de ne même pas compenser les quelque 200 départs de fonctionnaires de police par an.

"La question de l’habitat insalubre est essentielle"

Dans le domaine de la santé, le gouvernement a annoncé que cinq inspecteurs en charge du contrôle des logements indignes seront recrutés. Seulement deux sont officiellement en poste actuellement, alors que "potentiellement, 10 % de l'habitat est insalubre" dans le département.

Élisabeth Belin, maire adjointe à la Santé de la ville de Saint-Denis, se réjouit auprès de France 24 que ce thème ait été mis au menu des annonces, même si le nombre de cinq agents de contrôle lui semble "dérisoire". "Sur notre territoire, la question de l’habitat insalubre est essentielle. On voit bien que les personnes les plus précaires et les plus en mauvaise santé vivent dans des logements en mauvaises conditions. Sur une ville comme Saint-Denis, l’habitat insalubre est un vrai sujet", souligne-t-elle.

Élisabeth Belin se dit en revanche "très déçue de ne voir aucune mesure sur la psychiatrie". Le département ne dispose d’aucun psychiatre privé et les délais d’attente pour une consultation de psychiatrie ou de pédopsychiatrie publique ne cessent de s’allonger. Le département ne compte que 4,23 pédopsychiatres pour 100 000 habitants (contre 15,92 pour 100 000 habitants en région parisienne). À l'hôpital Robert Ballanger d'Aulnay-sous-Bois, il faut compter 18 mois pour obtenir un rendez-vous pour un enfant dans le service du Dr Marie-José Durieux.

Agnès Buzyn n’a rien annoncé non plus sur la médecine scolaire, elle aussi en totale déshérence dans le 93, où 50 % des médecins scolaires ne sont pas pourvus.

"Rendez-vous manqué"

"On a aussi vu que c’était un peu léger sur l’éducation", souffle Élisabeth Belin. Comme elle, le président du Conseil départemental, Stéphane Troussel (Parti socialiste), estime que le volet éducation de ce plan est un "rendez-vous manqué".

Le gouvernement a annoncé un dispositif de "prérecrutement" de 500 enseignants. Il s'agit de financer les études de boursiers de Seine-Saint-Denis qui s'engagent en retour à travailler dans le département.

Par ailleurs, 20 millions d'euros seront fléchés par la région pour des investissements immobiliers dans le cadre du dédoublement des classes de CP et CE1 en zones d'éducation prioritaire.

Mais dans le département le plus jeune de France, marqué récemment par le suicide d'une directrice d'école à Pantin et la mort violente d'un lycéen, ces mesures sont jugées insuffisantes.

Interrogé par France 24, Jérémy Mounier, enseignant de physique-chimie à Pierrefitte-sur-Seine et membre du syndicat Sud Éducation 93, estime que "ce n’est pas assez". "Le plan Borloo avançait qu’il fallait 50 milliards pour les banlieues. Nous, à Sud Solidaire, il y a trois ans […], on avait estimé qu’il fallait 10 milliards à la Seine Saint-Denis pour tous les services publics."

S’il juge les primes de 10 000 euros bienvenues, il souligne qu’elles risquent de ne pas suffire à retenir les enseignants dans le département. "Ce système de prime a déjà existé dans certaines villes du 93. Cela s’est arrêté en 2015. Il y avait un système qui permettait de donner 2 000 euros par an aux gens qui s’installaient trois ans dans la ville", raconte-t-il. "Mais tous les enseignants de ma génération ont profité de cette prime et, après avoir eu 6 000 euros sur trois ans, ils sont partis."

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