Accéder au contenu principal

Prix Goncourt : Amélie Nothomb sera-t-elle touchée par la grâce ?

La romancière belge Amélie Nothomb, dont le roman "Soif" est en lice pour le prix Goncourt.
La romancière belge Amélie Nothomb, dont le roman "Soif" est en lice pour le prix Goncourt. archives, AFP

Sélectionnée pour le prix Goncourt, l’auteure belge Amélie Nothomb pourrait recevoir le prestigieux prix de littérature francophone dévoilé lundi. Dans son roman "Soif", elle livre une version toute personnelle (et réussie) de la mort de Jésus.

Publicité

Le miracle littéraire se produira-t-il pour Amélie Nothomb ? Avec son 28e et dernier opus, "Soif" (Albin Michel), l’auteure belge qui se glisse dans la peau de Jésus pourrait bien décrocher le prix Goncourt. Mais à ce stade, seuls les membres de la prestigieuse académie le savent. Pour les autres, il faudra attendre lundi 4 novembre, vers 13 h.

Dans le dernier carré des sélectionnés aux côtés de Jean-Luc Coatalem, 60 ans, pour "La part du fils" (Stock), Jean-Paul Dubois, 69 ans, pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (L'Olivier) et Olivier Rolin, 72 ans, pour "Extérieur monde" (Gallimard), la romancière de 53 ans n’a encore jamais reçu une telle distinction.

La dame aux chapeaux excentriques a bien été récompensée à plusieurs reprises par la profession. Le Prix du roman de l'Académie française en 1999 avec "Stupeur et tremblements", le Prix de Flore en 2007, avec "Ni d'Eve ni d'Adam". Elle a également reçu le Grand Prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre en 2008. Mais de Goncourt, jamais.

Véritable locomotive de l’édition française – "Soif" s’est déjà écoulé à plus de 146 000 exemplaires – l’écrivaine populaire reçoit surtout depuis trente ans la plus belle récompense de ses lecteurs, qui se pressent par centaines à chacune de ses séances de dédicace.

L’évangile selon Nothomb

L’histoire de "Soif" ? Aucun risque de la déflorer. On la connaît tous. On en connaît surtout la fin. Le narrateur, Jésus, livre à la première personne le récit de ses dernières heures. "L’avantage de cette certitude, c’est que je peux accorder mon attention à ce qui le mérite : les détails", précise le héros au début du roman.

Amélie Nothomb raconte donc par le menu les indignations de l’homme à son procès, la peur du condamné, l’humiliation de la flagellation, les souffrances de la croix, les clous. Et la soif. "Il y a des gens qui pensent ne pas être des mystiques. Ils se trompent. Il suffit d’avoir crevé de soif un moment pour accéder à ce statut. Et l’instant ineffable où l’assoiffé porte à ses lèvres un gobelet d’eau, c’est Dieu."

En véritable demiurge, l’écrivaine s’éloigne des sentiers battus des quatre évangélistes pour présenter un Jésus très personnel. Un Jésus qui vit une histoire charnelle avec Marie-Madeleine. Un Jésus tiraillé par ses faiblesses. Un Jésus qui s'oppose à la volonté du père. Nulle volonté de provoquer. Mais le désir profond d’inscrire le Christ dans sa condition d’homme. "En trente-trois ans de vie, j’ai pu le constater : la plus grande réussite de mon père, c’est l’incarnation. Qu’une puissance désincarnée ait eu l’idée d’inventer le corps demeure un gigantesque coup de génie."

Légèreté et profondeur

L’épreuve de la Passion n’en est que plus terrible. Le lecteur assiste à la lente agonie du Christ qui tombe et retombe dans la poussière avant de sentir les clous transpercer les paumes de ses mains. Et toujours cette soif qui l’assaille. Seule consolation pour l’homme condamné à une mort certaine : "Pour éprouver la soif, il faut être vivant".

Pas de lamento mais un monologue émouvant et drôle. Même dans le corps du Christ, l’auteure belge ne peut s’empêcher de manier l’ironie. Le lecteur savoure. La presse adhère. Amen.

Toute divinité qu’elle est, il n’est toutefois pas si sûr que les membres du jury lui décernent le Goncourt. Remettre le prestigieux prix à une auteure qui monopolise les têtes de gondole pourrait énerver les esprits soucieux de voir un auteur moins connu du grand public émerger.

Quoi qu’il en soit, plusieurs noms d’auteurs francophones moins connus sortiront cette semaine dans la presse. À partir de lundi et jusqu'à vendredi, les jurys des Renaudot, Femina et Médicis désigneront également les lauréats des grands prix littéraires d'automne. Alea Jacta est.

Les autres prix littéraires décernés cette semaine :

Le prix Renaudot : Cinq auteurs sont en lice pour le Renaudot dans la catégorie roman dont la jeune primo-romancière Victoria Mas ("Le bal des folles"). On trouve également l'écrivain franco-djiboutien Abdourahman Ali Waberi ("Pourquoi tu danses quand tu marches?"), Jean-Luc Coatalem (La part du fils), Emma Becker ("La maison") et Jean-Noël Orengo ("Les jungles rouges"). Remise du prix lundi.

Le prix Fémina : Les finalistes du Femina sont Dominique Barbéris ("Un dimanche à Ville d'Avray"), Michael Ferrier ("Scrabble"), Luc Lang ("La Tentation"), Sylvain Prudhomme ("Par les routes"), Alexis Ragougneau ("Opus 77") et Monica Sabolo ("Eden")

Le Femina doit également décerner un prix pour un roman étranger et pour un essai. Le jury délibérera mardi.

Le prix Médicis : Huit auteurs vont se disputer ce prix qui couronne des œuvres aux qualités littéraires affirmées. Les finalistes sont Santiago H. Amigorena ("Le Ghetto intérieur"), Brigitte Giraud ("Jour de courage"), Claudie Hunzinger ("Les Grands Cerfs"), Victor Jestin ("La Chaleur"), Guillaume Lavenant ("Protocole gouvernante"), Vincent Message ("Cora dans la spirale"), Christine Montalbetti (Mon ancêtre Poisson") et Luc Lang ("La Tentation")

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.