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Pédocriminalité dans l'Église : des victimes craignent des réparations financières "au rabais"

Des évêques quittent la Basilique Notre-Dame du Rosaire après une messe lors de la Conférence des évêques de France, le 4 novembre 2016, à Lourdes.
Des évêques quittent la Basilique Notre-Dame du Rosaire après une messe lors de la Conférence des évêques de France, le 4 novembre 2016, à Lourdes. Regis Duvignau, Reuters

Plusieurs victimes de pédocriminalité dans l'Église ont mis en garde, lundi, les évêques, qui doivent se prononcer à Lourdes sur une allocation financière de reconnaissance de la souffrance vécue, contre un "forfait au rabais".

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Alors que s’est ouverte, mardi 5 novembre, l'Assemblée des évêques à Lourdes, plusieurs victimes de pédocriminalité ont mis en garde l'épiscopat contre la mise en place d'une allocation financière de "reconnaissance" de la souffrance vécue, jugeant cette mesure comme un "forfait au rabais".

Les quelque 120 évêques catholiques de France se réunissent en assemblée plénière à Lourdes, de mardi à dimanche, pour parler notamment d'écologie. Samedi, ils voteront le principe et les modalités d'une "allocation de reconnaissance de la souffrance vécue" pour les victimes, que ce soit pour celles déjà passées par des procédures de justice civile ou pour celles pour qui les faits sont prescrits.

Le porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF) Thierry Magnin a indiqué à l'AFP que ce "geste", qui pourrait être mis en place courant 2020, ne serait "pas une indemnité" mais un "forfait, dont le montant fait partie des discussions". Les évêques devront aussi se prononcer sur la création d'un "fonds spécifique de dotation", alimenté par un appel aux dons permettant de financer cette allocation.

>> À voir : Pédophilie dans l'Église : les évêques polonais se réunissent

Ce dispositif, avant même d'avoir été voté, a fait réagir plusieurs victimes qui travaillent avec l'épiscopat depuis un an sur ce chantier, notamment au sein d'un collectif intitulé "Foi et résilience".

"Le fait qu'ils prévoient une ‘allocation’ et non une ‘indemnisation’, laquelle les engagerait juridiquement, montre bien qu'ils n'assument pas la responsabilité collective de ce fléau", a regretté, lundi 4 novembre, Olivier Savignac, membre de ce collectif, auprès de l'AFP.

"Nous ne souhaitons pas de la condescendance, mais une réparation juste"

"Or le plus important, c'est que l'Église reconnaisse que les agressions sexuelles n'étaient pas quelques cas isolés, mais bien un système, dont toute l'institution a été responsable", renchérit Véronique Garnier, autre membre du collectif, qui sera présente jeudi à Lourdes.

Selon Véronique Garnier, "un ‘geste financier’, c'est un peu condescendant. Nous ne souhaitons pas de la condescendance, mais une réparation juste". Elle salue toutefois le "dialogue entamé il y a un an".

Tout juste élu président de la CEF, Éric de Moulins-Beaufort, avait estimé en mai que la pédophilie dans l'Église était un "problème systémique" qu'il fallait "traiter comme tel".

Si le montant du forfait n'est pas encore annoncé, Olivier Savignac l'évalue à "quelques milliers d'euros". "Ce n'est pas suffisant et cela ne prend pas en compte les cas singuliers", avertit-il. "Il faudrait des barèmes d'indemnisation sur le modèle des Cotorep [pour le handicap]", ajoute-t-il, craignant au final "un forfait au rabais" et une "manœuvre de communication" des évêques.

"Cette proposition ne correspond ni aux attentes ni aux besoins des victimes", a estimé de son côté Jean-Luc Souveton, lui aussi membre du collectif et présent à Lourdes jeudi. "Qui peut se satisfaire de cela ? C'est une manière, pour l'institution, de se donner bonne conscience", selon lui.

"Évaluer ce dont les victimes ont besoin individuellement"

Pour octroyer cette "allocation", "il y aurait besoin d'une commission indépendante qui reçoive les victimes", à la fois pour "évaluer ce dont elles ont besoin individuellement", mais aussi parce que dans certains diocèses "les relations entre victimes et l'évêque sont trop tendues", plaide ce prêtre du diocèse de Saint-Etienne, lui-même victime d'agressions sexuelles.

Tous trois s'interrogent : "Pourquoi précipiter les choses ?", alors qu'une structure, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase), chargée par la CEF notamment de faire la lumière sur les crimes commis par le clergé depuis la fin des années 1950, doit rendre ses préconisations fin 2020 ?

>> À lire : Pédophilie : un fléau qui gangrène institutions et familles

Interrogé au sujet de ce calendrier, Thierry Magnin a récemment indiqué auprès de l'AFP : "Le rapport de la Ciase aura une application en 2021. Nous n'allons pas laisser les victimes attendre encore deux ans".

Il a justifié également l'appel aux dons pour financer le fonds de dotation en soulignant que "juridiquement et fiscalement", il était "impossible de faire appel" aux diocèses. Et d'admettre qu'il faudrait trouver une "manière juste" de solliciter des fidèles pouvant être réticents à être mis à contribution.

Quant au fait d'octroyer un forfait, il a affirmé dimanche sur franceinfo : "Nous ne sommes pas en train de faire des gradations dans la souffrance des personnes".

Avec AFP

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