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L'Irak coupé du monde après une nouvelle journée d'affrontements

Funérailles d'un manifestant tué lors d'un rassemblement contre le pouvoir irakien, à Najaf, le 5 novembre.
Funérailles d'un manifestant tué lors d'un rassemblement contre le pouvoir irakien, à Najaf, le 5 novembre. Alaa al-Marjani, Reuters

Les autorités irakiennes ont totalement coupé Internet à Bagdad et dans le Sud gagné par la contestation dans la nuit de lundi à mardi, après une journée d'affrontements dans la capitale, notamment aux abords de bâtiments officiels.

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Il s'agit de "la pire restriction sur les télécommunications imposé par le gouvernement irakien depuis le début des manifestations" le 1er octobre, selon l'ONG spécialisée dans la cybersécurité NetBlocks.

Depuis le début de ce mouvement réclamant "la chute du régime" irakien, plus de 270 personnes (en majorité des manifestants) ont perdu la vie dans les violences, selon un bilan compilé par l'AFP.

Les autorités ont proposé réformes sociales et élections anticipées. Une commission chargée de rédiger des amendements constitutionnels a même commencé ses travaux mardi 5 novembre. Mais les manifestants réclament le départ de tous les responsables et un nouveau système politique.

Les protestataires ont afflué de nouveau mardi dans la capitale, assurant "ne pas avoir peur", après la mort en 36 heures d'au moins dix manifestants, tués par les forces de l'ordre à travers le pays, selon des sources médicales.

Et dans plusieurs villes du Sud, les administrations sont à l'arrêt en raison d'un mouvement de désobéissance civile. À Nassiriya, Kout et Diwaniya, les piquets de grève paralysaient mardi la totalité des administrations publiques, selon des correspondants de l'AFP.

"Ça ne servira à rien"

Les autorités ont coupé Internet de minuit à 9 h, puis l'ont de nouveau interrompu à la mi-journée.

"Ils ont déjà coupé Internet et une fois de plus, ça ne servira à rien", assure mardi Ammar, 41 ans, à l'AFP sur la place Tahrir à Bagdad.

Internet avait été coupé du 3 au 17 octobre. Le blocus sur les réseaux sociaux continue depuis le 2 octobre, bien que contourné grâce à des applications VPN.

"Les dirigeants ne nous font pas peur, ce sont eux qui sont effrayés par nous, parce que nous sommes pacifiques", lance une manifestante à l'AFP. "Les tyrans passent, mais les peuples restent", renchérit un vieil homme, keffieh sur la tête.

Le Sud chiite est particulièrement touché par le mouvement : quatre manifestants ont été tués dans la nuit de dimanche à lundi dans la ville sainte chiite de Kerbala, à 100 kilomètres au sud de Bagdad, où des protestataires avaient tenté d'incendier le consulat d'Iran, pays qui tire les ficelles du "régime" selon les manifestants.

Les forces de l'ordre ont tiré avec balles réelles sur les protestataires, lors d'une journée qui a réveillé les douloureux souvenirs du début du mois. Dans un pays alors coupé du monde, sans Internet ni réseaux sociaux, des snipers, que l'État assure ne toujours pas pouvoir identifier, avaient tiré sur la foule durant cinq jours. Du 1er au 6 octobre, selon le rapport officiel des autorités, 157 personnes, en grande majorité des manifestants, ont été tuées.

L'Iran concentre la colère

Après 18 jours de calme pour le plus grand pèlerinage chiite du monde à Kerbala, la contestation a repris le 24 octobre. Elle a eu cette fois-ci des airs de gigantesque désobéissance civile pacifique, émaillée de violences meurtrières lors d'attaques de QG de partis et de milices.

Mais depuis lundi, les violences ont repris de plus belle et mardi, signe de l'inquiétude autour d'une escalade, les dirigeants du Kurdistan autonome, jusqu'ici resté à l'écart, ont rencontré dans leur région le président irakien Barham Saleh, lui-même Kurde.

>> À lire aussi : Frondes en Irak et au Liban : "L’Iran se retrouve en porte-à-faux dans sa sphère d’influence"

Depuis quelques jours, la colère de la rue se concentre sur l'Iran, puissance agissante en Irak avec les États-Unis. Le général Qassem Soleimani, commandant des forces chargées des opérations extérieures de l'armée idéologique iranienne, a multiplié les visites en Irak. Et les commentaires du guide suprême iranien Ali Khamenei, qui dénonce un "complot" américain et israélien, ont exacerbé l'ire des Irakiens. 

"Ce sont les Iraniens qui dirigent le pays, on préfère mourir plutôt que de rester sous leur joug", lance mardi une manifestante sur la place Tahrir, où une potence et un "tribunal du peuple" symbolique ont été installés lundi soir.

Avec AFP

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