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#MeToo : les déclarations d'Adèle Haenel secouent le cinéma français

La comédienne Adèle Haenel lors d'une conférence de presse à Cannes, le 20 mai 2017.
La comédienne Adèle Haenel lors d'une conférence de presse à Cannes, le 20 mai 2017. Laurent Emmanuel, AFP

Le monde du cinéma français réagit à l'interview d’Adèle Haenel et l'enquête de Mediapart. L'actrice y accuse le réalisateur Christophe Ruggia de l'avoir agressée sexuellement alors qu'elle était mineure. Le parquet de Paris ouvre une enquête.

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Au fil des heures, l'onde de choc se répand dans le cinéma français. Le témoignage d'Adèle Haenel a fait mouche. Dans une interview accordée lundi 4 novembre à Mediapart, la comédienne de 30 ans raconte le "harcèlement" qu'elle a subi de la part du réalisateur Christophe Ruggia. Elle dénonce "l'emprise" qu'il a exercée sur elle, le "harcèlement sexuel permanent", les "attouchements" répétés et les "baisers forcés dans le cou".

L'homme et la jeune fille se sont rencontrés sur le tournage du film "Les Diables", premier long-métrage de la comédienne tourné alors qu'elle n'avait que 12 ans. Le harcèlement a duré jusqu'à ce qu'elle en ait quinze alors que le cinéaste approchait alors de la quarantaine, raconte Adèle Haenel. Elle explique ne pas avoir souhaité porter plainte. Elle regrette qu'il y ait "si peu" de condamnations dans ce type d'affaires et dénonce "une violence systémique faite aux femmes dans le système judiciaire".

Flot de réactions

Depuis, les déclarations d'Adèle Haenel ne passent pas inaperçues. Dès lundi soir, alors que la comédienne donne une interview sur Mediapart live, la Société des réalisateurs de films (SRF) annonce la radiation de Christophe Ruggia et exprime son "soutien total" à l'actrice.

Mardi, c'est Unifrance, l'organisme chargé de la promotion du cinéma français à l'étranger, qui "condamne sans réserve tout fait de violence ou de comportement inapproprié". L'organisme annonce qu'il va élaborer "prochainement une charte à l'attention des artistes et professionnels amenés à participer aux manifestions organisées ou initiées par Unifrance".

Et sur les réseaux sociaux, le témoignage d'Adèle Haenel suscite un flot de réactions du monde du 7e art. "Une grande admiration pour Adèle Haenel, qui parle pour celles qui sont dans l'ombre...", témoigne l'actrice Julie Gayet sur Instagram.

"Adèle, ton courage est un cadeau d'une générosité sans pareille", poste Marion Cotillard. "Tu brises un silence si lourd. Ton témoignage est d'une puissance inouïe. Il résonne profondément. Chère Adèle, tu marques l'histoire", ajoute la comédienne oscarisée.

"Regarder, écouter, entendre @adelehaenel. En être totalement boulversée. Vouloir que ma fille et mon fils l'entendent aussi. Et qu'ils ne l'oublient jamais", écrit pour sa part l'actrice Romane Bohringer.

"Merci pour la sincérité, merci pour le courage surtout, merci pour toutes celles qui se sentent autorisées grâce à toi, à faire de même", déclare l'actrice et réalisatrice Audrey Dana. Du côté des hommes, Omar Sy et Manu Payet, sans faire de grandes déclarations, expriment pudiquement leur soutien à la comédienne.

Le cinéma français longtemps muet

Pour le monde du cinéma français, c'est un coup de tonnerre : même après l'affaire Weinstein, il avait à peine vacillé. À Hollywood, au contraire, les révélations publiées dans la presse américaine en octobre 2017 ont provoqué une onde de choc immédiate. Le puissant producteur Harvey Weinstein a été banni d'Hollywood, de Cannes, et de tous ses cercles d'influence. Sa société de production a mis la clé sous la porte.

Dans le cinéma américain, les têtes tombent les unes après les autres. Et en dehors de ce petit cercle, s'en est suivi une déferlante de témoignages et d'accusations. Partout, la parole se libère. En France, de nombreuses femmes témoignent sous les bannières #MeToo et #Balance ton Porc.

Des actrices françaises témoignent aussi contre Harvey Weinstein. Emma de Caunes, Judith Godrèche, Juliette Binoche, Léa Seydoux, ou Marion Cotillard l'accusent de harcèlement ou d'agressions sexuelles. Mais les hommes du cinéma français semblent épargnés. Le milieu reste soudé. Catherine Deneuve et d'autres signent même une tribune pour défendre la "liberté d'importuner".

Et jusqu'à l'affaire Luc Besson, aucune plainte n'était tombée contre un homme du cinéma en activité. Puis, début 2019, l'actrice Sand Van Roy accuse le réalisateur français de viol, sans que cela ne provoque de séisme. Ses différentes plaintes sont classées sans suite et le New York Times s'étonne du quasi-silence de la France. Sand Van Roy, elle, ne se laisse pas décourager et dépose une nouvelle plainte avec constitution de partie civile. Une information judiciaire a été ouverte en octobre dernier.

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