Accéder au contenu principal

Monter "Les Misérables" à Caracas, un acte de "rébellion" en pleine crise

Publicité

Caracas (AFP)

Une crise politique, des barricades, le tout sur fond de désespoir économique: à Caracas, la comédie musicale "Les Misérables" a une saveur particulière qui mène les spectateurs vénézuéliens à "profondément s'identifier" à l'épopée de Jean Valjean, Cosette et Gavroche.

Le rideau tombe sur la scène du théâtre Teresa Carreño et c'est l'apothéose pour la troupe 100% vénézuélienne qui joue la comédie musicale inspirée du roman de Victor Hugo pendant une dizaine de jours.

Des applaudissements à tout rompre et un paquet d'émotions: le baryton Gaspar Colon, alias l'inspecteur Javert, assure que le public vénézuélien "s'identifie profondément" aux personnages et au contexte politique et économique de la France du début du 19e siècle.

Le Venezuela traverse la pire crise économique de son histoire récente. L'inflation devrait atteindre 200.000% cette année, selon le Fonds monétaire international. Et en province, les Vénézuéliens vivent au rythme de coupures de courant et de pénuries de médicaments et d'essence.

L'ONU chiffre à plus de quatre millions le nombre de Vénézuéliens qui ont fait leurs bagages pour des cieux qu'ils espèrent plus cléments.

Au plan politique, l'opposant Juan Guaido, reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays, tente d'évincer le président socialiste Nicolas Maduro du pouvoir depuis janvier.

Et le Venezuela a eu son lot de manifestations contre le pouvoir chaviste, parfois très violentes.

Le 30 avril et le 1er mai, lors des heurts les plus récents entre manifestants anti-Maduro et forces de l'ordre, six personnes ont péri. Des manifestations monstres avaient alors lieu dans tout le pays, au moment où Juan Guaido appelait, en vain, au soulèvement contre Nicolas Maduro.

Pour Gabriela Oropeza, une spectatrice de 43 ans, il y a quelque chose de cathartique à suivre les pérégrinations de l'ancien bagnard Jean Valjean qui tente de sauver Cosette des griffes des Thénardier ou la mort de Gavroche sur les barricades pendant l'insurrection républicaine de juin 1832 à Paris.

"En tant que grand classique ("Les Misérables") s'adapte à toutes les époques, alors pour nous c'est une merveille", s'exclame-t-elle.

- "Vivre dans un pays normal" -

"Pendant les premières répétitions, la charge émotionnelle était énorme (...). Nous pleurions", abonde Mariana Gomez, qui interprète la Thénardier, l'aubergiste qui exploite Cosette avec son mari.

C'est justement la scène des barricades qui la touche le plus. "Il y a beaucoup de souffrances", dit l'actrice, sans toutefois évoquer explicitement les morts pendant les manifestations dans son pays.

Au-delà de l'"identification", monter une telle fresque est aussi une réussite logistique, un "acte de rébellion" contre la crise, estime la productrice Claudia Salazar qui a mis trois ans pour arriver à ses fins.

Entre toutes les difficultés pour trouver des investisseurs prêts à financer une comédie musicale dans un pays en pleine dépression économique, Claudia Salazar ne compte plus le nombre de fois où on l'a traitée de "folle".

"Nous nous rebellons contre cette situation qui voudrait que nous nous donnions pour vaincus et que rien ne soit possible", glisse-t-elle.

Mais ce fut de haute lutte.

Avec ses fauteuils constellés de taches, le théâtre Teresa Carreño a vu des jours meilleurs. Inauguré en 1983, il est désormais plus utilisé pour des événements politiques organisés par le pouvoir chaviste que pour des pièces de théâtre ou des concerts.

Lorsque la troupe des "Misérables" a investi les lieux, l'air conditionné y était absent. La production a payé sa réparation, mais même avec un air un peu plus frais, la capacité de la salle a été réduite de 2.500 à 1.400 places pour arriver à une sensation thermique confortable.

"Les Misérables", créée en 1980 par le metteur en scène français Robert Hossein, est aussi une lueur dans la nuit de Caracas, où la forte criminalité pousse les Vénézuéliens à rester chez eux dès le coucher du soleil et les difficultés financières réduisent considérablement l'offre culturelle.

Aller voir une pièce de théâtre, "c'est comme vivre dans un pays normal pendant un moment", s'enthousiasme Ricardo Skenazi, étudiant de 21 ans.

Mais s'offrir ce frisson a un prix: les entrées pour "Les Misérables" vont de 30 à 65 dollars. Au Venezuela, le salaire minimum mensuel équivaut à 15 dollars.

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.