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Ces autres murs qui divisent le monde

Des migrants à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, à Ciudad Juarez, côté mexicain, le 7 mai 2019.
Des migrants à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, à Ciudad Juarez, côté mexicain, le 7 mai 2019. AFP (archives)

Alors que sont célébrés, samedi, les 30 ans de la chute du mur de Berlin, des frontières séparant les populations perdurent, pour certaines depuis des décennies. D’autres ont aussi vu le jour ces dernières années. État des lieux.

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Berlin célèbre, samedi 9 novembre, le moment historique qui vit le mur érigé entre l’Allemagne de l’Ouest et l'Allemagne de l’Est s’effondrer alors que la Guerre froide semblait toucher à sa fin. "Nous pouvons changer les choses en bien, c’est le message de la chute du Mur", estimait en 2014 la chancelière allemande, Angela Merkel.

Mais force est de constater que des séparations demeurent ou ont vu le jour aux quatre coins du monde ces dernières années. On compte actuellement entre 10 et 70 "murs" sur Terre, selon différentes estimations rappelées par Le Monde en 2018. Sous la forme de frontières militarisées, de barricades antimigratoires ou simplement de murs, ces délimitations visent différents objectifs politiques. En voici quelques-unes parmi les plus marquantes.

Entre les deux Corées, la plus ancienne séparation du monde

Héritage de la guerre de Corée, qui a pris fin en 1953, la Zone démilitarisée (DMZ) entre la Corée du Nord et la Corée du Sud demeure à ce jour la plus ancienne ligne de fracture au monde et l’un des derniers vestiges de la Guerre froide.

Cette Zone démilitarisée, longue de 248 kilomètres et large de 4 kilomètres, est paradoxalement "l’une des plus militarisées au monde", comme l’explique Pascal Dayez-Burgeon, ancien diplomate à Séoul et chargé de recherche au CNRS. "Truffée de postes militaires, de miradors et de batteries de canon, elle est gardée par plus d’un million d’hommes et serait intégralement minée."

Des millions de personnes ont été séparées de membres de leur famille avec l’établissement de la DMZ en 1953. Mais une phase de détente s’installe cependant dans la péninsule depuis 2018, symbolisée par de multiples exemples. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in se sont mis d’accord sur des mesures de dénucléarisation. Les deux Corées veulent aussi travailler à un dictionnaire commun. Enfin, quelques dizaines de familles séparées depuis des décennies par la DMZ ont pu se retrouver pendant trois jours.

Au Sahara occidental, le "mur des Sables"

Construit entre 1980 et 1987, le "mur des Sables" s’étend du sud-ouest de la frontière algéro-marocaine au nord-ouest de la frontière avec la Mauritanie. Principalement située sur le territoire du Sahara occidental, au sud du Maroc, à la frontière avec la Mauritanie et l'Algérie, cette séparation est composée de remblais sablonneux, de fossés antichars, de barbelés ou encore de centaines de milliers de mines antipersonnel.

Le "mur des Sables", gardé par au moins 100 000 soldats marocains, est le fruit d’une rivalité régionale : le Sahara occidental, considéré par l’ONU comme un territoire non autonome depuis 1963, est en effet devenu l’objet de convoitises après le départ des colons espagnols, en 1975.

Le Maroc considère ce territoire comme une province sur laquelle il exerce une pleine souveraineté, tandis que le Front Polisario, un mouvement politique soutenu par l’Algérie et la Libye, milite pour l'indépendance du Sahara occidental. Des discussions concernant le statut de ce territoire ont eu lieu à l’ONU entre les différents protagonistes en 2018, mais sans illusions. Dans l'attente d'un règlement de cette situation, de 100 000 à 200 000 réfugiés sahraouis vivent dans des conditions précaires dans des camps au sud-ouest de l’Algérie.

Le mur de séparation entre Israël et les territoires palestiniens de Cisjordanie

"Clôture antiterroriste" pour Israël, "mur de l’apartheid" pour les Palestiniens, le mur de séparation entre Israël et les territoires palestiniens de Cisjordanie ne cesse de créer la controverse depuis que sa construction a été approuvée par le gouvernement israélien, en 2002.

La "barrière de sécurité" devait au départ être provisoire et sa construction, commencée pendant la deuxième intifada (2000-2006), devait suivre la "ligne verte" d’armistice signée en 1949 et reconnue par l’ONU. Cette dernière était aussi censée devenir à terme la frontière d’un futur État palestinien.

Ce mur a été jugé contraire aux lois internationales dès 2004 par la plus haute juridiction des Nations unies. En 2014, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a affirmé que "(s)es implications vont bien au-delà de la légalité", ce mur "restrei(gnant) gravement les mouvements des Palestiniens et l'accès à toute la Cisjordanie, coupant les terres et compromettant l'accès aux ressources nécessaires au développement des Palestiniens". À ce stade, la construction de près de 500 kilomètres de ce mur de séparation a été réalisée, presque en totalité à l’intérieur de la Cisjordanie.

La clôture technologique entre la Crimée et l’Ukraine

Le dernier "mur" né, finalisé au début de l’année 2019, a été construit par la Russie pour établir une séparation entre l’Ukraine et la Crimée. Cette clôture de haute technologie, longue de 66 kilomètres et équipée de plusieurs centaines de capteurs, témoigne du regain de tensions entre Moscou et Kiev ces dernières années.

Cette nouvelle séparation est le point d’orgue du litige entre les deux pays concernant la péninsule avancée sur la mer Noire : en 2014, après l'envoi de chars russes en Crimée, la population de la péninsule se prononce massivement par référendum pour un "rattachement" à Moscou. Un scrutin non reconnu par l’Ukraine et la communauté internationale qui dénoncent une "annexion". Cela n’empêche pas Vladimir Poutine et les dirigeants de Crimée de signer le traité sur ce rattachement.

Depuis cinq ans, la Russie conserve son emprise sur la Crimée – elle a même inauguré en 2018 un pont visant à réduire l’isolement de la péninsule. Enfin, pour célébrer les cinq ans de cette "réunification", la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a souligné que "pour nous (la Russie, NDLR), la question de la Crimée est réglée une fois pour toutes".

Les barricades antimigratoires dans le monde, dont la frontière États-Unis - Mexique

Il est des séparations qui suivent un objectif politique visant à prendre possession d’un territoire, d’autres se mettent en place ces dernières années pour contenir l’arrivée de migrants. Ce phénomène se constate notamment en Europe, où plusieurs pays érigent des barricades antimigratoires : la Bulgarie en 2014, la Macédoine et la Hongrie en 2015… La France a construit, pour sa part, un mur "anti-intrusions" à Calais en 2016 pour empêcher les migrants de monter clandestinement dans des camions à destination de la Grande-Bretagne.

Outre-Atlantique, Donald Trump entend lui aussi contenir l’immigration aux États-Unis en construisant un mur qui longerait la frontière avec le Mexique. Construire un "beau et grand mur", c’était une des promesses phares du candidat à l’élection présidentielle américaine en 2016.

>> À voir, notre webdoc : "L'Amérique au pied du mur"

Depuis, l’ambition antimigrants de Donald Trump a été contrariée à de multiples reprises, avant que finalement la Cour suprême des États-Unis ne l’autorise, en juillet dernier, à construire une partie de ce mur. Le mois suivant, l'administration américaine a lancé la construction de barrières frontalières avec le Mexique dans le parc d'Organ Pipe, en Arizona. Mais les opposants au projet du président américain ne comptent pas en rester là. Et comme l’a déclaré Janet Napolitano, une ancienne conseillère de Barack Obama : "Vous pouvez bien construire un mur de 15 mètres de haut si vous voulez, il y a aura toujours quelqu’un pour trouver une échelle de 16 mètres !"

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