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Le président bolivien Evo Morales annonce sa démission

Evo Morales a annoncé sa démission le 10 novembre 2019.
Evo Morales a annoncé sa démission le 10 novembre 2019. Capture d'écran France 24

En Bolivie, le président Evo Morales a annoncé dimanche à la télévision qu’il quittait ses fonctions. Une vague de contestation secoue le pays depuis sa réélection controversée il y a trois semaines.

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Après trois semaines de fortes protestations en Bolivie contre sa réélection à un quatrième mandat, le président Evo Morales a annoncé dimanche 10 novembre sa démission.

"Je renonce à mon poste de président", a déclaré à la télévision le leader indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006 et dont l'armée et la police venaient de réclamer le départ.

"Un retournement de situation que beaucoup d'opposants espéraient"

"Le coup d'État a eu lieu", a ajouté, à ses côtés, le vice-président Alvaro Garcia Linera, qui a aussi démissionné.

Mandat d'arrêt ?

Quelques heures plus tard, Evo Morales a dénoncé ce qu'il a décrit comme un mandat d'arrêt policier "illégal" le visant. Dans un communiqué publié sur Twitter, le dirigeant socialiste a déclaré que son domicile avait été attaqué par des "groupes violents". Le chef de la police bolivienne, qui s'exprimait à la télévision, a démenti l'existence d'un mandat d'arrêt visant Evo Morales.

Mais l'un des principaux opposants à l'ex-président, Luis Fernando Camacho, qui a joué un rôle clé dans le mouvement qui a conduit à sa démission, a confirmé l'existence d'un mandat d'arrêt contre lui : "Confirmé !! Ordre d'arrestation pour Evo Morales !! La police et les militaires le recherchent dans le Chaparé", a-t-il écrit sur Twitter. Le Chaparé est le fief d'Evo Morales, dans le centre de la Bolivie.

Un peu plus tôt, la police avait arrêté la présidente du Tribunal suprême électoral (TSE), Maria Eugenia Choque, sur ordre du parquet, qui enquête sur des irrégularités commises dans le scrutin d'octobre, ainsi que le vice-président du TSE, Antonio Costas. Tous deux, emmenés par des hommes encagoulés ou masqués, ont été présentés aux médias au pied d'une estrade où se trouvaient assis des gradés de la police.

Des milliers d'habitants ont déferlé dans les rues du pays pour célébrer cette annonce, agitant le drapeau bolivien, entre rires et larmes après la violente vague de contestation qui a fait trois morts et 383 blessés.

"Une leçon au monde"

"Nous avons donné une leçon au monde, demain la Bolivie sera un nouveau pays", s'est exclamé Luis Fernando Camacho, dirigeant le plus visible et radical de l'opposition, qui s'était rendu plus tôt au siège du gouvernement à La Paz pour y remettre symboliquement une lettre de démission à signer par Evo Morales, ainsi qu'un exemplaire de la Bible.

Retranché dans son fief politique, la zone de production de feuilles de coca de Chimoré, dans la région de Cochabamba (centre), Evo Morales a finalement cédé aux appels au départ en fin d'après-midi. Dénonçant comme une "décision politique" l'appel de l'Organisation des États américains (OEA) à l'organisation d'un nouveau scrutin, il a affirmé : "Mon péché (est) d'être indigène, d'être producteur de coca."

>> À lire aussi : "Bolivie : les années Evo"

Né dans la misère, cet ancien berger de lamas avait gravi les échelons syndicaux jusqu'à devenir il y a 13 ans le premier chef d'État indigène du pays. Il est l'un des derniers représentants de la "vague rose" qui a déferlé au tournant des années 2000 sur l'Amérique latine, faisant virer à gauche le Brésil, l'Argentine, le Chili, l'Équateur et le Venezuela, la majorité de ces pays ayant depuis rebasculé à droite.

Mexico offre l'asile à Evo Morales

Dimanche soir, Evo Morales a reçu le soutien immédiat des dirigeants cubain et vénézuélien, Miguel Diaz-Canel et Nicolas Maduro, qui ont dénoncé un "coup d'État" et exprimé leur solidarité envers leur "frère président". Le siège de l'ambassade du Venezuela à La Paz a été occupé dimanche par des manifestants cagoulés. Le président élu argentin Alberto Fernandez a également condamné un "coup d'État".

Le Mexique à offert l'asile à Evo Morales et accueilli dans son ambassade à La Paz des fonctionnaires et des parlementaires boliviens. De son côté, le président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro a estimé que les dénonciations de fraude avaient poussé Evo Morales à démissionner.

Dans la journée, le dirigeant bolivien s'était retrouvé de plus isolé. Le coup fatal a été porté par l'armée et la police, qui lui ont retiré leur soutien dans l'après-midi. Le commandant en chef de l'armée, le général Williams Kaliman, a demandé au chef de l'État de démissionner "pour le bien de la Bolivie". Le chef de la police, le général Vladimir Yuri Calderon, a fait de même, estimant que cela permettrait de "pacifier le peuple de Bolivie".

Démissions en série

L'annonce dans la matinée par le président d'un nouveau scrutin – une option qu'il rejetait jusque-là – visait à "pacifier la Bolivie" mais n'a pas réussi à apporter le calme.

Le président de l'Assemblée nationale, Victor Borda, le ministre des Mines, César Navarro, ainsi que celui des Hydrocarbures, Luis Alberto Sanchez, et une dizaine de députés, ont renoncé à leur poste.

Durant la journée, plusieurs dirigeants de l'opposition avaient exhorté le chef de l'État à s'en aller. "S'il lui reste une once de patriotisme, il devrait se retirer", avait plaidé le centriste Carlos Mesa, candidat malheureux au premier tour de la présidentielle du 20 octobre. "Evo Morales a brisé l'ordre constitutionnel et doit démissionner", avait renchéri Luis Fernando Camacho.

Le gouvernement colombien a demandé dimanche une "réunion urgente" du conseil permanent de l'OEA "afin de chercher des solutions à la complexe situation institutionnelle" qui se présente en Bolivie, a indiqué le ministère colombien des Affaires étrangères.

Les démissions d'Evo Morales et de son vice-président jettent une ombre sur la gouvernance du pays dans l'attente des résultats d'un nouveau scrutin. Aux termes de la loi, le président du Sénat est chargé d'assurer l'intérim en cas d'absence de président et de vice-président.

Après les démissions du président et du premier vice-président du Sénat, la deuxième vice-présidente de la Chambre haute, l'opposante Jeanine Anez, a revendiqué dimanche son droit à devenir chef de l'État par intérim. "Je suis la deuxième vice-présidente et dans l'ordre constitutionnel, je devrais assumer ce défi [de la présidence de la République] avec le seul objectif d'appeler à de nouvelles élections", a-t-elle dit sur la télévision Unitel.

Avec AFP et Reuters

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