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Arthur Nauzyciel fait déferler son théâtre de création et d'émancipation au Festival TNB

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Rennes (AFP)

"Artiste-directeur" du Théâtre national de Bretagne, Arthur Nauzyciel insuffle depuis deux ans à l'institution bretonne sa vision d'un théâtre "de création, facteur d'émancipation", dont il livre un concentré au Festival TNB, jusqu'au 17 novembre.

Issu d'une famille d'émigrés juifs polonais de la "petite classe moyenne", rien ne prédestinait a priori le jeune Arthur à l'aventure théâtrale, ni à diriger le troisième Centre dramatique national de France (CDN) en volume de subventions.

Chemise à carreaux, barbe finement taillée, le jeune quinquagénaire aime toujours autant raconter ses premiers frissons de théâtre, lui qui mettait en scène des marionnettes à cinq ans.

"Pour moi, le théâtre avait quelque chose d'inaccessible, mais quand les spectacles sont forts, ils restent en vous", dit-il du "Britannicus" mis en scène par Antoine Vitez à Chaillot en 1981.

Un premier souvenir qu'il doit à sa professeure documentaliste, Nicole Régnier, une passionnée qui se démenait pour amener à Paris les lycéens des Ulis (Essonne) voir "le meilleur de ce qu'on pouvait voir".

"Il était très intelligent et a marqué tous ses enseignants", confie cette dernière quarante ans après. "Aujourd'hui c'est lui qui me transforme".

Étudiant en Histoire de l'art et cinéma, Arthur Nauzyciel suit des cours de psychanalyse de l'art et de sémiologie, et rencontre Étienne Daho, son "grand frère", qui lui fait découvrir le monde de la musique et de la nuit.

A 19 ans, il devient l'élève d'Antoine Vitez, puis enchaîne les pièces de théâtre. A 32 ans, il réalise sa première mise en scène, un succès, avec la compagnie qu'il a créée du nom du matricule de son grand-père, survivant d'Auschwitz.

"Ses mises en scène sont des gestes d'artiste, sa programmation est ouverte sur la danse, les arts visuels, la musique, le cinéma, et il est joué à l'étranger, ce qui est assez rare", dit de lui son ami le dramaturge Pascal Rambert, qui le décrit comme "généreux, drôle, et comme moi hyper angoissé".

- "Artistes expérimentaux" -

"Tout a du sens chez Arthur. Quand il met en scène Koltès à Atlanta, c'est toute la question de la ségrégation qu'il pose", analyse le critique Patrick Sourd.

Après avoir dirigé le CDN d'Orléans, Arthur Nauzyciel change de braquet avec le TNB, l'un des plus importants théâtres de France avec 13.500 abonnés, 12 millions d'euros de budget, devenu en 2002 "Centre européen théâtral et chorégraphique".

"En dirigeant un lieu, on prend une place artistique et politique sur un territoire en défendant certaines valeurs et en participant à une forme d'émancipation des gens", revendique-t-il.

"Les artistes de l'ère Nauzyciel sont plus expérimentaux, plus interculturels", juge Sophie Lucet, professeure en études théâtrales à Rennes 2, soulignant aussi "la grande attention portée à la mémoire, à l'histoire".

Jugé "parfois cérébral mais sincère" par le critique Gilles Costaz, M. Nauzyciel plaide lui pour "un théâtre d'innovation" ouvert à tous les publics, notamment jeunes.

"Assister à un spectacle n'est pas une question d'éducation ou d'intelligence, mais d'ouverture et de cœur", insiste le comédien. "Dire +le public va trouver la pièce élitiste+ c'est assumer qu'il faudrait juste divertir avec des choses drôles et faciles des gens qui n'ont pas la bonne classe sociale ou peu de moyens", ajoute celui qui a réformé le concours d'entrée de l'école du TNB pour diversifier le recrutement des jeunes comédiens.

Conçu comme une "caisse de résonance" de la saison, le Festival TNB propose une vingtaine de spectacles de "théâtre, danse, performance, réalité augmentée, cirque".

"Pendant quinze jours, Rennes est à la croisée des chemins", plébiscite Patrick Sourd. "On dévore du théâtre, c'est l'occasion de rattraper ce qui un jour ne sera plus joué".

"Pour les professionnels, ce festival est sur la carte des grands festivals internationaux", assure M. Nauzyciel, rappelant que le "théâtre public français est l'un des rares au monde à encourager l'inventivité et la prise de risques", même s'il redoute que la baisse des subventions "n'asphyxie ce paysage diversifié et novateur".

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