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De Giordano à Gemito: grande saison napolitaine au Petit Palais

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Paris (AFP)

On peut difficilement concevoir œuvres plus contrastées: Giordano, peintre dont les cours d'Europe s'arrachaient les toiles spectaculaires, et Gemito, ancien enfant des rues qui sculptait les pêcheurs misérables, synthétisent au Petit Palais la réalité de Naples, ville de somptuosité et de misère.

Ces expositions concomitantes répondent à une volonté de Christophe Leribault, directeur du Petit Palais, de faire découvrir Vincenzo Gemito (1852-1929), sculpteur méconnu de l'identité napolitaine, et de montrer Luca Giordano (1634-1705), peintre extrêmement renommé à la fin du XVIIe siècle, qui travailla dix ans en Espagne.

Il n'avait jamais eu de monographie en France et fait l'objet d'un désamour: paradoxalement c'est Caravage le mal aimé qui l'a supplanté dans la reconnaissance du public.

- Giordano: du religieux à l'Antique -

"Giordano absorbe toutes les leçons de la peinture, fait presque des pastiches, s'inspire des tableaux néo-flamands, des oeuvres de Dürer, fréquente Ribera à Naples; puis il changera de palette, influencé par la peinture vénitienne (Titien, Véronèse), florentine, par le baroque romain (Cortone)", analyse M. Leribault.

A Naples, le clair-obscur à la Caravage l'influence, les chairs et les muscles sont contorsionnés dans des drapés spectaculaires. Les églises commandent des allégories où les saints interviennent pour les humains et les anges descendent de cieux tourmentés. Monde en bataille comme dans son tableau "Saint-Michel archange chassant les anges rebelles".

Un tableau frappant montre "Saint Janvier intercédant pour la cessation de la peste de 1656", avec les corps blafards amoncelés. La moitié de la population était décimée par l'épidémie dans cette cité, la plus grande d'Europe méridionale.

Surnommé "Fa presto" ("fait vite"), démonstratif, virtuose, prolifique (quelque 1.500 tableaux, retables, fresques réalisés par lui et son atelier) s'adaptait à tous ses publics, de la peinture religieuse à des scènes bucoliques et voluptueuses de l'Antiquité.

"On a vu ses tableaux très intenses à Naples qui vivait alors une spiritualité assez noire, et après, au Palazzo Medici Riccardi de Florence, des allégories, des nus partout, sur des cieux clairs, à la gloire des Médicis".

Il imite sans complexe ses contemporains, comme Jusepe De Ribera ou Mattia Preti, sur les mêmes thèmes. Trois toiles "Saint-Sébastien ligoté" le montrent parfaitement.

Une salle immersive restitue les décors de ses fresques immenses, avec de la musique et des films pris à l'Escorial, au Buen Retiro.

Luca Giordano était fin dessinateur et portraitiste incisif, comme le montrent ses autoportraits (un avec des lunettes) et des portraits de plusieurs musiciens et philosophes contemporains. Portraits qui rappellent le foisonnement intellectuel de Naples.

- Gemito: Naples populaire -

Un autre visage, plus tardif (fin XIXe/début XXe siècles), d'une ville cette fois sur le déclin: celui de la précarité de ses petits pêcheurs et scugnizzi (gamins des rues), à travers le regard de Gemito.

C'est un regard de réalisme et d'empathie par cet ancien enfant abandonné qui s'est fait tout seul. Il aura modelé tôt les visages et les silhouettes de gamins qu'il a côtoyés, avec un naturel étonnant et émouvant. Un talent qu'il exprime dès ses 17 ans et qui sera reconnu par la maison royale.

Des films anciens du port restituent l'environnement quotidien de ces enfants au travail.

Cette œuvre, forte, expressive a été controversée. Elle a souffert, au moment de l'exposition universelle de Paris de 1878, de la concurrence de sculpteurs comme Jean-Baptiste Carpeaux qui montraient des figures lisses et idéalisées. L'approche rugueuse, populaire, faisait scandale.

Aujourd'hui, il souffre d'être minimisé et rangé dans un certain folklore de Naples autour de ses santons et de son pittoresque populaire.

Ayant atteint la célébrité, Gemito séjournera à Paris, croisera Degas, Rodin et d'autres, mais la perte de sa première femme le fera plonger dans des crises de folie.

L'exposition, avec ses 120 oeuvres, a beaucoup emprunté, comme celle de Giordano, au grand Musée napolitain de Capodimonte où elle sera ensuite présentée.

Ces deux artistes illustrent chacun à sa manière la formule de Curzio Malaparte: "Naples est un Pompéi qui n'a jamais été enseveli".

--Luca Giordano, jusqu'au 24 février, et Vincenzo Gemito, jusqu'au 26 janvier.

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