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En France, les peuples de la forêt brésilienne appellent au secours

Sonia Guajajara, coordinatrice exécutive de l'Apib, à Paris, le 12 novembre 2019.
Sonia Guajajara, coordinatrice exécutive de l'Apib, à Paris, le 12 novembre 2019. Sarah Leduc, France 24

Une délégation de représentants des peuples indigènes du Brésil réalise une tournée européenne pendant un mois, appelant députés et syndicats agricoles à faire pression sur le gouvernement brésilien pour mieux protéger les droits des autochtones.

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C’est un appel qui vient du fond des forêts brésiliennes. Parés de leurs coiffes traditionnelles, huit porte-parole des peuples autochtones ont fait le voyage jusqu’à Paris pour dénoncer les exactions perpétrées à leur encontre au Brésil.

Menacés par la déforestation, l’extension des terres agricoles et l’exploitation illégale des ressources naturelles (bois et minerais notamment), ces femmes et ces hommes font une tournée européenne pendant un mois pour rencontrer députés, syndicats agricoles et représentants du secteur agroalimentaire. Des interlocuteurs choisis dans l'espoir qu'ils fassent pression sur le gouvernement brésilien pour protéger les droits des peuples autochtones.

>> À lire : "Amazonie : sous la canopée, le drame indigène"

"Nous sommes ici pour parler avec les représentants d’entreprise de l’importation de ressources exploitées sur nos terres. Nous voulons aussi dialoguer avec les parlementaires des lois pour interdire ces importations et avec la société civile pour qu’ils assument la responsabilité de leur mode de consommation", a déclaré lors d'une conférence de presse à Paris, le 12 novembre, Sonia Guajajara, coordinatrice exécutive de l’Articulation des peuples autochtones du Brésil (Apib).

La cohabitation impossible

Parmi les produits d’importation qui posent problème : le soja, dont la France – 8e importatrice mondiale – est friande pour nourrir son bétail ; ou la canne à sucre, utilisée pour la fabrication du sucre et de l’éthanol. Leur culture intensive au Brésil, encouragée par le président Bolsonaro, est source de conflits violents entre Indiens et agriculteurs, notamment dans le Mato Grosso do Sul, dans le centre-ouest du pays.

C'est là qu'est né Elizeu Guarani il y a 45 ans, dans le petit village de Curuçu Ambà. Il est le porte-parole des Guarani-Kaiowa, ou "peuple de la forêt", groupe autochtone le plus nombreux au Brésil, qui pâtit depuis des décennies de l'extension de l’agrobusiness dans le Mato Grosso do Sul.

Elizeu Guarani, porte-parole des Guarani Kaiowa du Mato Grosso do Sul, à Paris, le 12 novembre 2019.
Elizeu Guarani, porte-parole des Guarani Kaiowa du Mato Grosso do Sul, à Paris, le 12 novembre 2019. Sarah Leduc / France 24

Plusieurs vagues de déforestation ont transformé leur territoire ancestral de près de 350 000 km² en un vaste réseau de fermes d’élevage et de plantations. Les Guarani ont été regroupés dans des réserves protégées mais certains tentent de reconquérir leur territoires perdus. C'est le cas d'Elizeu qui n'a pas pu remettre les pieds sur ses terres depuis 2015. "Depuis 2007, on essaie de regagner notre village mais les éleveurs prennent des hommes de main armés pour nous en empêcher. Ces hommes sont des assassins", accuse Elizeu auprès de France 24.

De 2003 à 2015, quinze dirigeants guaranis ont été assassinés et ces crimes sont restés impunis. Menacé de mort et pris en embuscade à plusieurs reprises, Elizeu vit aujourd’hui dans une réserve dans la microrégion d'Iguatemi, dans le Mato Grosso do Sul. Il redoute l’acculturation de son peuple.

Toujours vivants

S’il a mis la coiffe à plumes de aras reçue des esprits de ses ancêtres, s’il a peint sur son visage les traits noirs des guerriers qui partent au combat, c’est pour montrer aux Européens qu’il lutte "avec la sagesse de ses ancêtres pour la survie des siens".

"Je suis fier de ma culture. Tous ces éléments témoignent de notre lien avec la nature, avec les animaux, avec la spiritualité. Je les porte pour vous montrer que malgré les atteintes à notre territoire, nous sommes toujours là. Notre langue, nos croyances, nos rituels sont toujours vivants. Nous sommes vivants."

Vivants certes, mais en danger. Depuis l’accession au pouvoir de Jair Bolsonaro en janvier 2019, l’accélération de la déforestation en Amazonie et dans le Mato Grosso va de pair avec une hostilité ouverte aux peuples autochtones, qui n’ont pas été aussi malmenés par un gouvernement brésilien depuis la fin de la dictature militaire en 1985. Le 1er novembre, un Guajajara a été tué par des trafiquants de bois au Brésil, devenant la 136e victime de ces violences depuis 2017.

"On n’y arrive plus tout seul"

Ce n’est pas la première fois que des Indiens brésiliens viennent plaider leur cause en Europe, des démarches sans grands résultats jusque-là. Cette fois, ils misent sur les jeunes pour faire bouger les lignes et instaurer des pratiques de consommation plus responsables et respectueuses de leur cadre de vie. "L’Europe est le plus vieux continent, mais il n’est pas encore mûr. Heureusement, les jeunes comme Greta [Thunberg] se mobilisent", note Kreta Kaygang, originaire du Mangueirinha.

>> À lire : "Greta Thunberg, icône d'une génération inquiète pour son avenir"

Délégation des porte-paroles des groupes autochtones brésilien, à Paris, le 12 novembre 2019.  Au centre, Kreta Kaygang, originaire de Mangueirinha.
Délégation des porte-paroles des groupes autochtones brésilien, à Paris, le 12 novembre 2019. Au centre, Kreta Kaygang, originaire de Mangueirinha. Sarah Leduc / France 24

Avec l’inquiétude ambiante liée au réchauffement climatique, la sensibilisation croissante de la jeunesse aux enjeux environnementaux et l’émotion suscitée par les feux en Amazonie, ces peuples éloignés espèrent, enfin, être entendus dans une Europe plus encline à sauver les forêts que ceux qui y habitent.

"Là où il y a des peuples indigènes, il y a des forêts, des eaux propres, la faune et la flore sont préservées. Tous ces éléments sont garantis par un mode de vie", insiste Sonia Guajajara. "On attend de nous, les peuples indigènes, qu’on protège l’environnement, mais c’est très difficile pour nous en ce moment, on n’y arrive plus tout seuls", insiste-t-elle. Un message lancé par une pluvieuse journée d’automne, comme une brindille perdue sous la canopée amazonienne.

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