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La tentative d’immolation par le feu d’un étudiant à Lyon met en lumière la précarité étudiante

Sur le campus de l’université de Rouen, à Mont-Saint-Aignan, le 11 octobre 2017.
Sur le campus de l’université de Rouen, à Mont-Saint-Aignan, le 11 octobre 2017. AFP (archives)

Un étudiant de 22 ans a tenté de se suicider en s’immolant par le feu, le 8 novembre, devant le bâtiment lyonnais du Crous. Dans un post Facebook, il dénonce la précarité à laquelle il était confronté. Les syndicats étudiants ne décolèrent pas.

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C’est un drame qui remet soudain en lumière la précarité étudiante. Vendredi 8 novembre, Anas K., étudiant de 22 ans à l’université Lyon-II, a tenté de mettre fin à sa vie en s’immolant par le feu à Lyon devant le bâtiment du Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires). Le lieu n’a pas été choisi au hasard. Dans un message posté sur Facebook quelques heures avant sa tentative de suicide, l’étudiant affirme : "Je vise un lieu politique, le ministère de l’Enseignement supérieur et la Recherche et par extension, le gouvernement".

"J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué, en créant des incertitudes sur l’avenir de tous-tes", ajoute-t-il, soulignant que sa bourse mensuelle de 450 euros qui lui permettait de vivre lui avait été supprimée car il débutait une deuxième année de Licence pour la troisième fois. Brûlé à 90 % et pris en charge au Centre des brûlés de l’hôpital Édouard-Herriot de Lyon, selon le syndicat étudiant Solidaires, dans lequel il militait, Anas K. est aujourd’hui entre la vie et la mort.

Originaire de Saint-Étienne, étudiant en sciences politiques, très impliqué à l’université Lyon-II en étant élu à la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU), selon Libération, le jeune homme vivait jusqu’à l’été dernier dans une chambre étudiante du Crous dans un bâtiment insalubre, "avec des cafards, des punaises de lits et de l’humidité", selon le témoignage d’une camarade citée par Le Parisien.

Ses proches racontent qu’il ne s’étalait pas sur ses difficultés personnelles et qu’il ne leur avait pas fait part de ses intentions. "Il ne se plaint jamais de sa situation, il s’exprime toujours dans une optique collective. C’est quelqu’un qui pense énormément aux autres", insiste Nelson, lui aussi membre du syndicat Solidaires, dans Le Monde.

"20 % des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté"

Depuis cet acte "irréparable", selon le mot du jeune étudiant, les syndicats étudiants ont appelé à la mobilisation. Mardi 12 novembre, tandis que le hashtag #LaPrecariteTue essaimait sur Twitter, plusieurs centaines d’étudiants à travers la France se sont mobilisés pour témoigner de leur colère, notamment à Lyon, Lille et Paris. À l’université de Lille, une conférence de François Hollande a été empêchée, non sans violence, tandis qu’à Paris, la grille du ministère de l’Enseignement supérieur a été arrachée. Et mercredi 13 novembre, le campus de l’université Lyon-II a de nouveau été bloqué, empêchant la tenue des cours une deuxième journée de suite.

"Aujourd’hui, il y a 20 % des étudiants qui vivent sous le seuil de pauvreté, un étudiant sur deux qui avoue sauter des repas car il faut faire des choix financiers et un tiers des étudiants qui renonce aux soins médicaux, dénonce Orlane François du syndicat étudiant La Fage, contactée par France 24. La précarité étudiante, c’est quelque chose de concret que l’on voit sur le terrain et qui ne cesse d’augmenter."

La Fage gère ainsi sur les campus universitaires des épiceries sociales qui accueillent un public contraint de vivre avec un budget quotidien compris entre 2 et 7 euros, selon le syndicat étudiant, qui dénonce l’inaction des gouvernements successifs depuis plusieurs années.

"Les frais de rentrée augmentent tous les ans, les frais de la vie courante également, en particulier le montant des loyers, mais les aides sociales, elles, ne sont pas à la hauteur", regrette Orlane François, qui déplore que le niveau des bourses ait été gelé pendant cinq ans, avant une augmentation d'1 % à l'occasion de la dernière rentrée.

Le ministère de l’Enseignement supérieur souligne de son côté que l’État consacre 5,7 milliards d’euros aux aides sociales pour les étudiants, "plus que le budget du ministère des Affaires étrangères" et que 40 % des étudiants à l’université, soit plus de 700 000, touchent une bourse sur critères sociaux, accordée en raison de difficultés matérielles qui ne permettent pas d’entreprendre ou de poursuivre des études supérieures.

Une bourse étudiante moyenne de 234 euros par mois

Une fois les aides au logement déduites, une chambre revient à un étudiant en moyenne à 80 euros par mois, un studio équipé de 18 m2, entre 150 et 200 euros par mois, selon les Crous.

"Sauf que le montant moyen des bourses est de 234 euros et que celle-ci n’est versée que pendant 10 mois, réplique Chloé du syndicat Solidaires, contactée par France 24. Or, on vit aussi l’été. Et par ailleurs, les logements du Crous ne peuvent accueillir que 6 % de la population totale étudiante ; donc on fait quoi des autres ?"

D'autant que les 800 000 étudiants bénéficiant d'aides personnalisées au logement (APL) ont été directement touchés par la baisse de 5 euros de cette aide décidée par Emmanuel Macron à l'été 2017, puis par sa désindexation de l'indice de révision des loyers. Selon la Fondation Abbé Pierre, le manque à gagner a été de 4,20 euros par mois par allocataire.

Résultat : de nombreux étudiants sont obligés de travailler pour subvenir à leurs besoins. Selon les derniers chiffres disponibles de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), qui datent de 2016, 46 % d’entre eux exerçaient une activité rémunérée durant leur année universitaire. Parmi eux, 54,4 % affirment que la rémunération tirée de cette activité leur est indispensable pour vivre, contre 51,3 % en 2013. Et pour 56 % de ces étudiants, leur activité dépasse le mi-temps.

Mais exercer un travail salarié impacte considérablement la réussite des étudiants dans leurs études. Ils sont ainsi 17,7 % à considérer que leur activité rémunérée a un impact négatif sur leurs résultats et 33,5 % à constater qu’elle est source de stress et de tension nerveuse, selon les données de l’OVE. Et selon Jean-François Giret, professeur de sciences de l’éducation à l’université de Bourgogne, interrogé en septembre par Le Monde : "On considère que le travail étudiant devient néfaste et affecte la réussite de l’étudiant au-delà du seuil de 12 heures par semaine".

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